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Gouvernement : « dire qu’on ne sait pas tout ne peut pas durer très longtemps»

Gouvernement : « dire qu’on ne sait pas tout ne peut pas durer très longtemps»

Denis Pingaud, président du cabinet Balises, conseil en stratégie et communication, analyse pour l’Opinion la stratégie du gouvernement, qui admet volontiers son ignorance face à la crise du coronavirus. 

Depuis plusieurs jours, les ministres répondent sans hésiter « Je ne sais pas » aux questions qui leur sont posées. Faut-il y voir une forme de lucidité, de prudence ou un aveu d’impuissance face à la crise ?

La communication n’a d’efficacité que dans l’authenticité. Un émetteur peut parfaitement transmettre le message « je ne sais pas » sans que, nécessairement, le récepteur y voit une dérobade. Le problème de fond, c’est que la communication n’est pas simplement affaire de message mais surtout de relation. Autrement dit, pour que le message soit entendu et compris, tout dépend du contexte d’écoute et d’attention du récepteur.

L’opinion est-elle prête à admettre, dans un tel contexte de crise, que ceux qui nous dirigent ne savent pas ?

En matière de communication, l’opinion est toujours plus mature que ne le croient les politiques. Elle perçoit vite ce qui relève de postures ou de figures. Elle comprend que les politiques ne soient pas omniscients mais elle attend d’eux qu’ils exercent leur responsabilité : se donner les moyens de savoir – et non pas affirmer tout et son contraire – pour être en mesure d’agir dans l’intérêt public.

Est-ce pertinent d’occuper l’espace médiatique si c’est pour dire qu’on ne sait pas ? Cela ne peut-il pas être perçu comme du bavardage ?

Tout dépend du contexte et du moment du récit médiatique. Dire « je ne sais pas tout » au début d’une crise inédite ne discrédite pas l’émetteur. Justifier par « je ne sais pas tout » la lenteur des décisions et des solutions, après plusieurs semaines, est moins admissible par le récepteur.

La conférence de presse d’Edouard Philippe dimanche dernier a-t-elle été à cet égard contre-productive ?

Elle était un peu à contretemps. A partir du moment où le choix est fait de donner une échéance au confinement, alors la conférence de presse devait être consacrée aux solutions concrètes. Prendre la parole sans apporter toujours les réponses aux questions posées, c’est donner des verges pour se faire fouetter. Cela crée vite un sentiment de déception et confirme l’impression de flottement. Le traitement du sujet des masques et des tests a paru toujours aussi flou. Et, après l’extinction de la polémique sur le confinement maintenu des personnes âgées par le Président lui-même, le Premier ministre n’a guère éclairé l’opinion sur la réouverture programmée des écoles. Sur ce sujet, la communication « pragmatique » du ministre de l’Education pallie le défaut d’une communication plus globale et cohérente sur les protocoles du déconfinement.

Prendre la parole sans apporter toujours les réponses aux questions posées, c’est donner des verges pour se faire fouetter. Cela crée vite un sentiment de déception et confirme l’impression de flottement

N’est-ce pas une manière de réparer les ratés de la communication gouvernementale, lorsque les ministres brandissaient des certitudes, comme la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, sur l’inutilité du port du masque par exemple ?

La soudaine humilité de l’exécutif depuis plusieurs jours, Président compris, s’explique avant tout par les errements d’analyse et de solutions qui se sont manifestés face à une situation, il est vrai, complexe. Les vérités assénées d’hier, notamment sur les masques et les tests, sont désormais perçues au mieux comme des approximations, au pire comme des mensonges, ce qui explique le niveau de défiance particulièrement élevé en France par rapport au reste de l’Europe.

L’aspect totalement évolutif est le caractère inédit de cette crise. La vérité d’aujourd’hui ne sera pas celle de demain…

En l’occurrence, on n’est pas seul au monde. Beaucoup de pays ont fait l’expérience de cette crise et l’on voit bien qu’il y a des inégalités de gestion de la crise qui ne s’explique pas que par des incertitudes scientifiques mais par le déploiement des moyens nécessaires pour faire face. Quand on ne sait pas, le mieux c’est de se donner tous les moyens de précautions possibles. Or, nous ne sommes pas en capacité de le faire. C’est quand même incroyable que chacun chez soi fabrique des masques de fortune alors que c’est l’un des moyens de faire face à la transmission du virus.

Le fait de ne pas savoir peut-il jouer en faveur d’un gouvernement longtemps jugé arrogant, qui ferait aujourd’hui preuve d’humilité ?

L’authenticité, ce n’est pas simplement donner le sentiment de dire le vrai. Il n’y a pas de vérité absolue. Tout dépend de la relation entre l’émetteur et le récepteur. Depuis le début de la crise, on a eu le sentiment que le gouvernement ne savait pas tout mais qu’il faisait semblant de savoir. Il dit désormais qu’il ne sait pas tout. Il reconnaît ainsi qu’il a pu dérailler en communication et ce n’est pas rassurant.

L’ignorance assumée de l’exécutif peut-elle contribuer à entretenir un climat de suspicion à son endroit ?

Soit vous avez confiance et vous jugez sa réponse authentique et respectable, soit vous percevez cela comme le fait qu’il y a quelque chose à cacher. D’autant que cela intervient après une séquence pas très heureuse. Le fait d’avoir asséné des choses approximatives, voire fausses ne fait que nourrir le sentiment qu’il y a un loup, voire qu’on nous ment, et même, pour certains, qu’il y a un complot derrière. L’humilité après les certitudes, c’est à double tranchant. L’important, en réalité, c’est l’histoire que l’on raconte dans la durée. L’opinion ne juge pas à l’instant T. Elle adhère, ou pas, à un récit qui doit être crédible et engageant.

Admettre son ignorance est-il un fait nouveau dans la communication politique ?

Non. Quand des politiques, par exemple, sont confrontés à des actes de terrorisme, ils sont bien obligés de reconnaître, parfois, qu’ils en ignorent les auteurs ou même les mobiles. Mais il est vrai que les politiques ont le plus souvent une conception directive de la communication. Celle-ci consiste à « expliquer », donc à asséner une vérité, de manière plus ou moins pédagogique. Elle ignore la plupart du temps le niveau et la capacité d’écoute des interlocuteurs, qui sont pourtant les leviers essentiels de la bonne transmission d’un message.

N’y avait-il pas jusqu’alors pour le politique un péché d’orgueil à refuser d’admettre son incapacité à répondre à la question posée ?

C’est toujours compliqué puisque le politique est mandaté pour apporter des réponses aux questions soulevées. Le vrai problème dans cette crise, c’est que le politique donne le sentiment de beaucoup s’abriter derrière l’avis des scientifiques, lesquels ne savent manifestement pas tout. Et parfois même les laisse empiéter sur son domaine, comme lorsque Jean-François Delfraissy [président du comité scientifique, N.D.L.R.] défend, devant la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale, le maintien du confinement pour 18 millions de personnes. Le rôle du politique est d’arbitrer au mieux des injonctions parfois contradictoires.

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