Le retour du Plan, « plus qu’un symbole »?

Le retour du Plan, « plus qu’un symbole »?

 

Dans sa chronique au Monde, l’historien Pierre-Cyrille Hautcœur, Directeur d’études à l’EHESS

)  rappelle que les expériences de 1914 et 1946 avaient su enrôler le secteur privé dans un effort national commun. Un rappel utile au moment où certains ultralibéraux crient au retour de l’étatisme.

 

Chronique. La résurrection du Haut-Commissariat au plan sera-t-elle plus qu’un symbole, qu’une structure technocratique supplémentaire, ou qu’une sinécure prestigieuse ? Les pandémies et le réchauffement climatique fournissent, nous dit-on, au moins deux exemples de défis mondiaux qui requièrent une vision à long terme et une institution de concertation, au contact direct de la décision publique.

Deux précédents historiques suggèrent pourtant d’autres enjeux.

Lorsque le Commissariat général du Plan est créé en 1946, son nom renvoie à l’efficacité de la planification soviétique, alors au sommet de sa réputation. Par la suite, la notion de « plan à la française » suggère plutôt la compilation et l’analyse d’informations nombreuses, de longs débats en vue de choix partagés, des actions concertées quoique décentralisées et non impératives. C’est ce qu’il était devenu, toujours plus approfondi et complexe, avant d’être abandonné en 1993, victime collatérale de la chute du mur de Berlin, puis supprimé en 2006.

Pourtant, à sa naissance en 1946, le Plan est d’abord un lieu de décisions dans l’urgence face à des pénuries omniprésentes (nourriture, moyens de transport, matières premières, main-d’œuvre), un lieu de répartition des rares ressources disponibles et bientôt des dollars du plan Marshall, ce qui donne brièvement à Jean Monnet (1888-1979), le premier commissaire, des pouvoirs considérables quoique sous surveillance américaine.

Mais dès l’urgence passée, administrations comme entreprises tendent à reprendre leur autonomie, à garder leurs informations pour elles, à se méfier du Plan voire à s’en servir dans leurs propres intérêts. Et Jean Monnet repart bien vite vers d’autres actions exaltantes, plus conformes à son supranationalisme foncier, en créant la Communauté européenne du charbon et de l’acier dès 1951.

L’autre expérience est antérieure. Au début de la Grande Guerre, l’urgence des besoins militaires avait créé un désordre considérable dans les approvisionnements, multipliant les retards, les contradictions et les coûts ; l’invasion avait privé le pays des usines du Nord-Est, aggravant les pénuries.

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