Commissariat au Plan : inapproprié au XXIe siècle !

Commissariat au Plan : inapproprié au XXIe siècle ! 

Un article très révélateur de Corinne Lepage, écolo ancienne ministre, qui démontre l’inconsistance et les contradictions de la pensée économique de l’auteur. Citons le principale: « pour qu’il y ait plan, encore faut-il savoir où on veut aller. » Or précisément le plan vise à dégager des scénarios de prospective pour indiquer la direction, éclairage précisément encore plus nécessaire  quand l’horizon est un peu complexe. Ce texte est un tissu de contradictions et met en évidence l’indigence de la réflexion économique de certains écolos de gauche mais aussi de droite (comme Corinne Lepage). Une tribune dans le très droitier site du Huffington post.

 

Tribune

L’annonce de recréer un Commissariat au Plan avec un poste de haut-commissaire offert à une personnalité politique, de surcroît maire en exercice, a beaucoup surpris.

On rappellera que le Commissariat au Plan, tel qu’on l’a connu dans les années 1960 sous le vocable d’ardente obligation, était parfaitement justifié par la nécessité de reconstruire la France d’après-guerre. À l’époque, les dirigeants savaient parfaitement ce qu’ils voulaient faire mais avaient besoin de planifier les investissements, ce qui justifiait des périodes quinquennales se succédant les unes aux autres. La suppression du Commissariat au Plan, partiellement remplacé par une forme de think-thank, a correspondu à une triple convergence entre la décentralisation en 1982, la perte de capacités de l’État sur le plan économique et l’envahissement du néolibéralisme et de l’hyper-financiarisation de l’économie.

Alors pourquoi recréer un Commissariat au Plan?

Il est indéniable que la France a besoin d’un projet solide de construction de la transition économique, écologique, sociale et sociétale. Le gouvernement navigue à vue et personne n’est capable de définir ce qu’est aujourd’hui le projet pour la France -en espérant qu’il n’y ait pas un projet secret de financiarisation croissante de notre économie. Dans ces conditions, un Commissariat au Plan est totalement inapproprié puisque pour qu’il y ait plan, encore faut-il que l’on sache où on veut aller avec un projet précis.

 

Ce n’est évidemment pas le cas et cela pour deux raisons majeures: la situation d’incertitude qui est beaucoup plus grande que celle que nous avons connue par le passé est un premier frein; de même qu’il y a nécessité d’inventer pour construire une société résiliente qui puisse affronter les transformations rapides qu’elle va connaître. Sur le premier point, même si l’histoire n’a jamais été écrite d’avance, la transformation accélérée du monde sur le plan physique comme sur le plan technologique sans oublier les tensions géostratégiques et toutes les formes de criminalité imposent de travailler sur des scénarios (comme par exemple ceux de l’institut des futurs souhaitables de Mathieu Baudin). L’imagination est donc un outil majeur à laquelle il faut ajouter une parfaite connaissance de l’histoire. Le deuxième point découle directement du premier puisque le projet doit être constamment adaptable ce qui signifie que l’adaptabilité doit être autant celle des hommes que des choix effectués. Autrement dit, il faut savoir dire en même temps ce que nous souhaitons devenir, quelle est la ligne directrice mais aussi comment nous allons pouvoir le faire dans un avenir fluctuant.

De plus, un haut-commissariat au projet ne va pas sans poser une question politique majeure. N’est-ce pas en réalité la tâche du Président de la République que de porter un projet de long terme et de le faire appliquer par son gouvernement? Dès lors, la désignation d’un haut-commissaire pour inventer le projet France sur le moyen et long terme est non seulement une forme d’échec démocratique mais également un risque technocratique. Comme l’a souligné Erwan le Noan dans L’Opinion du 23 août 2020, les organismes chargés de penser le long terme auprès de l’État mobilisent déjà 824 personnes et 3,6 millions d’euros, sans compter le centre d’analyse stratégique. Aussi, sauf à créer un comité Théodule supplémentaire, un haut-commissariat au projet France ne pourrait se concevoir que dans une refonte globale de tous les organismes existants. Ce qui implique un haut-commissaire répondant sur le plan intellectuel comme sur le plan de l’image à ce que la France peut imaginer de son avenir.

 

Dans la mesure où à l’évidence, “nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes avec la même pensée que nous avions quand nous les avons créés” (Einstein), la mission d’un haut-commissariat ne peut se faire que dans la co-construction avec les territoires. Ce n’est pas l’œuvre d’un homme comme au temps de Jean Monnet en 1946, c’est avec une coopération avec les communes, les départements et les régions que la transformation de notre pays pourra se faire. En prenant en compte les atouts et inconvénients de chacun de ces territoires. Pour ce faire, la puissance publique dispose des fonds européens en partenariat avec les régions, elle a des outils comme les CPER.

Pourtant, la puissance publique ne tient pas toujours parole et les retards de financement sont nombreux sur les territoires. Pour éviter les projets anachroniques du nucléaire, des incinérateurs, des autoroutes, c’est par la norme climato-compatible et l’acceptation de nos concitoyens que nous pourrons réellement faire entrer la France dans le XXIe siècle avec seulement 20 ans de retard.

 

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