« Donald Trump bluffe »

« Donald Trump bluffe »

Bertrand Van Ruymbeke ,professeur de civilisation et d’histoire américaine à l’Université de Paris 8 dénonce dans l’Opinion  le bluff de Trump .

 

En 2018, il a publié Histoire des Etats-Unis de 1492 à nos jours aux éditions Tallandier (880 pages, 29,50 euros).

La présidentielle américaine pourrait-elle être décidée par la Cour suprême comme le menace Donald Trump ? Est-il frauduleux de continuer le dépouillement après la date du scrutin ?

Non ! Chaque Etat américain a ses règles électorales. Certains autorisent le vote à l’avance longtemps avant l’élection. D’autres permettent le vote par correspondance jusqu’au jour même du scrutin. Il y en a qui dépouillent les bulletins de vote avant la date de l’élection ou qui, comme la Pennsylvanie, le font à partir du jour du scrutin. Il est convenu dans la Constitution fédérale que chacun d’entre eux régit ses élections et édicte ses lois. Chaque Etat a sa Cour suprême. Se mêlent, par ailleurs, l’autonomie, la fierté et la liberté des Etats par rapport au gouvernement fédéral. Donc, tout cela se fait dans la plus stricte légalité. De la part de Donald Trump qui en veut au gouvernement de Pennsylvanie pour avoir décidé de prendre son temps pour compter les bulletins reçus, c’est du bluff. Il veut seulement annoncer sa victoire le plus tôt possible. Le vote par correspondance ne date pas d’hier aux Etats-Unis. Là aussi, chaque Etat peut décider de la manière dont il l’organise tout comme d’ailleurs le vote à l’avance. Cela peut varier aussi d’élections en élections. C’est ce qui rend le tout aussi complexe.

A part en 2000 où elle avait tranché le différend Bush-Gore sur le recomptage des voix en Floride, la Cour suprême s’est-elle déjà mêlée d’une élection présidentielle ?

Non, c’était la seule fois. Cela n’empêche pas les luttes entre avocats du parti républicain et du parti démocrate ainsi qu’entre le système judiciaire de l’Etat et le système judiciaire fédéral, comme cela s’est passé en 2000 où la Cour suprême de Floride s’était prononcée en faveur d’un recomptage avant que la Cour suprême des Etats-Unis n’annule cette décision. Cela pourrait se reproduire avec la Pennsylvanie, mais dès lors que cet Etat suit ses propres lois et qu’elles ne sont pas considérées comme inconstitutionnelles.

Comment jugez-vous le déroulement de ce scrutin ?

Ce qui me frappe, c’est l’engouement suscité par ces élections. D’habitude, la participation tourne autour de 50 % pour les présidentielles et de 35 % pour les élections de mi-mandat. Là, on atteint des records. Cela ne reflète pas forcément un amour du politique, mais c’est une prise de conscience qu’il faut voter, qu’il faut s’engager comme si le pays était à un croisement. L’autre remarque, c’est que finalement, l’échiquier électoral a peu changé depuis 2016. Il y a deux gros blocs, solides qui voient la société américaine différemment.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Il va falloir attendre deux à trois jours pour y voir plus clair et que tous les votes soient comptés, notamment ceux des militaires stationnés à l’étranger. Vont commencer aussi les batailles juridiques ainsi que, je le crains, quelques émeutes ici ou là. Il y en avait eu en 2016 dans l’ouest du pays notamment. Maintenant, si Donald Trump emporte la Pennsylvanie où il dispose de 600 000 voix d’avance et gagne les élections, c’est bouclé. Tout comme si Biden emporte l’Etat et perd les élections, cela peut s’arrêter. Mais s’il gagne la Pennsylvanie et les élections alors là, il va y avoir une vraie bataille juridique qui va durer des mois. On va connaître deux jours assez tendus. Il va falloir être patient.

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