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Politique de santé: pour une coopération public-privé

Politique de santé: pour une coopération public-privé 

Alors que la concurrence entre hôpitaux publics et cliniques privées reste la norme, les économistes Mehdi Farajallah et Gérald Reparate-Retali considèrent, dans une tribune au « Monde », qu’une meilleure coopération des acteurs de santé devrait constituer aujourd’hui une priorité.

Tribune. Et si on jouait la coopération plutôt que la concurrence ? Pour faire face à la fronde des soignants, Olivier Véran, ministre de la santé et des solidarités, a multiplié les annonces mardi 21 juillet. Mais il n’a rien dit sur un point central : la manière dont le système de santé français est piloté. Or, le curseur est aujourd’hui mal placé : les indicateurs favorisent trop la concurrence entre les professionnels de santé au détriment de leur coopération. Avec des conséquences très problématiques.

Depuis 2017, un indicateur de gestion des hôpitaux acte précisément cette mise en concurrence des établissements. Il s’agit de la « part de marché » de chacun, calculée régulièrement par l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation. Cet indicateur incite « naturellement » les directions des établissements à augmenter leur attractivité par rapport à l’offre médicale concurrente. Cela implique de choisir des spécialisations porteuses, permettant de multiplier les actes et donc d’augmenter les rentrées d’argent.

A ce petit jeu, les hôpitaux publics sont bien entendu souvent perdants, car forcés d’accepter l’ensemble des patients y compris des cas lourds, alors que les cliniques privées sont libres de multiplier les opérations rapides et bien rémunérées. Le choix d’un indicateur tel que cette « part de marché » évacue le patient des centres d’intérêt des responsables d’établissement. Ils sont amenés, non pas à se centrer sur l’état de santé du patient et son amélioration, ce qui est au cœur de leur mission, mais à maximiser l’efficacité de leur structure face à d’autres structures concurrentes.

Attirer des patients éloignés est jugé à cette aune comme souhaitable, alors même que la course générale à l’attractivité aboutit au final à une augmentation des inégalités sociales de santé. Les plus favorisés, plus mobiles et/ou mieux informés, se rendent dans les centres hospitaliers les plus prestigieux, tandis que les plus modestes, moins mobiles et/ou moins informés, doivent se contenter de l’offre de proximité. Un système d’incitations qui interroge quand on sait que la France est l’un des pays d’Europe occidentale où les écarts d’espérance de vie entre les milieux sociaux sont les plus forts.

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