« Une élite prédatrice » Angus Deaton (prix Nobel d’économie)

 « Une élite prédatrice » Angus Deaton (prix Nobel d’économie)

Angus Deaton, , prix Nobel d’économie, dénonce dans une tribune au Monde. les fondements idéologiques de la plupart des économistes coupées des réalités sociales et sociétales et qui favorisent une élite prédatrice.

Tribune. 

 

« Nombreux sont ceux qui ne font plus confiance au capitalisme, ni, par conséquent, aux économistes, considérés comme ses thuriféraires. Pourtant, lorsque je suis devenu économiste, à Cambridge (Royaume-Uni), voici cinquante ans, les économistes et les philosophes parlaient les uns avec les autres, et l’économie de la protection sociale était enseignée et prise au sérieux. L’ouvrage majeur de John Rawls, Théorie de la justice, publié en 1971, était largement débattu, et Amartya Sen, Anthony Atkinson ou James Mirrlees, tous alors à Cambridge, avaient en tête la justice et sa relation avec les inégalités de revenu.

Sen, marqué par le livre de Kenneth Arrow Choix social et valeurs individuelles, qu’il avait lu lorsqu’il était en licence, à Calcutta, écrivait lui-même sur la théorie du choix social, la pauvreté relative et absolue, l’utilitarisme et par quoi il était possible de le remplacer. Mirrlees avançait une solution pour résoudre la question de la réconciliation entre la préférence pour l’égalité et la nécessité de respecter l’incitation. Quant à Atkinson, il montrait comment intégrer la conception des inégalités à leurs instruments de mesure.

Pendant ce temps, aux États-Unis, l’école de Chicago empruntait une voie différente. Nul doute que Milton Friedman, George Stigler, James Buchanan et Robert Lucas apportèrent d’importantes contributions intellectuelles à l’économie et à l’économie politique, tout comme Ronald Coase et Richard Posner au droit et à l’économie. Il est difficile néanmoins d’imaginer un travail plus antithétique à la réflexion sur les inégalités et la justice. De fait, dans les conclusions les plus extrêmes de l’école de Chicago, l’argent devient la mesure du bien-être, et la justice n’est rien de plus que l’efficience.

Quand je suis arrivé aux États-Unis, en 1983, et qu’on m’a qualifié d’« amateur » parce que je me souciais des inégalités, j’ai repensé à ma première réaction lorsque j’avais lu la phrase de Stigler, qui affirme qu’« en étudiant professionnellement l’économie, on devient politiquement conservateur » : j’avais cru à une coquille ! Je n’avais auparavant jamais rencontré d’économiste conservateur.

L’influence des travaux de l’école de Chicago et des arguments de Milton Friedman est encore extraordinairement forte. Friedman considérait les inégalités comme un problème mineur car naturelles, traduisant les choix de gens dont les préférences différaient. Il croyait en l’égalité des chances, mais s’opposa avec véhémence à l’impôt sur les successions : un « mauvais impôt », qui « pénalise un comportement vertueux » et « encourage le gaspillage ». Plus de 700 économistes ont récemment repris ces affirmations (An Open Letter from Economists on the Estate Tax), et nous entendons aujourd’hui les mêmes arguments contre un impôt sur la fortune. Pour Friedman, qui encourageait aussi la concurrence fiscale entre les États, les tentatives de limiter les inégalités de revenus étoufferaient non seulement la liberté mais déboucheraient sur plus d’inégalités. De libres marchés produiraient à la fois liberté et égalité! « 

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