Rentrée littéraire: le rituel du défilé de mode

Rentrée littéraire: le rituel du défilé de mode

François Taillandier, écrivain, auteur de plus de trente-cinq livres depuis le milieu des années 1980, questionne, dans une tribune au « Monde », la pertinence de cette « course d’obstacles » saisonnière.

 

Tribune.

 

Et alors, comme chaque année, il y a « la rentrée littéraire ». Une de ces évidences sur lesquelles on dirait que personne, jamais, ne s’interroge. C’est comme ça. Il y a « la rentrée littéraire ». Et non seulement on ne s’interroge pas sur la pertinence de cette notion saisonnière, qui n’a aucun rapport avec la création écrite, mais on s’y soumet. Auteurs, éditeurs, libraires, journalistes. Bousculade au portillon et course d’obstacles : c’est « la rentrée littéraire » ! Qui l’a décrété ? Quand ? Pourquoi ? On ne sait pas. En fait, ça embête tout le monde, mais on marche.

J’en sais quelque chose. Je ne vais pas faire le malin. Depuis trente-cinq ans que je suis un écrivain qui publie, j’ai fait partie de tout ça, j’y suis passé, comme tout le monde. Moi aussi, j’ai pris place dans les files d’attente. Et j’ai eu mes satisfactions ou mes déceptions, peu importe. Mais il y a un avantage à se faire un peu vieux : on en a vu passer, des trains, et couler de l’eau sous les ponts.

Est-ce que ce qui compte vraiment – c’est-à-dire la rencontre imprévue, passionnée, de simple plaisir, ou de curiosité, entre un livre et un lecteur – a besoin de « la rentrée littéraire » ? Avec son cortège de prix, de fêtes du livre (sans doute bientôt annulées…), de listes des meilleures ventes ? D’auteurs désignés champions dès le mois de juillet sans qu’on sache pourquoi ? Vraiment ? Vous êtes sûr ?

Dans nos librairies et nos bibliothèques publiques – honteusement fermées durant tout le « confinement », alors que le président de la République lui-même nous suggérait de lire – il y a des milliers de livres. Publiés par une édition française qui (les chiffres le prouvent) demeure un pilier de l’industrie culturelle. Et qui procure à qui s’y intéresse un choix dans lequel il y a tout ce qu’on veut, notamment au format de poche, car il faut penser à ceux qui n’ont pas trop de sous : des classiques, de la littérature étrangère, des essais, de l’histoire, des polars ; tout ce qu’on veut !

Les « nouveautés de la rentrée » ne sont que l’écume. La chose est d’autant plus absurde et injuste qu’elle trahit la majorité de ceux qui s’y trouvent. Sur les 500 ou 600 romans annuels de la « rentrée littéraire », on sait pertinemment, on sait d’avance, on sait depuis longtemps, que 80 % passeront à la trappe ! Oui, tout le monde le sait. Sauf le public, peut-être.

 

 

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