La théologie du néolibéralisme

  • La  théologie du néolibéralisme

Michel Santi, économiste, propose dans la Tribune une définition du néolibéralisme, doctrine d’après lui jamais ouvertement citée alors qu’elle est pourtant au cœur des décisions politiques depuis 30 ans.

 

« Peu importe le parti au pouvoir, car il ne faut pas mettre en cause les individus, fussent-ils Premiers ministres ou présidents de la République. C’est une puissance irrésistible, une sorte de déterminisme qui impose une continuité lourde, au long cours, contre vents et marées. Le capitalisme oligarchique neutralise effectivement – voire stérilise – tout sur son passage. Jürgen Habermas (ndlr : philosophe et théoricien des sciences sociales) avait visé juste en qualifiant le rouleau compresseur économique de « théologie contemporaine », que nul n’ose pourtant ouvertement citer ou nommer, un peu comme si elle faisait partie d’un sacré qui ne peut ni ne doit s’articuler. Mentionnez-la dans un entretien télévisé et vous êtes un paria. Stigmatisez-la dans un article et vous passez pour un fantaisiste. Cette théologie sans nom s’avère indéfinissable et tabou, y compris pour celles et ceux qui en ont conscience. Imaginez si les Soviétiques de l’époque n’avaient jamais entendu parler du communisme, tout comme il est aujourd’hui impensable de l’évoquer : le néolibéralisme !

De fait, son anonymat est tout à la fois source et symptôme de sa toute puissance, même si c’est « lui » qui est aux fondements de toutes les liquéfactions financières depuis les années 1980, et de tous les abus. Crises boursières récurrentes, inégalités sans précédent dans l’histoire de l’Humanité, baisse du niveau de vie, de l’éducation, de l’accès aux soins, accélération de la pauvreté et de la précarité chez les jeunes comme chez les vieux, effondrement des écosystèmes. Autant de fruits pourris qui expriment les instincts primitifs de la nature humaine où compétitivité remplace jeux du cirque et mise à mort des gladiateurs. Dès lors, le « je pense donc je suis » est écrasé par le « je consomme donc je vis », et la dépense devient un vibrant hommage démocratique. Acheter est preuve de civisme, ne pas atteindre les objectifs en matière d’efficience conduit à la marginalisation, le tout dans un ballet où le désordre est savamment entretenu et sciemment exacerbé par le marché pour éliminer les maillons faibles. Dans cette arène globale, liberté ne peut se concevoir sans marché et inégalité rime forcément avec fatalité. Dans son infinie sagesse et efficience, le marché ne s’assure-t-il en effet pas que chacune et que chacun soit sanctionné selon ses faiblesses et rémunéré selon ses points forts ?

On comprend dès lors que cette authentique sélection darwinienne s’émeuve face à la moindre tentative de rétablir un semblant de balancier et d’équité, car la fortune de l’un ne peut nécessairement s’édifier que sur la misère de beaucoup d’autres. Dès lors, l’élite et les nantis rationalisent, justifient leur réussite matérielle et leur fortune par le talent ou par le mérite, alors qu’un nombre écrasant les doit à l’héritage, à la chance d’une bonne éducation, à un milieu social favorable… C’est alors que les pauvres se persuadent qu’ils ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes de leurs échecs, qu’ils se résignent au chômage ou au déclassement, un peu comme les bêtes mises à mort aux jeux du cirque scrutaient l’assistance l’espace d’un instant de répit. »

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