Pourquoi un plan de relance européen ?

Pourquoi un plan de relance européen ?

Les enjeux d’un plan de relance européen d’après l’économiste Nicolas Goetzmann. (Interview le Figaro)

- Les dissensions qui se sont violemment exprimées dimanche soir lors du sommet européen, opposant notamment la France et l’Allemagne aux pays «frugaux» d’Europe du Nord, étaient-elles prévisibles?

Nicolas GOETZMANN.- La date de ce sommet est connue depuis plusieurs semaines et les positions des uns et des autres sont sur la table depuis près de deux mois. La difficulté à trouver un accord au cours de ces quatre derniers jours révèle un évident manque de préparation, même si des négociations ont évidemment eu lieu en amont. Or, ce manque de préparation est entré en collision avec une volonté d’obtenir un accord rapide, notamment du côté d’Emmanuel Macron, ce qui a conduit à de nombreuses concessions de la part d’un camp pourtant très largement majoritaire. Cette impatience profite – pour le moment – aux pays frugaux qui imposent leur tempo à la majorité. Il faut préciser qu’Angela Merkel ne semble pas s’être impliquée outre mesure dans cette voie de la précipitation. Dans la matinée du 19, Angela Merkel a indiqué qu’il était possible de ne pas trouver d’accord «il est aussi possible qu’aucun résultat ne soit obtenu aujourd’hui», tandis qu’Emmanuel Macron a préféré donner un horizon plus positif en indiquant: «Nous sommes prêts au compromis sans renoncer à l’ambition», ce qui a renforcé la main des «frugaux».

Emmanuel Macron semble avoir pris la tête de la négociation à marche forcée, ce qui conduit à l’affaissement progressif des ambitions initiales du plan de relance européen.

Le détricotage du plan initial s’est prolongé à un point tel que Christine Lagarde a jugé nécessaire d’intervenir le 19 au soir au travers d’une interview donnée à Reuters. La présidente la BCE déclare: «de mon point de vue, il serait préférable de s’accorder sur un plan ambitieux (c’est à dire correspondant au plan initial de la Commission) même si cela met plus de temps. J’espère que les dirigeants vont s’accorder sur quelque chose d’ambitieux plutôt que de rapide». Mais apparemment le message n’est pas passé, et Emmanuel Macron semble avoir pris la tête de la négociation à marche forcée, ce qui conduit à l’affaissement progressif des ambitions initiales du plan de relance européen.

Comprenez-vous les réticences des «radins» (pour reprendre le titre en Une de «Libération» ce lundi matin)?

Il y a deux façons de voir les choses. La première est de considérer que les «frugaux» gèrent bien leurs finances publiques et qu’ils ne veulent pas payer pour des pays dépensiers et «irresponsables». C’est une vision essentiellement morale qui est utilisée politiquement par ces pays auprès de leurs électeurs. Ce qui serait dans la droite lignée de la sortie de Jeroen Dijsselbloem (ancien patron néerlandais de l’Eurogroup) en 2017, qui avait indiqué: «en tant que social-démocrate, j’attribue une importance exceptionnelle à la solidarité. Mais il y a aussi des obligations. Vous ne pouvez pas tout dépenser en alcool et en femmes avant de demander de l’aide». Pourtant, et même si cela peut paraître contre-intuitif, l’Italie a été plus rigoureuse que les Pays-Bas dans la tenue de son budget au cours de ces 20 dernières années, cet argument ne tient donc pas la route. Ces dirigeants des pays frugaux ne cherchent qu’à flatter les a priori de leurs électeurs.

La solidarité budgétaire européenne est exclue du Traité par l’article 125.

La seconde approche est de considérer que ce plan européen contourne l’esprit des Traités. Cela est une réalité. La solidarité budgétaire européenne est exclue du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne par l’article 125 qui peut être résumé par une formule: «un État membre ne répond pas des engagements d’un autre État membre». Or, si le mécanisme envisagé permet d’éviter au mieux cet écueil, c’est bien l’esprit du Traité qui est violé. Dans ces conditions, le seul moyen de mettre sur pieds un plan de relance qui ressemble à un véritable plan de relance serait une révision des Traités. On peut le regretter, mais cet argument est pertinent ; ce qui est réalisé aujourd’hui ne correspond pas à ce qui a été signé par les États.

Aurait-il été préférable d’éviter de mettre en scène des négociations si musclées, en optant pour des solutions de relance orchestrées au plan national et soutenues par la politique monétaire européenne?

Le 18 mars dernier, la Banque centrale européenne a mis sur place un plan spécifiquement dédié à la crise du Covid-19. Ce plan prévoyait le rachat de dettes de la zone euro pour un montant de 750 milliards d’euros, qui a été augmenté quelques semaines plus tard pour un total de 1500 milliards d’euros. Ce plan permet aux États de s’endetter directement tout en ayant l’assurance de voir la BCE racheter une large part de la dette émise. C’est ce plan qui a permis de voir la situation des marchés financiers se stabiliser. Une relance au niveau des États aurait pu être très rapide, ciblée et efficace.

L’absolue volonté de se servir de la crise du Covid-19 pour s’engouffrer dans une logique fédéraliste a été contreproductive.

Mais les Européens ont préféré passer à l’échelon supérieur en essayant d’apporter une solution commune. Sans surprise, ce choix a conduit à la lenteur, et à une ambition d’efficacité économique toute relative. L’absolue volonté de se servir de la crise du Covid-19 pour s’engouffrer dans une logique fédéraliste a été totalement contreproductive sur le terrain de l’efficacité économique. Le Congrès des États-Unis a mis deux semaines à se mettre d’accord pour un plan de 2900 milliards de dollars, qui est devenu loi le 27 mars dernier. L’Europe met plusieurs mois pour un plan pluriannuel de moins de 400 milliards d’euros assorti de nombreuses conditionnalités.

Que cherche Emmanuel Macron en voulant à tout prix remporter son bras de fer sur le plan de relance européen?

Une amorce fédéraliste. Même si ce plan de relance ne correspond pas à une logique d’eurobonds, puisque c’est la Commission européenne qui emprunte et que chaque État n’est responsable qu’à la hauteur de sa participation dans le budget de la commission, il constitue un précédent pour une ambition fédéraliste européenne. La question est savoir si cette ambition correspond à la nécessité du moment et à la volonté des électeurs.

En fin de compte, dans cette crise, l’Europe est-elle davantage le problème ou la solution?

Malgré sa lenteur initiale, la BCE a jusqu’à maintenant rempli son rôle. Son action est encore loin d’être optimale mais ce qui a été fait est à des années lumières de ce qui avait été fait en 2008. De ce point de vue, l’Europe a plus été une solution. Mais du point de vue du Conseil européen, cela est beaucoup plus mitigé, parce que les priorités semblent avoir été bien plus politiques qu’économiques.

Mais cette négociation aura permis de montrer au public la réalité du contenu du plan de relance. Depuis le début, le montant annoncé est de 750 milliards d’euros, mais on se rend compte que les États ne négocient que pour un montant voisin de 400 milliards. Le différentiel n’est composé que de prêts qui ne servent finalement qu’à gonfler artificiellement le montant auprès du public. Le «vrai argent» pour reprendre les termes d’Emmanuel Macron, est de 400 milliards, soit 2.6 points de PIB de l’UE.

 

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