Économie : l’impératif des choix

 Économie : l’impératif des choix

 

Eric Fourel, Président d’EY, cabinet d’avocats d’affaires insiste sur la nécessité de faire de vrais choix pour soutenir l’économie dans la Tribune.

 

 

« A n’en point douter, le « Quoi qu’il en coûte » lancé depuis la tribune présidentielle à l’aube du confinement aura symbolisé une force de volonté sur le plan économique sans précédent depuis le plan Marshal. D’une indemnisation généreuse de l’activité partielle, en PGE accordés abondamment, tout en multipliant de nombreux autres soutiens plus ciblés, une croyance s’est ainsi dessinée dans notre imaginaire collectif qu’il serait possible de rester immun face à la crise économique à défaut d’être protégés du virus lui-même sur un plan épidémiologique.

Malgré un optimisme volontariste qu’il est de bon ton d’afficher, et que relaye une bourse ayant déjà reconquis plus de la moitié du terrain perdu depuis la mi-mars, le risque d’une deuxième vague dépressionsiste plane pourtant comme aéroportée par une traîne épidémiologique qui s’étire dans la durée.

Le plan de relance gouvernemental visant à mitiger un tel risque est annoncé de manière imminente. Le temps de procéder à certains choix est-il advenu ? Et comment s’assurer de faire les bons ?

En matière fiscale, l’orientation retenue sera placée sur le terrain d’une politique d’offre en faveur des entreprises avec une baisse des impôts de production chiffrée à 10 milliards et le maintien de la réduction d’ores et déjà votée de l’impôt sur les sociétés pour ramener son taux pour toutes les entreprises à 25% d’ici 2022 ; soit à un niveau un peu plus proche de la moyenne OCDE qui s’établit aux environs de 20%.

En termes d’attractivité, difficile de contester que le maintien de la baisse programmée de l’IS permettra de renouer avec une meilleure prévisibilité de la norme; terrain sur lequel la France affichait une réelle faiblesse encore accentuée ces dernières années par le report dans le temps d’engagements votés mais jamais encore entrés en vigueur. Rien de pire pour la crédibilité des pouvoirs publics que de créer des mirages législatifs. En matière d’impôts de production, privilégier une baisse de la contribution sur la valeur ajoutée (CVAE) plutôt que de supprimer totalement la contribution de sociale de solidarité des sociétés (C3S) tel qu’envisagé initialement, semble également un choix qu’il faut saluer. Frappant la marge dégagée par une production réalisée grâce une main d’œuvre employée en France, la CVAE opère comme un accélérateur de délocalisation des activités humaines génératrices de valeur tandis que la C3S est plus neutre sur ce plan puisqu’elle ne dépend que du chiffre d’affaires réalisé (sous réserve des effets d’un plafonnement éventuel).

 

Si ces choix paraissent en définitive opportuns, on peut malgré tout s’interroger s’il ne serait pas préférable de privilégier l’allégement de prélèvements encore plus directement en lien avec l’emploi et en particulier tabler sur une baisse générale et pérenne des charges sociales sur les salaires. Certes avec la conversion du CICE et les différentes mesures sur les emplois faiblement qualifiés, un chemin significatif a déjà été parcouru. On le constate d’ailleurs dans l’étude de l’OCDE Taxing Wages parue en avril dernier qui fait apparaître depuis 2015 un abaissement cumulé de plus de 4 points sur les bas salaires. Mais, le taux de prélèvement obligatoire sur les rémunérations moyennes, ressortant à 46,7%, demeure néanmoins 10 points au-dessus de la moyenne de l’OCDE et 5 points au-dessus de la moyenne de l’UE. Surtout, ce sont les cotisations sociales patronales qui, dépassant le seuil des 26%, pèsent le plus lourd en France dans le total de ces prélèvements et la placent en tête de l’OCDE pour les charges de sécurité sociales supportées exclusivement par l’entreprise.

Deuxième vague ou pas en matière économique, l’organisation du travail, en France comme ailleurs, ressortira profondément impactée par la crise Covid. Le télétravail ayant acquis ses lettres de noblesse, une tendance à la délocalisation des emplois intellectuels va probablement s’accentuer. La bataille de la compétitivité du coût du travail va de nouveau s’exacerber. Or, l’abaissement des charges sociales patronales présenteraient le triple avantage d’alléger immédiatement les coûts de production de toutes les entreprises, de faciliter la reprise des embauches lorsque sonnera vraiment l’heure de la reprise, tout en permettant de dégager des marges de négociation pour celles des entreprises qui en ont les moyens aux fins d’une revalorisation salariale.

Parce qu’il autorise à la fois un choc d’offre et potentiellement de demande, le levier du coût du travail n’est donc pas à négliger au moment où il faudra bien malheureusement se résoudre à ce que des choix s’imposent malgré le slogan du « quoi qu’il en coûte » et à défaut de pouvoir tout faire en « même temps ».

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