Gouvernement : une armée mexicaine inefficace

Gouvernement : une armée mexicaine inefficace

L’inflation du nombre de ministres s’accompagne d’une instabilité croissante, qui nuit à l’efficacité du pilotage des politiques publiques, déplore Gaspard Gantzer, ancien conseiller de François Hollande. Parmi une série de dispositions pour y mettre fin, il propose d’en fixer le nombre maximum dans la Constitution.

Tribune. On a beaucoup glosé sur le nombre de membres du gouvernement de Jean Castex. Il y a de quoi. Avec quarante-trois membres, il est le plus large depuis celui de Jean-Pierre Raffarin en 2004, qui comptait quarante-quatre personnes, et se rapproche du record du gouvernement Rocard de 1988, qui en rassemblait quarante-neuf. On est loin de la promesse de campagne d’Emmanuel Macron qui s’était engagé en 2017 à composer « un gouvernement de quinze membres maximum, très ramassé ».

Cette inflation des portefeuilles ministériels semble cependant moins préjudiciable au bon fonctionnement de la démocratie que l’instabilité gouvernementale qui l’accompagne. En effet, en trois ans, Emmanuel Macron a nommé soixante-neuf personnes au gouvernement. C’est déjà plus que Nicolas Sarkozy en cinq ans (soixante-huit) et presque autant que François Hollande lors du précédent quinquennat (soixante-quatorze).

Dans certains ministères, la valse des titulaires donne le tournis. A l’écologie, Barbara Pompili est la quatrième ministre en trois ans, tout comme Julien Denormandie à l’agriculture, Clément Beaune aux affaires européennes et Gabriel Attal au porte-parolat. A l’intérieur, Gérald Darmanin est le troisième ministre depuis 2017, tout comme Roselyne Bachelot à la culture et Eric Dupond-Moretti à la justice. Du premier gouvernement Edouard Philippe, il ne reste que neuf survivants et seuls Jean-Yves Le Drian, Bruno Le Maire, Frédérique Vidal et Jean-Michel Blanquer sont toujours à leur poste de départ.

L’instabilité s’accentue, mais elle n’est cependant pas nouvelle.

Lors du précédent quinquennat, si Stéphane Le Foll, Jean-Yves Le Drian et Marisol Touraine sont restés à leur place de bout en bout, François Hollande a connu trois premiers ministres, quatre ministres de l’intérieur et de l’écologie, trois ministres de l’éducation, de la culture et du travail. Si Nicolas Sarkozy n’a eu qu’un seul premier ministre, François Fillon, il a compté trois ministres des affaires étrangères, de l’intérieur, de la défense et de l’économie, ainsi que cinq titulaires différents aux affaires européennes !

Comment expliquer cette instabilité croissante ? Il ne faut pas exclure le plaisir des présidents successifs d’user et parfois d’abuser de leur pouvoir de nomination qui leur donne droit de vie et de mort politique.

De même, on peut imaginer qu’Emmanuel Macron soit amené à commettre plus d’erreurs de casting que ses prédécesseurs, en raison de la rapidité de son ascension qui ne lui a pas permis de constituer un réseau politique dense et de sa volonté d’ouvrir le gouvernement à des personnalités issues de la société civile, sans expérience du pouvoir. Cependant, cette instabilité ministérielle chronique a des causes plus profondes.

 

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