« Non à l’orthodoxie financière persistante »

« Non à  l’orthodoxie financière persistante »

 

 

Les économistes Solène Morvant-Roux et Jean-Michel Servet contestent, dans une tribune au « Monde », l’idée que les banques centrales auraient rompu avec les dogmes monétaristes, et proposent une rupture réelle par le moyen des monnaies locales complémentaires.

 

Tribune.

 

« Le 9 avril, la Banque d’Angleterre (BoE) a annoncé son soutien à une politique monétaire accommodante pour financer dans le contexte du confinement les besoins urgents du gouvernement. Certains y ont vu les prémices d’une suspension de l’agenda néolibéral qui domine les banquiers centraux et un grand nombre d’économistes ; et ce, dans un pays et par une institution qui en ont été parmi ses premiers et plus virulents promoteurs.

Pourtant, le communiqué conjoint de la Banque d’Angleterre et du Trésor britannique daté du 9 avril est sans équivoque quant à la conformité des instruments monétaires (Ways and Means facilities, W&M) annoncés. Et surtout, ce découvert du compte de l’Etat à la Banque centrale pour injecter des liquidités dans l’économie britannique n’est pas nouveau. Les historiens le font remonter à la création même de la banque… en 1694 !

En 2008, il était passé à 19,8 milliards de livres sterling. Début avril 2020, il ne s’élevait plus qu’à 400 millions de livres sterling (457,50 millions d’euros). La possibilité qu’il soit à nouveau amplifié est simplement aujourd’hui rendue publique. Toutefois la différence quantitative annoncée ne constitue pas une différence qualitative quant à la nature de la mesure prise.

Il ne s’agit en effet en rien d’une émission publique de monnaie dont la seule contrepartie serait la dynamique économique que cette injection monétaire enclencherait, ni de dettes destinées à être rapidement annulées. Ces W&M sont des crédits de trésorerie qui doivent être remboursés par le Trésor britannique à la Banque d’Angleterre avant fin décembre 2020. Il est possible que ce remboursement soit différé si la crise persistante empêchait l’Etat de percevoir les impôts nécessaires. Les financements classiques, à long et moyen terme, devraient demeurer beaucoup plus volumineux et se feront toujours sur le marché obligataire.

Cette augmentation des W&M a été annoncée, d’abord pour afficher que le gouvernement britannique est pleinement conscient de la gravité de la situation (ses besoins de financement du secteur de la santé et de soutien aux entreprises seraient multipliés par trois), ensuite pour rassurer le secteur financier privé quant à la résilience de l’économie.

Cette mesure ne vise donc en rien, pas même temporairement, à transformer les modes de financement de l’économie britannique.

On a tout lieu de penser qu’une injection monétaire par rachat, par la Banque centrale, de titres détenus par les banques, analogue à celles d’après la crise de 2008 au Royaume-Uni et aux Etats-Unis et d’après la crise de la dette dans la zone euro, alimenterait surtout in fine l’économie spéculative.

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