Le journal “Libération” encore menacé

Le journal “Libération” encore menacé

Les conditions de la cession du journal par Altice et Patrick Drahi à un « fonds de dotation » ne sont pas, pour l’heure, à même de garantir la pérennité du titre fondé par Jean-Paul Sartre et Serge July. Intellectuels et artistes, parmi lesquels Julia Cagé et Pap Ndiaye, lancent un appel, dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune. Le 3 septembre, le transfert de Libération à un fonds de dotation, le « Fonds de dotation pour une presse indépendante », est devenu effectif. Une bonne nouvelle ?

Sur le papier, et à ne s’arrêter qu’aux mots, on pourrait penser que oui. Le « fonds de dotation » est, pour le dire simplement, une forme juridique qui permet, en France, de bénéficier des avantages de la fondation (en particulier des réductions d’impôt) avec la simplicité de l’association. Pour les médias, cette forme juridique pourrait en principe avoir de nombreux avantages. Pour commencer, le transfert de Libération à ce fonds devrait théoriquement rendre son capital incessible. Autrement dit, il ne serait plus possible à des actionnaires mal intentionnés de mettre la main sur le quotidien. Comment mieux protéger l’indépendance des journalistes qu’en sanctuarisant le capital de leur média !

Ensuite, un fonds de dotation est à but non lucratif. L’information est un bien public qui, en tant que tel, ne peut être laissé entre les seules mains du marché, au risque de voir sa qualité sacrifiée au profit de la rentabilité, l’histoire ne nous l’a que trop bien appris. Transformer un journal en média à but non lucratif – ce qui ne l’empêche aucunement, précisons-le, d’avoir des activités commerciales, mais garantit simplement que les dividendes soient réinvestis plutôt que distribués à des actionnaires –, c’est aller dans le sens de l’histoire et reconnaître l’importance de la presse pour la démocratie. Mediapart a d’ailleurs, il y a tout juste un an, effectué une mue similaire, avec la création d’un « Fonds pour une presse libre ».

Devrions-nous ainsi nous féliciter de la transformation capitalistique du journal de Jean-Paul Sartre et Serge July, créé en 1973 comme un « organe quotidien entièrement libre » et dirigé à ses débuts par ses salariés ? On le pourrait si la liberté de ses journalistes était entièrement garantie et qu’ils retrouvaient ainsi l’esprit d’il y a quelques décennies. Or ce n’est pas ce qui semble aujourd’hui se dessiner. Le fonds de dotation sera incessible, certes, mais le schéma conçu par Altice n’empêche pas l’entrée d’un nouvel actionnaire au capital de Libération. Ce n’est donc pas la structure juridique qui garantit l’indépendance, mais les conditions de la prise de décision.

Quelle gouvernance se dessine aujourd’hui pour le fonds ? D’après les annonces qui ont été faites, sont appelés à siéger au conseil d’administration deux représentants d’Altice Médias et une troisième personne, dont le profil reste à déterminer. Mais Patrick Drahi, par la voix de ses représentants, a été clair, il n’y aura aucun représentant de la rédaction, et ne parlons même pas des lecteurs ! Or quels meilleurs garants de l’indépendance d’un titre que ceux qui le produisent ?

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