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Coronavirus : « Une éradication irréaliste »

Coronavirus : « Une éradication irréaliste »

 

dans le Monde, Patrice Bourdelais, historien explique la stratégie  n’est pas de  faire disparaître le Corona virus purement et simplement, mais de limiter son effet

 

Tribune.

 

Pourquoi sommes-nous si surpris par ce nouvel épisode pandémique ? La surprise des populations vient probablement de ce que, depuis plus de deux siècles, un horizon historique d’éradication des maladies infectieuses a été construit sur des avancées scientifiques réelles qui ont constitué autant d’illustrations de la dynamique de progrès dans laquelle les pays développés étaient désormais entrés. L’épidémie de Covid-19, dont il faudra étudier la mise en scène médiatique par la Chine, renvoie les populations vers un passé qu’elles pensaient totalement révolu. Combien d’Italiens pensaient revivre des quarantaines ressemblant aux dispositifs médiévaux ? L’une des meilleures expressions de cette espérance se rencontre sous la plume d’un médecin, expert de l’OMS, puis universitaire, Thomas Aidan Cockburn (1912-1981) qui, en 1964-1967, publia plusieurs ouvrages qui exprimaient une confiance sans faille dans la possibilité d’éradiquer les grandes maladies épidémiques une à une.

Les ouvrages de Cockburn ont été largement discutés et commentés. Ils constituent aujourd’hui l’expression ultime d’un espoir qui remonte à la vaccination contre la variole due à Edward Jenner (1749-1823) et aux découvertes successives réalisées dans les sciences biologiques et médicales, qui constituent autant de bornes sur la voie du progrès alors non contestée. Louis Pasteur (1822-1895) et la théorie des germes ouvrirent la porte à l’antisepsie et à l’asepsie après la découverte des streptocoques (1879) et des staphylocoques (1880). En quelques décennies, Pasteur, Robert Koch (1843-1910), leurs élèves et quelques autres découvrirent ainsi de nombreux germes responsables des grandes épidémies (le choléra, la tuberculose, la typhoïde, la diphtérie…), et ouvrirent la voie à la mise au point de sérums et de vaccins.

Cette série de découvertes qui, entre les années 1880 et la première guerre mondiale, permirent de diminuer très fortement la mortalité épidémique constitua un premier moment qui a marqué durablement les esprits tout en construisant la figure tutélaire de Pasteur en France et de Koch en Allemagne.

La deuxième étape de cette marche triomphante vers l’éradication a été réalisée lors de la découverte des sulfamides, en 1935, efficaces contre les streptocoques, puis des différents antibiotiques dont l’usage se répandit à partir de la fin de la deuxième guerre mondiale : pénicilline, streptomycine, auréomycine, chloramphénicol (1947), néomycine (1949). Ils furent utilisés massivement dès les années 1950, permirent de faire reculer vraiment les principales maladies infectieuses qui concernaient une très large part de la population. Du fait de leur quasi-disparition, l’espérance de vie des Français s’est accrue de neuf ans entre 1945 et 1965. Un tel bond n’avait jamais été réalisé dans l’histoire, et l’on comprend parfaitement l’optimisme qui s’empare alors des milieux médicaux, confiance dans l’avenir qui s’étend peu à peu à l’ensemble de la population. »

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