Liban: un changement historique ?

 

Les évênements actuels font profondément écho aux circonstances qui ont conduit à en 1920 à la création du Grand Liban et à son échec à devenir un Etat-nation, estime l’historienne Chloé Kattar, dans une tribune au « Monde ».

Tribune. Le centenaire de la proclamation le 1er septembre 1920, sous l’égide de la France, du Grand Liban, traçant une frontière, au sein de l’ex-Empire ottoman, entre un Etat syrien et un Etat libanais, ne risque pas de donner lieu à des festivités. Un évènement de cette ampleur historique et symbolique aurait été accompagné, en temps normal, de moult commémorations.

Mais la crise profonde et multidimensionnelle que traverse le Liban, ainsi que l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth, le 4 août, ont fait que la seule célébration est venue de l’extérieur, à travers la nouvelle visite du président Emmanuel Macron, après celle du 6 août.

Le Grand Liban est une expérimentation historique qui a échoué. Il est clair, cent ans plus tard, que ni l’invocation de la spécificité libanaise, ni la préservation du statut autonome du Mont-Liban, ni la pérennisation de ses « frontières historiques et naturelles », n’ont permis au Liban de former un Etat-nation capable d’offrir une vie digne à ses citoyens. Alors qu’aujourd’hui la population du pays est appauvrie et traumatisée, sa monnaie – la livre – dévaluée, son infrastructure aux abois et sa capitale défigurée, un détour par l’histoire s’impose.

Les évènements actuels font profondément écho aux circonstances qui ont conduit à ceux de 1920. A l’aube de la création du Grand Liban, les épreuves de la première guerre mondiale avaient poussé les populations des provinces libanaises et syriennes à bout. La circonscription forcée et le climat de terreur instauré par le proconsul ottoman Jamal Pasha (1872-1922) mettaient un frein à la vie politique et sociale.

Mais ce sont surtout les terribles conditions économiques des années 1915-1918 qui laissent le Liban exsangue : le blocus maritime des Alliés en Méditerranée empêche l’importation de denrées alimentaires, stoppe l’indispensable arrivée de fonds des émigrants ainsi que l’exportation de la soie qui est au cœur de l’économie de l’époque. Une invasion de sauterelles en 1915 détruit les récoltes, aggravant la pénurie alimentaire causée par les réquisitions militaires, tandis que la malveillance et l’inefficacité des autorités en place entravent le transfert de denrées essentielles. La Grande famine du Mont-Liban tuera plus du tiers de la population entre 1915 et 1918.

Bien qu’ils ne soient nullement comparables avec ceux de la première guerre mondiale, une série inédite de malheurs frappe le Liban depuis quelque temps. La crise économique et financière paralyse tout le pays. La pandémie de Covid-19 est venue porter un coup de grâce à de nombreux secteurs de l’économie sur lesquels le manque de liquidités et l’inflation avaient déjà eu des effets dévastateurs. La montée des tensions confessionnelles, les dérives autoritaires de l’Etat, la répression violente des manifestants et les désillusions amères qui ont suivi l’euphorie de la « révolution » [2019-2020] assombrissent le tableau.

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