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Archive mensuelle de octobre 2019

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«Plates-formes et médias en ligne » : la rémunération des producteurs d’infos est justifiée.

«Plates-formes et médias en ligne » : la rémunération des producteurs d’infos est justifiée.

Dans une tribune au « Monde »  , Nicolas Mazzucchi, spécialiste en cyberstratégie, considère, qu’il n’est pas choquant que la plate-forme soit rémunérée comme fournisseur de service au profit du média traditionnel

Tribune.(extraits )

 

«  L’entrée en vigueur de la loi française sur les droits voisins de la presse, qui transpose la directive européenne sur les droits d’auteur, agite fortement le secteur de la presse et de l’information, au point que le président de la République s’est saisi de la question lors de son déplacement en Auvergne, le 4 octobre.

Loin de vouloir opposer les plates-formes gestionnaires de données comme Facebook, Google ou Twitter aux médias traditionnels dont les métiers sont radicalement différents, il appartient de saisir les enjeux cachés de ces droits, au-delà de la nécessaire rémunération du travail des journalistes.

La question économique de la répartition publicitaire entre plates-formes de données et sites internet des médias est centrale. Les plates-formes publient un aperçu et une illustration des articles, ainsi que le lien permettant de lire l’ensemble de l’article sur le site du média d’origine.

Il y a, par conséquent une répartition assez claire des rôles : la publicité sur la plate-forme – qui est au demeurant quasi inexistante en ce qui concerne les actualités – n’empêche pas celle sur le média d’origine, les deux pouvant être rémunérés pour la visite d’un seul et même utilisateur, sans que cela ne porte atteinte aux droits de l’auteur de l’article.

En un sens le média traditionnel est rémunéré pour le contenu de l’article et la plate-forme pour la mise à disposition du lien de consultation. La plate-forme agit comme une sorte de fournisseur de service au profit du média traditionnel. Que la plate-forme soit rémunérée pour la fourniture d’un tel service n’est pas choquant ; les journaux payent bien pour que leurs magazines soient distribués dans les kiosques physiques.

Les grandes plates-formes de gestion des données sont les sites les plus populaires en France, selon le classement Alexa (Google.com 1er, Google.fr 4e, Live.com 6e, Yahoo.com 7e, Facebook.com 9e, etc.) loin devant les sites des grands médias (lefigaro.fr 32e, lemonde.fr 44e, etc.). En outre, le trafic en ligne des médias en question provient essentiellement desdites plates-formes de gestion de données (32 % du trafic pour lemonde.fr et 45 % pour lefigaro.fr proviennent de Google). Il en résulte en France une redirection du trafic en ligne des plates-formes généralistes vers les médias. »

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Emmanuel Macron: « Le port du voile, ce n’est pas mon affaire  » !

Emmanuel Macron: « Le port du voile, ce  n’est pas mon affaire  » !

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Alors que Macron a ressorti bien maladroitement le dossier brûlant de l’immigration, c’est d’un revers de main qu’il  a éjecté la problématique du port du voile en distinguant la nature des espaces publics dans laquelle il peut être porté. Une manière très elliptique de traiter une question très controversée. Certes problème n’est pas simple car il faudrait distinguer la nature du voile du symbole qu’ il peut représenter comme forme de radicalisme religieux et de communautarisme. « Le port du voile dans l’espace public n’est pas mon affaire. Le port du voile dans les services publics, à l’école, quand on éduque nos enfants, c’est mon affaire », a différencié ce jeudi Emmanuel Macron, interrogé sur la polémique qui agite jusqu’au sein du gouvernement.

« Dans les services publics, il y a un devoir de neutralité. Quand on éduque nos enfants, on demande qu’il n’y ait pas de signe religieux ostentatoire ». « Après, ce qui se passe dans l’espace public, c’est pas l’affaire de l’Etat ou du président de la République », a-t-il tranché sur la chaîne Réunion la 1ère, après les propos du ministre de l’Education et ceux de Marine Le Pen qui a demandé d’interdire le voile dans « tout l’espace public ».

 

Macron, lui,   »sanctuarise » le vote musulman en sa faveur en balayant la question après avoir imprudemment et maladroitement soulevé la question de l’immigration. Pour mieux masquer la question fondamentale du communautarisme.

Il y a évidemment des arrière-pensées politiques derrière ce débat relativement bâclé de l’immigration. . Première observation, le thème est très mal choisi, pour preuve il n’aboutit qu’à une mini proposition du Premier ministre- qui porte sur 250 000 personnes environ quand les seuls visas touristiques représentent  environ 3.5 millions de personnes (pas tous évidement des immigrés) et qu’il faut ajouter les autres filières. Or cette proposition de quota concernera l’immigration légale quand la vraie question est celle de l’immigration illégale autrement plus importante (400 000 ?). Par ailleurs et surtout, la question centrale n’est pas celle de l’immigration mais celle de l’intégration qui vise une population d’origine étrangère beaucoup plus large dont trop ne parviennent pas à s’intégrer. Mais cette question bien traitée dans le rapport Borloo notamment à travers les banlieues a été balayée d’un revers de main par Macron qui a même humilié en public son auteur. La menace vient surtout du refus d’une partie de la population d’origine étrangère d’accepter les règles et les valeurs républicaines. Tout cela sur fond de communautarisme, de radicalisme, de pauvreté, de dérive religieuse et de trafic de drogue. Un thème donc très mal posé et traité uniquement en prévision des prochaines échéances électorales. En outre, une question pleine d’hypocrisie car la mise à l’index des étrangers permet de faire l’impasse sur le problème de l’intégration d’une partie de la population aujourd’hui devenue française. Dernière observation, les quotas même sur-le-champ réduit de l’immigration légale ne répondent pas à l’enjeu :

En 2018, 256.000 entrées régulières (90.000 par la voie de l’immigration familiale, 83.000 étudiants, 33.000 pour des motifs économiques).

“La question d’un pilotage par objectifs de l’admission au séjour n’est pas ‘taboue’. Je n’ai pas peur de réfléchir à l’idée de ‘quotas’”, a souligné Edouard Philippe, évoquant la possibilité de “fixer chaque année des objectifs d’attraction de compétences rares et de talents». On est loin de l’enjeu ! Et ne parlons pas de l’impasse sur l’aide au développement, le levier le plus fondamental pour maintenir les populations sur place.

 

Qualité de l’air: La France condamnée par la justice européenne

Qualité de l’air: La France condamnée par la justice européenne

 

 

  •  C’est évidemment le paradoxe, la France veut la championne du monde de la défense du climat et de l’environnement dans ses discours. Macron en particulier n’en finit pas de mettre à toutes les sauces l’accord de Paris sauf que la France ne respecte pas les objectifs en matière de pollution qui contribue largement à la dégradation du climat. Des résultats ne renforcent pas la crédibilité des incantations de Macron davantage destinées à séduire l’électorat écolo qu’à mettre en place des politiques de transition énergétique efficace et socialement compatible.
  • La France risque donc des sanctions de la part de la Cour de Justice de l’Union européenne pour avoir dépassé de manière « systématique et persistante » le seuil de dioxyde d’azote dans plusieurs grandes villes du territoire. La justice européenne a estimé que la France a dépassé « de manière systématique et persistante » depuis 2010 le seuil limite dans l’air de dioxyde d’azote, gaz polluant principalement issu des moteurs diesel, dans une décision rendue jeudi. La Commission européenne avait saisi la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) en mai 2018 après près d’une décennie de mises en garde. La France compte parmi les Etats membres, avec aussi l’Allemagne et le Royaume-Uni, contre lesquels Bruxelles avait décidé d’agir face à un problème persistant dans l’Union.

Selon le dernier rapport de l’Agence européenne de l’environnement sur la qualité de l’air publié mi-octobre, le dioxyde d’azote (NO2) est responsable de 68.000 décès prématurés par an dans l’UE, dont 7500 en France. Ce jugement ouvre la voie, dans un deuxième temps, à d’éventuelles sanctions, si rien n’est fait pour remédier à la situation.

« Le gouvernement est déterminé à améliorer rapidement et durablement la qualité de l’air, qui constitue un impératif de santé publique et environnemental », a assuré le ministère français de la Transition écologique et solidaire, dans un communiqué.

De son côté la Commission a affirmé qu’elle continuerait à travailler « en coopération rapprochée » avec la France « pour s’assurer qu’elle prenne les mesures nécessaires ».

Cette pollution de l’air au NO2 concernait 24 zones et agglomérations en France, dont les villes de Paris, Lyon, Marseille, Nice ou encore Strasbourg, mais aussi la vallée alpine de l’Arve, axe de transit vers l’Italie souffrant d’embouteillages chroniques.

La France affirme pourtant qu’entre 2010 et 2018 « les émissions d’oxydes d’azote ont baissé de 54% » et que le nombre de zones concernées a été divisé par deux (11 en 2018).

Si la France ne conteste pas le dépassement, son argumentation portait sur la législation européenne sur la qualité de l’air, dont l’application dans chaque Etat membre « doit être appréciée au regard des difficultés structurelles rencontrées », explique la CJUE dans un communiqué. Mais pour les juges « le fait de dépasser les valeurs limites pour le dioxyde d’azote dans l’air ambiant suffit en lui-même pour pouvoir constater un manquement ».

Par ailleurs, la législation prévoit qu’en cas de dépassement constaté, le pays mis en cause doit établir un plan relatif à la qualité de l’air, et s’assurer que la période de dépassement soit « la plus courte possible ». Or, la France a « manifestement » ignoré cela, la Cour ayant relevé un dépassement pendant « sept années consécutives ».

Le gouvernement français met en avant une série de mesures déjà prises: accompagnement du renouvellement du parc automobile, développement du réseau de bornes électriques, soutien à la rénovation énergétique des logements notamment.

Il souligne également les effets attendus de la « loi d’orientation sur les mobilités » avec le déploiement de « zones à faibles émissions » (excluant les véhicules les plus polluants), un plan Vélo ou encore un contrôle renforcé du marché automobile.

Au total 20 pays de l’UE sont la cible d’une procédure d’infraction en matière de qualité de l’air (15 dossiers sur les particules fines, 14 sur le NO2 et 1 sur le dioxyde de soufre). Au cours des cinq dernières années, la Commission a porté onze dossiers concernant neuf pays devant la CJUE.

« Traverser la rue »: un « raccourci » ou une connerie ?

« Traverser la rue »: un « raccourci » ou une connerie ?

Rebelote à la Réunion quant un chômeur a demandé à Macron s’il suffit de  traverser la rue pour trouver du travail.  Emmanuel Macron avait dit à un demandeur d’emploi venu le voir dans le cadre des Journées du patrimoine qu’il suffisait de  »traverser la rue » pour trouver du travail. Macron a tenté de se justifier bien maladroitement en indiquant qu’il avait fait un raccourci mais en réaffirmant sa conviction.

« J’ai fait un raccourci avec ce bidule », reconnaît alors le chef de l’État.  »Au bout de l’Élysée, je peux vous dire que là-bas c’est vrai. Je n’ai pas dit que c’était vrai partout en France », ajoute encore Emmanuel Macron, avant de rediriger ce Réunionnais vers la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Macro a sans doute pris ses sources lorsqu’il a déjeuné dans un grand restaurant près de l’Élysée effectivement parfois au manque de personnel ou alors le propos lui a été rapporté par son entourage. Reste qu’il ne suffit pas de traverser la rue pour occuper un poste même dans la restauration qui demande comme nombre d’autres métiers une qualification. Une qualification que ne possédait pas l’ancien jardinier destinataire premier conseil de Macron. Ce dernier a en effet mis du temps à se reconvertir et continue de galérer avec une succession de CDD. A fortiori dans une île comme la Réunion où le taux de chômage atteint presque un jeune sur deux, l’invite de macro paraît particulièrement décalée pour ne pas dire une nouvelle fois condescendante et méprisante.

D’après ’INSEE à La Réunion, on compte environ 80 000 chômeurs. 23% de la population est demandeuse d’emploi, mais chez les jeunes les chiffres sont bien plus importants. 41% des hommes de 15 à 29 ans sont en effet concernés, 37% des femmes. Il faut aussi compter le halo du chômage, c’est-à-dire cette population qui n’a plus droit à rien, qui ne cherche pas vraiment du travail et qui n’est pas comptabilisée.

Et si le chômage ne baisse plus, c’est en partie parce que les créations d’emplois deviennent insuffisantes selon l’INSEE. En cause, un secteur marchand moins dynamique, mais aussi la forte baisse des contrats-aidés dans le secteur non-marchand.

Ainsi, le taux d’emploi est de 47% en moyenne. Chez les hommes, il reste cependant plus important avec 52% d’actifs, tandis que 43% des femmes travaillent.
Ce jeudi sur l’île, Emmanuel Macron a quand même annoncé plusieurs mesures d’aide à l’emploi, dont une extension à toute l’île du dispositif des emplois francs, la possibilité de cumuler RSA et emploi à temps partiel et le maintien de 12.000 emplois aidés par an. Dans le cadre d’un plan baptisé « Emplois Réunion », le dispositif des emplois francs, réservé en métropole aux chômeurs venant de quartiers défavorisés, sera étendu à toute l’île, a dit le chef de l’Etat lors d’une conférence de presse sur place.

Commission européenne : Macron veut imposer Thierry Breton mais c’est pas gagné

Commission européenne : Macron veut imposer Thierry Breton mais c’est pas gagné

D’une certaine manière,  Macron tente un nouveau coup de force avec le Parlement européen en proposant la candidature de Thierry Breton comme commissaire européen. Certes, la compétence technique, l’expérience et les convictions européennes de l’intéressé ne pas en cause. N’empêche que cette candidature pourrait être discuté au Parlement européen pour des motifs de conflit d’intérêts. Macron n’a guère apprécié le rejet de Sylvie Goulard alors qu’il  il avait obtenu l’accord de la présidente de la commission. Le problème, c’est que Macon s’est fait de nombreux ennemis en Europe parmi chez de nombreux chefs d’État qui n’ont guère apprécié l’attitude condescendante voire méprisante du président de la république. Par ailleurs au sein même des formations politiques européennes qui devraient soutenir le candidat français au poste de commissaire, des oppositions aux méthodes Macron sont clairement apparues. Il y a aussi le jeu trouble de l’Allemagne dont Macron est en partie responsable puisqu’il a manœuvré que le candidat allemand à la présidence de la commission soit évincé au profit de Mme Ursula Von der Leyen. Bref une immixtion française dans la politique allemande qu’on n’a guère appréciée outre-Rhin. Par ailleurs, sur le dossier du Brexit nombre de responsables européens ne gouttent  guère le radicalisme de la France pour éjecter le plus tôt possible le Royaume-Uni. Macron est toujours très en colère contre le Parlement européen qui lui a adressé véritable plaque dans la candidature de Sylvie Goulard. Mais d’une certaine façon il récidive en opposant un candidat encore une  fois indiscutable au  plan des compétences mais qui va susciter des interrogations ; les mêmes que celles qui  ont balayé la candidature de Sylvie Goulard.

Choisir un grand patron comme candidat à la Commission accroît les risques de conflits d’intérêts. D’autant que le groupe Atos est un fournisseur de services informatiques de l’Union européenne. Mais Thierry Breton est rodé sur ce terrain. Il avait déjà dû répondre à de nombreuses questions de conflits d’intérêt lorsqu’il avait été nommé à Bercy, après avoir dirigé France Télécom et Thomson. Il avait alors veillé à ce que les dossiers touchant ces entreprises soient traités directement par le Premier ministre.

« M. Breton a toujours fait preuve de rigueur pour éviter tout conflit d’intérêt » lorsqu’il était ministre en se déportant sur les dossiers pouvant le concerner, assure l’Elysée. D’ici fin novembre, le candidat doit  convaincre des eurodéputés particulièrement soucieux de transparence. Il devra d’abord passer devant la commission parlementaire des affaires juridiques, chargée de se prononcer sur les éventuels conflits d’intérêts des futurs commissaires, qui a déjà évincé le Hongrois Laszlo Trocsanyi et la Roumaine Rovana Plumb. Puis il sera soumis, comme avant lui Sylvie Goulard, à l’audition des eurodéputés qui doivent donner leur aval. Pour renforcer la crédibilité de la candidature de Thierry Breton macro a évoqué la perte de revenus de l’intéressé. Une précision sans doute inutile car Thierry Breton a amassé un nom impressionnant de lastock-options  dans ses différents responsabilités. Son nouveau revenu pourrait tourner autour d’un million quand il a gagné presque quatre dans son ancienne responsabilité. Bref il est quand même à l’abri du besoin !

Croissance France : une bonne résistance relative malgré la stagnation en zone euro

Croissance France  : une bonne résistance relative malgré la stagnation en zone euro

 

Alors que la croissance en zone euro a pratiquement stagné entre septembre et octobre, la France enregistre une petite embellie Selon le dernier communiqué du cabinet Markit publié ce jeudi 24 octobre.  l’indice composite a bondi entre septembre et octobre passe de 50,8 à 52,6 illustrant une accélération de l’activité dans le secteur privé pour le début de cet automne. Après un coup de frein cet été, l’économie française devrait repartir au cours du dernier trimestre. En fait,  ce qui a changé pour le mois étudié,  c’est le fait que la baisse du secteur manufacturé a été enrayée. La croissance française est soutenue pour la plus grande part par la consommation des ménages qui représentent environ 55 % du PIB. Il ne faut pas cependant s’attendre à des résultats exceptionnels de l’activité générale car même les consommateurs demeurent prudents. On pourrait quand même atteindre une croissance du PIB de 1,3% en 2019 tandis que l’Allemagne, elle, pourrait tutoyer la stagnation.

Le rythme de la croissance pour cette année a été révisé à la baisse par tous les instituts de conjoncture sans annoncer de coup d’arrêt brutal de l’activité. Lors d’un point presse début octobre, le directeur du département de la conjoncture à l’Insee, Julien Pouget, expliquait que « en France, 0,3% c’est un rythme quasi-constant depuis 2018. La France apparaît moins exposée que l’Allemagne aux turbulences internationales. L’économie française bénéficie d’un soutien budgétaire. La prévision de croissance est inchangée par rapport à celles d’il y a trois mois, soit un rythme de 0,3% par trimestre d’ici la fin de l’année et en moyenne annuelle 1,3% en 2019 après 1,7% en 2018″.

De son côté, l’institut COE-Rexecode anticipe une croissance du produit intérieur brut (PIB) à 1,3% pour 2019 et 1,2% pour 2020 et écarte tout signe de récession à l’échelle de la planète. « Nous n’amplifions pas le ralentissement observé depuis un an et demi et nous ne cédons pas aux sirènes qui parlent de récession. C’est un ralentissement marqué. À l’échelle mondiale, le PIB devrait progresser d’environ 3%. Ce qui est un atterrissage marqué par rapport à 2017 mais ce n’est jamais que la moyenne tendancielle du passé. Depuis 40 ans, le rythme moyen annuel est de 3,3% », a déclaré cette semaine son directeur général Denis Ferrand.

D’après les calculs du cabinet, l’indicateur qui prend en compte l’activité de l’industrie manufacturière en France a légèrement augmenté passant de 50,1 en septembre à 50,5 en octobre. Un indice supérieur à 50 signale une expansion, un indice inférieur à cette limite une contraction de l’activité. Dans les services, la conjoncture est toujours favorable. L’indice qui mesure l’activité dans le tertiaire monte à 52,9 en octobre contre 51,1 en septembre, soit un plus haut depuis deux mois.

Par ailleurs, les entreprises françaises ont enregistré une augmentation des nouvelles affaires. Cette expansion est liée à une reprise des ventes à l’export au début du mois de septembre. « Les nouvelles commandes en provenance de l’étranger ont en effet augmenté tant dans le secteur manufacturier que dans celui des services » précisent les économistes de Markit.

Sur le front de l’emploi, les firmes françaises continuent d’embaucher à un rythme relativement élevé.  »Le taux de création de postes s’est en outre légèrement redressé par rapport au mois dernier, les embauches s’étant accélérées dans les deux secteurs étudiés » explique le cabinet. En 2019, les économistes de l’Insee anticipent 250.000 créations d’emplois et un chômage au sens du bureau international qui pourrait atteindre les 8,5% avant la fin de l’année. Ce dynamisme de l’emploi devrait marquer le pas l’année prochaine. En effet, l’organisme Coe Rexecode prévoit une chute des créations pour 2020 avec 77.000 emplois prévus. « L’effet de la croissance affaiblie l’emporterait ainsi sur la stimulation de l’emploi associée à l’introduction début octobre 2019 du nouvel allègement de cotisations sociales de 4 points au voisinage du SMIC ».

Les difficultés de la zone euro persistent. L’indice composite PMI du cabinet Markit a gagné seulement 0,1 point entre septembre et octobre passant de 50,1 à 50,2. Si le secteur des services se maintient à un niveau favorable (51,8), l’industrie manufacturière continue toujours de souffrir. « Si la zone euro ne s’est pas repliée en zone de contraction, c’est principalement sous l’impulsion de la France, qui a enregistré une légère accélération de la croissance en octobre » expliquent les experts de Markit.  »Le malaise actuel reflète essentiellement les difficultés du secteur manufacturier, la conjoncture industrielle s’étant de nouveau fortement détériorée au cours du mois » ajoutent-ils. En Allemagne, les craintes de récession sont toujours bien visibles même si la contraction de la première économie de la zone monétaire a ralenti. La stagnation de l’économie en zone euro pourrait perdurer.

Lubrizol: finalement on ne sait rien !

Lubrizol: finalement on ne sait rien !

Alors que le patron de l’usine Le PDG de l’usine, Eric Schnur, avait  déclaré précipitamment et bien imprudemment que le feu à l’origine du sinistre venait de l’extérieur de l’usine, il ressort de l’enquête de justice menée jusqu’ici que personne n’est en capacité de localiser l’origine, ni d’ailleurs d’évaluer les conséquences en termes d’émissions polluantes. Il est possible que l’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen ait provoqué l’émission de dioxines, des polluants organiques toxiques persistant dans l’environnement, avait  déclaré le directeur général de l’Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques).“Les valeurs qui ont été mesurées en matière de dioxines sous le panache (de fumée) sont soit inférieures soit supérieures” aux valeurs dites de “bruit de fond” déjà présentes dans l’environnement, a précisé Raymond Cointe lors d’une conférence de presse. Ces valeurs, mesurées sur six points d’analyse, sont comprises entre 0,04 et 0,20 nanogrammes d’équivalent dioxine par mètre carré, a-t-il indiqué.“Des résultats complémentaires sont nécessaires pour préciser et vérifier ces données sachant qu’en matière de dioxine, la source principale et potentielle de contamination est par ingestion”, avait -t-il déclaré.

En fait les  analyses sont contrastées. L’organisme Atmo Normandie a présenté des résultats d’analyse de l’air, après l’incendie de l’usine Lubrizol. Selon France Bleu Seine-Maritime, ces résultats sont rassurants concernant certains polluants, comme le dioxyde d’azote, les particules ou le monoxyde de carbone.   Les analyses révèlent en revanche un taux « relativement élevé » de dioxines dans l’air, sur le capteur installé dans la commune de Préaux: « 12,66 picogrammes par mètres cubes d’air, pour une valeur repère régionale médiane de 3,40″, soit quatre fois plus que la normale, précise la radio.

Ces résultats appellent des « examens complémentaires », affirme Jean-François Gehanno, professeur au CHU de Rouen. « Notre échantillon ne permet pas de répondre à la question du danger à long terme », abonde Véronique Delmas, la directrice d’Atmo Normandie. « Il va permettre aux spécialistes de répondre à cette question, mais il va falloir analyser bien plus d’échantillons. »

 

 

Pour le départ de  l’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen, survenu il y a près d’un mois, les enquêtes n’ont pas permis «de déterminer, à ce jour, la localisation précise du départ» du feu, a indiqué jeudi le procureur de la République de Paris dans un communiqué.

«De nombreux examens techniques, auditions, constatations et transports sur les lieux ont déjà été réalisés», a rappelé le procureur. Le pôle santé publique du parquet de Paris s’est saisi le 1er octobre de l’enquête menée jusqu’alors par le parquet de Rouen. Le procureur a par ailleurs indiqué que le parquet s’était saisi d’un rapport d’inspection de la direction régionale de l’environnement «faisant état de la commission de plusieurs infractions par la société Normandie Logistique», voisine de la société Lubrizol à Rouen.

Mercredi, le directeur régional de l’environnement, Patrick Berg, avait évoqué ce rapport d’inspection devant la mission d’information de l’Assemblée nationale sur cette catastrophe, sans toutefois préciser la nature des infractions pénales commises. «Ce procès-verbal vise huit contraventions de cinquième classe, dont six susceptibles d’avoir été commises antérieurement à l’incendie et deux pouvant avoir été commises postérieurement», a détaillé pour sa part le procureur de Paris. «Il vise également le délit d’exploitation non conforme par une personne morale d’installation classée ayant porté une atteinte grave à la santé, la sécurité ou dégradé substantiellement la faune, la flore, la qualité de l’air, du sol ou de l’eau».

Mercredi, Patrick Berg avait reproché à Normandie Logistique «une défaillance administrative». «Ils sont juridiquement une installation classée ICPE soumise à enregistrement sauf que à défaut de s’être manifesté après une modification des textes en 2010, ils sont restés connus chez nous comme ICPE soumise à déclaration», un niveau inférieur de classement, avait-il précisé.

 

Municipales: des listes communautaires interdites y compris pour les chasseurs ?

Municipales: des listes communautaires interdites y compris pour les chasseurs ?

 

La problématique des listes communes communautaires pose un redoutable questionnement sur sa définition. Bien entendu ce que visent certains, c’est le communautarisme musulman. Mais les éventuels promoteurs de listes communautariste musulmanes éviteront d’afficher leur valeur religieuse et encore moins leurs dérives anti républicaines. Dès lors que le contenu des programmes ne sera pas connu, on voit mal comment on pourrait interdire cette forme de communautarisme sur le plan juridique. Il conviendrait sans doute de revoir les conditions d’acceptation de la totalité des sensibilités politiques, associatives et communautaires. Aujourd’hui en effet,  lors des élections dont l’objectif est naturellement de gérer l’intérêt général on accepte à peu près n’importe quelle liste. Pour preuve depuis  très longtemps la communauté des chasseurs participe aux élections y compris aux présidentielles sans parler d’autres hurluberlus qui défendent des causes très partielles qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’intérêt général voire qui profitent des élections pour se faire connaître. Pour les listes communautaires musulmanes c’est évidemment l’islamisme politique qui est en cause. À cinq mois des élections municipales de mars, les responsables de l’Union des démocrates musulmans de France (UDMF), et ses quelque 800 adhérents, s’activent pour présenter des listes dans «une cinquantaine» de communes.

Quatre ans après une controverse autour des velléités électorales de ce parti aux départementales, des responsables politiques, de La République en marche (LREM) au Rassemblement national (RN), s’inquiètent du développement de listes «communautaires» ou «communautaristes». Un symptôme, selon eux, d’une montée de l’«islam politique». «Dans certaines villes, le score de ces listes sera la surprise des municipales», met en garde le député (Libertés et Territoires) François Pupponi, ancien maire de Sarcelles (Val-d’Oise).

À l’échelle nationale, le très faible résultat (0,13 % des voix exprimées, soit 28 400 bulletins) réalisé par la liste UDMF aux dernières européennes n’a pas trop inquiété mais cette fois le score pourrait bien prendre. La difficulté c’est évidemment d’éviter que des filtres juridiques organisent une censure injustifiée des listes. Pour autant, il serait temps de faire le ménage dans  les  listes de candidatures qui font émerger des candidats immatures et/ou  ligotées par des intérêts trop parcellaires pour prétendre gérer l’intérêt général

Brexit: nouvelle entourloupe de Boris Johnson

Brexit: nouvelle entourloupe de Boris Johnson

Boris Johnson en plaidant pour l’organisation d’élections législatives le 12 décembre prépare un nouvel enfumage. En fait, il s’agit d’une sorte de chantage si la chambre des représentants accepte d’organiser de nouvelles élections, Boris Johnson promet en retour d’accorder plus de temps aux députés pour ratifier l’accord sur la sortie de l’Union européenne qu’il a négocié avec Bruxelles. Dans la réalité, tout  devrait être bouclé très rapidement dans  un calendrier “accéléré” de ratification du Withdrawal Agreement Bill (WAB), ( législation britannique interne).  d’adaptation au Brexit . Un  tel délai ne permet pas d’examiner de manière approfondie et sérieuse cette législation.

Si le délai est aussi court c’est que Boris Johnson craint que la chambre des représentants ne détricoter dans cette législation britannique nombre de dispositions contenues dans l’accord passé avec l’union européenne. D’une certaine manière, c’est un nouvel enfumage de la part de Boris Johnson bien contraint de passer par le Parlement pour organiser des élections dont il espère qu’elles lui donneront une majorité qui n’a pas actuellement. “Nous accorderons tout le temps possible d’ici au 6 novembre pour que le WAB soit débattu et voté. (…) Cela signifie que nous pourrions faire en sorte que le Brexit ait lieu avant les élections du 12 décembre”, écrit Boris Johnson dans sa lettre à Jeremy Corbyn, qu’il a diffusée sur Twitter.

“Si le Parlement refuse de saisir cette occasion et ne ratifie pas (l’accord) avant le 6 novembre, ce que je crains fort, la question devra être réglée par un nouveau Parlement”, ajoute-t-il.

Valerie Vaz, élue du Labour chargée des affaires parlementaires, qui s’est exprimée à la Chambre après la diffusion de cette lettre, n’a pas précisé si son parti allait voter pour ou contre les élections anticipées, mais a reproché au Premier ministre son refus de négocier un nouveau calendrier avec l’opposition.

Le Scottish National Party (SNP) s’est quant à lui indigné qu’il cherche à imposer un scrutin anticipé, ce qui sème le doute sur sa capacité à réunir les suffrage nécessaires à sa tenue. À cette confusion interne britannique s’ajoute aussi des contradictions au sein même de l’union européenne avec un camp dirigé par les Allemands prêts accordés un nouveau délai de. À l’inverse un autre camp cependant minoritaire  » par les Français veulent pousser les Britanniques dehors le plus rapidement possible donc son nouveau délai

Paris estime qu’un report de courte durée contraindrait les élus britanniques à “prendre leurs responsabilités”, tandis qu’un délai plus long prolongerait la période d’incertitude et ouvrirait la porte à toute une série de possibilités, dont celle d’un nouveau référendum. Les ambassadeurs des pays membres de l’UE doivent se réunir vendredi à Bruxelles pour tenter de trouver une solution.

L’Irlande, le pays de l’UE le plus concerné par le Brexit en dehors du Royaume-Uni, plaide pour un report flexible (“flexextension”) qui permettrait au Brexit de se réaliser avant la nouvelle date butoir si le Parlement ratifie d’ici là l’accord négocié par Boris Johnson. L’Italie soutient aussi cette solution. Bref le feuilleton est encore loin d’être terminé.

Fin de la messagerie Wanadoo ? (Orange)

Fin  de la messagerie  Wanadoo ?  (Orange)

 

Wanadoo est une ancienne messagerie de France Télécom, une entreprise reprise par Orange. Orange qui a imposé sa messagerie tout en assurant la continuité de Wanadoo. Mais avec une certaine réticence, au point maintenant d’organiser progressivement la fin de Wanadoo. On sait qu’en cas de perte d’un mot de passe de messagerie, il est possible de le récupérer ou d’en créer un autre  après demande au gestionnaire de cette messagerie. Ce que fait Orange pour les adresses Mel  « Orange » mais pas pour Wanadoo. Dans beaucoup de cas, les mots de passe sont enregistrés dans les ordinateurs. Il arrive que le disque dur tombe en panne et/ou  que toutes les données disparaissent ; Du coup les mots de passe avec. Or Orange se refuse à réactiver un nouveau mot de passe pour Wanadoo et en profite  pour supprimer le compte dont la gestion n’est consentie que gratuitement. Une curieuse conception de la politique commerciale. On comprend qu’une société fasse évoluer sa gamme de produits, en supprime certains, en crée d’autres mais la moindre des choses est d’aviser les clients avant de fermer brutalement le service. On se demande si Orange n’a pas conserver ses réflexes d’administration en considérant les abonnés comme des usagers captifs et non comme des clients. En tout cas, autant prévenir les vieux utilisateurs de Wanadoo, un jour le compte risque d’être fermé sans préavis ; et avec disparaissent évidemment toutes les adresse des correspondants ! Merci à Orange pour ce respect très approximatif des obligations commerciales. Sans parler des lignes téléphoniques physiques (qu’Orange est supposé entretenir) dont les fils tiennent de nombreux poteaux endommagés !

Actu économie, social, société: les plus lus

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Nouvelles technologies (5G, internet, console etc.): le risque d’un contrôle social généralisé

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Vote pour les partis radicaux : 75% des français tentés

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Alstom- Le conseiller de Macron soupçonné de prise illégale d’intérêt

Etats-Unis – Chine : accord ou seulement fin de la guerre ?

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Encore un député LREM ,Thierry Solère, mis en examen pour fraude fiscale

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La collapsologie: le nouveau concept pour discréditer les écologistes

Brexit: l’enfumage de Johnson se précise

Crise de la santé publique : très grosse manif le 14 novembre

CICE : profitable surtout aux grandes entreprises mais pas forcément à l’emploi

Choisir entre les Immigrés et les Kurdes : l’odieux chantage d’Erdogan

La défense corporatiste de l’ENA

La  défense corporatiste de l’ENA

 

 

Dans une interview au journal l’Opinion, l’actuel directeur de l’ENA, Patrick Gérard, défend  avec vigueur cette fabrique d’élites  donc dit-il la France devrait être fière. Une Argumentation de nature très corporatiste qui ne pose absolument pas la problématique du champ et de la nature régalienne de l’État. En effet, c’est parce qu’ils sont beaucoup trop nombreux que les énarques se  reproduisent  dans des structures qu’ils pérennisent et même développent. Il n’y a même pas assez de postes pour caser de manière satisfaisante les élèves. On ajoute donc des directions aux directions, des postes de directeur adjoint à des postes de directeur, bref des structures administratives à des structures administratives quand il faudrait sans doute en réduire la moitié. L’intéressé oublie aussi d’indiquer que les énarques envahissent le monde économique et politique et que l’ENA n’a pas cette vocation première.

Interview

La suppression de l’ENA est à l’ordre du jour. Quels sont les arguments pour la défense de l’école ?

Ce sera évidemment au président de la République et au Premier ministre de prendre des décisions à l’issue du rapport Thiriez. Il m’appartient, comme directeur, de rétablir quelques vérités. Car l’image, souvent répandue, d’une institution coupée des réalités, fournissant des bataillons de hauts fonctionnaires inconscients des difficultés de leurs concitoyens, est tout simplement fausse.

Prenons le symbole des grands corps (Inspection des finances, Cour des comptes, Conseil d’État). Les jeunes gens qui les intègrent ne sont-ils pas assurés d’une belle carrière, confortée par l’entre-soi, du seul fait d’avoir été bien classés à la sortie de l’ENA ?

D’abord, contrairement aux clichés, les énarques ne sont pas de jeunes blancs-becs de 25 ans. Ils ont en moyenne 31 ans et la moitié d’entre eux ont exercé des responsabilités professionnelles avant leur entrée à l’ENA. Sur la question des corps d’inspection et de contrôle, les avis sont partagés. Certains voudraient créer un parcours où les élèves sortant de l’ENA passeraient d’abord cinq ans comme administrateur dans un ministère avant de tenter un nouveau concours, à 35-36 ans, pour intégrer un tel corps. D’autres font valoir que ces corps ont besoin de sang neuf et que dans le secteur privé les cabinets d’audit font confiance aux juniors. Je pense que l’accès direct à ces corps compte pour beaucoup dans l’attractivité de l’école. Mais il faut faire en sorte qu’il y ait davantage de brassage dans leurs effectifs, par exemple en ouvrant ces corps de façon significative aux sous-directeurs d’administration.

Le vrai sujet n’est-il pas le manque de RH dans la fonction publique ?

Sans doute peut-on améliorer la gestion des carrières, les perspectives de mobilité, valoriser davantage le travail des administrateurs civils au cours de leur carrière. On a encore trop tendance à laisser un énarque dans le même service, dans la même administration sans faire de gestion personnalisée.

Le procès en « déconnexion » de la haute fonction publique a resurgi avec la crise des Gilets jaunes…

Ce pays est fier de ses élites culturelles, sportives mais a un peu de mal avec ses élites administratives… Les Français sont-ils mécontents de leurs préfets, de leurs sous-préfets ? De leurs diplomates ? De leurs juges administratifs ? J’analyse plutôt ces critiques comme une demande supplémentaire d’Etat et, donc, un besoin de renforcer la présence des cadres de l’Etat par plus de mobilité sur le terrain.

Le manque de diversité sociale est souvent pointé du doigt. Est-ce cette image de « reproduction des élites » qui colle à l’ENA ?

Première remarque : quarante étudiants sont recrutés via le concours externe aujourd’hui. Ils étaient cent il y a quarante ans, comme à l’époque de la promotion Voltaire. En réduisant les effectifs, on diminue forcément la diversité. L’ENA accueille 26 % d’élèves qui étaient boursiers, plus que d’autres grandes écoles. Mais il faut faire mieux. C’est pourquoi nous ouvrons cette année à Strasbourg – il en existe déjà une à Paris depuis dix ans – une seconde classe prépa « égalité des chances » destinée aux étudiants d’origine modeste, très bons et, si possible, venant de province. Ces diplômés de master sont coachés par nos jeunes anciens élèves. L’idéal serait d’en créer une par région.

Pour quels résultats ?

La plupart réussissent les concours difficiles d’administrateur de l’Assemblée, de l’Institut nationale des études territoriales (INET), de la Banque de France ou de commissaire de police. En moyenne, sur dix-sept candidats de cette classe, un intègre l’ENA. Il subsiste encore une tendance chez ces étudiants, je le regrette, à penser que l’ENA « ce n’est pas pour elles ou eux »… C’est ce plafond de verre et cette autocensure qu’il faut parvenir à percer.

Parmi les pistes évoquées par Frédéric Thiriez pour « décloisonner » : la création d’un enseignement commun à tous les futurs hauts fonctionnaires (ENA, fonction publique territoriale, hospitalière, magistrats, commissaires de police) mais aussi aux quatre corps techniques (Mines, Ponts, armement, Insee). Est-ce une bonne idée ?

C’est une bonne idée d’avoir des enseignements communs. Par exemple, nos élèves travaillent sur les politiques territoriales avec ceux de l’INET et sont en scolarité avec des officiers de gendarmerie ou de l’armée de terre reçus à l’Ecole de guerre. A partir de l’an prochain, ils travailleront aussi avec l’Ecole nationale de la magistrature. En revanche, je verrais trois écueils à rallonger la scolarité d’un an. Celui de créer une sorte de « 6 année de Sciences Po » alors que les élèves, lorsqu’ils arrivent à l’ENA ou dans d’autres grandes écoles, ont envie de se préparer à leur métier. Le risque de renforcer la critique sur le mode : « Ils sont tous formatés de la même façon ». Enfin, toute année supplémentaire a un coût budgétaire… Ma préférence serait d’imaginer des travaux communs pour les élèves quand ils sont en stage.

Emmanuel Macron avait souhaité mettre en place, en début de quinquennat, un « spoil system » à la française. Près de deux tiers des directeurs d’administration centrale ont été changés depuis 2017, moins que sous ses prédécesseurs. La « technostructure » est accusée de « bloquer la France ». A juste titre ?

Les directeurs d’administration centrale ont un devoir de loyauté à l’égard du gouvernement. Quand un ministre donne des ordres, ils sont appliqués. Gérald Darmanin a instauré le prélèvement à la source, Jean-Michel Blanquer le dédoublement des classes dans les zones d’éducation prioritaires, le projet de loi pour la restauration de Notre-Dame de Paris a été écrit en quelques jours. L’image de directeurs plus puissants que les ministres qu’ils voient passer est un cliché.

L’ENA attire-t-elle toujours autant ?

Il n’y a jamais eu autant de candidatures : 1 731 cette année, record depuis 2013 ! Mais il est vrai qu’à Sciences Po comme dans les Instituts d’études politiques en région, les étudiants semblent moins attirés par le service public que par le monde des grandes entreprises, de la communication, de la finance, des start-up. Quand l’Etat, et les fonctionnaires qui le servent, sont critiqués tous les jours, ce n’est pas très engageant pour un jeune d’une vingtaine d’années… Par ailleurs, les vocations pour la politique se raréfient. Depuis la création de l’ENA en 1945, moins de 3 % des anciens élèves ont fait de la politique. Un taux encore plus bas aujourd’hui. Quant au fameux pantouflage, il concerne 20 % des élèves qui, à un moment ou un autre de leur carrière, vont dans le privé. Près de la moitié revient ensuite dans le public.

Finalement, faut-il juste changer le nom de l’ENA ?

La marque ENA bénéficie dans le monde d’un prestige considérable. Oxford, la London school of economics, le MIT n’imaginent pas changer de nom. L’administration française est admirée dans le monde entier pour l’impartialité de son recrutement, sa compétence et son intégrité. Depuis sa création, l’école a formé 3 700 élèves étrangers. Parmi ceux aujourd’hui en fonction : les ambassadeurs du Japon et de Malte en France, l’ambassadeur du Liban, qui était d’ailleurs dans la même promotion qu’Emmanuel Macron, la vice-première ministre des Pays-Bas, deux ministres belges, le directeur de cabinet du Grand-Duc du Luxembourg, le directeur du protocole de l’empereur du Japon, plusieurs dizaines de ministres africains, le secrétaire général du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe… Au titre de la formation continue, l’ENA forme chaque année plus de 4 000 auditeurs étrangers.

« L’ENA bashing » serait donc un travers bien français ?

Peut-être… Il faut sans doute améliorer beaucoup de choses, transformer l’école mais faisons attention à ne pas se priver d’un outil précieux.

 

EDF: pas d’arrêts des réacteurs (ASN)

EDF: pas d’arrêts des réacteurs (ASN)

 

EDF est certainement très rassuré que l’autorité de sûreté nucléaire vient de décider qu’il n’était pas nécessaire de procéder à l’arrêt directeur suite aux problèmes rencontrés par des soudures défectueuses. Les réparations devront bien sûr effectuer mais elles ne mettront pas en cause la capacité de production. On se souvient d’incidents du même ayant affecté le PR de Flamanville, incidents qui ont encore aggravé les dérives financières de cet filière. À la résine le PR de Flamanville devait coûter 3,4 milliards et la mise en service était prévue en 2012. En réalité le PR coûtera plus de 30 milliards et le démarrage n’a pas été prévu avant 2022. Cette fois il s’agit de défauts relevés sur d’autres réacteurs. EDF donc des incidents ont conduit le ministre de l’économie a demandé un audit de toute la filière sans doute pour procéder à l’analyse des causes techniques mais aussi examiner une gestion financière assez approximative de l’entreprise. «Au vu des analyses que nous avons menées depuis le début du mois de septembre en liaison avec EDF et Framatome, nous estimons qu’il n’y a pas lieu d’arrêter les réacteurs équipés des générateurs de vapeur concernés par les soudures défectueuses», explique Bernard Doroszczuk, président de l’ASN, dans un entretien au journal Les Echos, à propos de la découverte récente de problèmes de fabrication de certains composants qui concernent six réacteurs en exploitation.

S’il loue la réactivité d’EDF et Framatome dans cette affaire, le gendarme du nucléaire dresse toutefois un constat très sévère sur le secteur. «L’accumulation de problèmes ces derniers mois révèle la situation très préoccupante dans laquelle se trouve l’industrie nucléaire française», a estimé M. Doroszczuk.

«Elle met en doute la capacité de la filière à faire face aux défis qui sont permanents dans le secteur», a-t-il affirmé. Des propos qui n’ont pas été contredits par l’ASN.

La semaine précédente, EDF avait révélé que les procédures prévues n’avaient pas été respectées par sa filiale Framatome lors d’opérations réalisées «sur certaines soudures de générateurs de vapeur», de gros composants des centrales.

Il avait identifié 16 générateurs de vapeur installés sur six réacteurs en exploitation: les réacteurs n°3 et 4 de Blayais, le réacteur n°3 de Bugey, le réacteur n°2 de Fessenheim, le réacteur n°4 de Dampierre-en-Burly, ainsi que le réacteur n°2 de Paluel.

Supprimer la voiture: trop simpliste (Jean Coldefy)

Supprimer la voiture: trop simpliste  (Jean Coldefy)

L’expert en mobilité Jean Coldefy dans une tribune au « Monde  critique le simplisme des attaques contre l’automobile et resitue la question dans un problématique plus large de mobilité et d’aménagement. .

Tribune.(extraits).

 

«  Le sujet de la mobilité émerge de plus en plus au cœur des enjeux des élections municipales dans les grandes villes. Mais, paradoxalement, alors que le pays sort à peine de sa plus grande crise sociale depuis cinquante ans, le message envoyé par la ville-centre est : « Bannissons la voiture ! » Affirmer que la suppression de la voiture serait le seul horizon de la politique de mobilité, c’est aller un peu vite en besogne.

C’est oublier que la voiture a permis de desserrer la contrainte financière du marché du logement, en allant chercher plus loin ce qui n’était plus disponible à proximité, même si aujourd’hui cette solution a trouvé sa limite : le prix des logements a été multiplié par trois en vingt ans dans les villes-centres et contamine les périphéries de proche en proche. C’est l’inadéquation du marché de l’immobilier avec les besoins et la localisation des emplois qui ont induit une décorrélation entre habitat et emploi, avec son lot de pollution et d’émissions de CO2. 80 % des trajets sont réalisés en voiture pour accéder aux agglomérations.

 Avec la gentrification ( en clair l’éviction des pauvres NDLR)  au centre et le blocage de l’urbanisation dans les communes de proche périphérie, c’est, in fine, une moindre mixité sociale et un allongement des distances domicile-travail que le jeu des acteurs a induits. Ceux qui prennent leur voiture pour aller travailler tous les jours n’ont, pour la plupart, tout simplement pas le choix. L’absence d’alternatives à la voiture solo depuis les périphéries génère des flux de véhicules saturant les réseaux routiers aux heures de pointe.

Le sentiment d’iniquité est ainsi très fort : les habitants des périphéries et zones rurales à faibles revenus – dont 70 % des dépenses sont contraintes par le logement et l’énergie (enquête Ipsos de 2018 auprès de 11 000 ménages) – reçoivent très mal les leçons d’écologie de ceux qui peuvent utiliser moins souvent leur voiture parce qu’ils habitent dans la ville-centre : on ne peut que les comprendre.

Il faut tout de même rappeler que Paris dispose du système de transport en commun le plus dense du monde avec une station de métro tous les trois cents mètres : c’est pour cela que les Parisiens utilisent très peu leur voiture, et non pas parce qu’ils auraient un comportement moral plus vertueux que les autres. Les deux tiers du trafic dans Paris et 80 % sur le périphérique ne sont pas le fait d’habitants de Paris (enquête ménage déplacement Ile-de-France). »

 

Intelligence artificielle: la démocratisation par l’auto apprentissage ?

La  défense corporatiste de l’ENA

 

 

Dans une interview au journal l’Opinion, l’actuel directeur de l’ENA, Patrick Gérard, défend  avec vigueur cette fabrique d’élites  donc dit-il la France devrait être fière. Une Argumentation de nature très corporatiste qui ne pose absolument pas la problématique du champ et de la nature régalienne de l’État. En effet, c’est parce qu’ils sont beaucoup trop nombreux que les énarques se  reproduisent  dans des structures qu’ils pérennisent et même développent. Il n’y a même pas assez de postes pour caser de manière satisfaisante les élèves. On ajoute donc des directions aux directions, des postes de directeur adjoint à des postes de directeur, bref des structures administratives à des structures administratives quand il faudrait sans doute en réduire la moitié. L’intéressé oublie aussi d’indiquer que les énarques envahissent le monde économique et politique et que l’ENA n’a pas cette vocation première.

Interview

La suppression de l’ENA est à l’ordre du jour. Quels sont les arguments pour la défense de l’école ?

Ce sera évidemment au président de la République et au Premier ministre de prendre des décisions à l’issue du rapport Thiriez. Il m’appartient, comme directeur, de rétablir quelques vérités. Car l’image, souvent répandue, d’une institution coupée des réalités, fournissant des bataillons de hauts fonctionnaires inconscients des difficultés de leurs concitoyens, est tout simplement fausse.

Prenons le symbole des grands corps (Inspection des finances, Cour des comptes, Conseil d’État). Les jeunes gens qui les intègrent ne sont-ils pas assurés d’une belle carrière, confortée par l’entre-soi, du seul fait d’avoir été bien classés à la sortie de l’ENA ?

D’abord, contrairement aux clichés, les énarques ne sont pas de jeunes blancs-becs de 25 ans. Ils ont en moyenne 31 ans et la moitié d’entre eux ont exercé des responsabilités professionnelles avant leur entrée à l’ENA. Sur la question des corps d’inspection et de contrôle, les avis sont partagés. Certains voudraient créer un parcours où les élèves sortant de l’ENA passeraient d’abord cinq ans comme administrateur dans un ministère avant de tenter un nouveau concours, à 35-36 ans, pour intégrer un tel corps. D’autres font valoir que ces corps ont besoin de sang neuf et que dans le secteur privé les cabinets d’audit font confiance aux juniors. Je pense que l’accès direct à ces corps compte pour beaucoup dans l’attractivité de l’école. Mais il faut faire en sorte qu’il y ait davantage de brassage dans leurs effectifs, par exemple en ouvrant ces corps de façon significative aux sous-directeurs d’administration.

Le vrai sujet n’est-il pas le manque de RH dans la fonction publique ?

Sans doute peut-on améliorer la gestion des carrières, les perspectives de mobilité, valoriser davantage le travail des administrateurs civils au cours de leur carrière. On a encore trop tendance à laisser un énarque dans le même service, dans la même administration sans faire de gestion personnalisée.

Le procès en « déconnexion » de la haute fonction publique a resurgi avec la crise des Gilets jaunes…

Ce pays est fier de ses élites culturelles, sportives mais a un peu de mal avec ses élites administratives… Les Français sont-ils mécontents de leurs préfets, de leurs sous-préfets ? De leurs diplomates ? De leurs juges administratifs ? J’analyse plutôt ces critiques comme une demande supplémentaire d’Etat et, donc, un besoin de renforcer la présence des cadres de l’Etat par plus de mobilité sur le terrain.

Le manque de diversité sociale est souvent pointé du doigt. Est-ce cette image de « reproduction des élites » qui colle à l’ENA ?

Première remarque : quarante étudiants sont recrutés via le concours externe aujourd’hui. Ils étaient cent il y a quarante ans, comme à l’époque de la promotion Voltaire. En réduisant les effectifs, on diminue forcément la diversité. L’ENA accueille 26 % d’élèves qui étaient boursiers, plus que d’autres grandes écoles. Mais il faut faire mieux. C’est pourquoi nous ouvrons cette année à Strasbourg – il en existe déjà une à Paris depuis dix ans – une seconde classe prépa « égalité des chances » destinée aux étudiants d’origine modeste, très bons et, si possible, venant de province. Ces diplômés de master sont coachés par nos jeunes anciens élèves. L’idéal serait d’en créer une par région.

Pour quels résultats ?

La plupart réussissent les concours difficiles d’administrateur de l’Assemblée, de l’Institut nationale des études territoriales (INET), de la Banque de France ou de commissaire de police. En moyenne, sur dix-sept candidats de cette classe, un intègre l’ENA. Il subsiste encore une tendance chez ces étudiants, je le regrette, à penser que l’ENA « ce n’est pas pour elles ou eux »… C’est ce plafond de verre et cette autocensure qu’il faut parvenir à percer.

Parmi les pistes évoquées par Frédéric Thiriez pour « décloisonner » : la création d’un enseignement commun à tous les futurs hauts fonctionnaires (ENA, fonction publique territoriale, hospitalière, magistrats, commissaires de police) mais aussi aux quatre corps techniques (Mines, Ponts, armement, Insee). Est-ce une bonne idée ?

C’est une bonne idée d’avoir des enseignements communs. Par exemple, nos élèves travaillent sur les politiques territoriales avec ceux de l’INET et sont en scolarité avec des officiers de gendarmerie ou de l’armée de terre reçus à l’Ecole de guerre. A partir de l’an prochain, ils travailleront aussi avec l’Ecole nationale de la magistrature. En revanche, je verrais trois écueils à rallonger la scolarité d’un an. Celui de créer une sorte de « 6 année de Sciences Po » alors que les élèves, lorsqu’ils arrivent à l’ENA ou dans d’autres grandes écoles, ont envie de se préparer à leur métier. Le risque de renforcer la critique sur le mode : « Ils sont tous formatés de la même façon ». Enfin, toute année supplémentaire a un coût budgétaire… Ma préférence serait d’imaginer des travaux communs pour les élèves quand ils sont en stage.

Emmanuel Macron avait souhaité mettre en place, en début de quinquennat, un « spoil system » à la française. Près de deux tiers des directeurs d’administration centrale ont été changés depuis 2017, moins que sous ses prédécesseurs. La « technostructure » est accusée de « bloquer la France ». A juste titre ?

Les directeurs d’administration centrale ont un devoir de loyauté à l’égard du gouvernement. Quand un ministre donne des ordres, ils sont appliqués. Gérald Darmanin a instauré le prélèvement à la source, Jean-Michel Blanquer le dédoublement des classes dans les zones d’éducation prioritaires, le projet de loi pour la restauration de Notre-Dame de Paris a été écrit en quelques jours. L’image de directeurs plus puissants que les ministres qu’ils voient passer est un cliché.

L’ENA attire-t-elle toujours autant ?

Il n’y a jamais eu autant de candidatures : 1 731 cette année, record depuis 2013 ! Mais il est vrai qu’à Sciences Po comme dans les Instituts d’études politiques en région, les étudiants semblent moins attirés par le service public que par le monde des grandes entreprises, de la communication, de la finance, des start-up. Quand l’Etat, et les fonctionnaires qui le servent, sont critiqués tous les jours, ce n’est pas très engageant pour un jeune d’une vingtaine d’années… Par ailleurs, les vocations pour la politique se raréfient. Depuis la création de l’ENA en 1945, moins de 3 % des anciens élèves ont fait de la politique. Un taux encore plus bas aujourd’hui. Quant au fameux pantouflage, il concerne 20 % des élèves qui, à un moment ou un autre de leur carrière, vont dans le privé. Près de la moitié revient ensuite dans le public.

Finalement, faut-il juste changer le nom de l’ENA ?

La marque ENA bénéficie dans le monde d’un prestige considérable. Oxford, la London school of economics, le MIT n’imaginent pas changer de nom. L’administration française est admirée dans le monde entier pour l’impartialité de son recrutement, sa compétence et son intégrité. Depuis sa création, l’école a formé 3 700 élèves étrangers. Parmi ceux aujourd’hui en fonction : les ambassadeurs du Japon et de Malte en France, l’ambassadeur du Liban, qui était d’ailleurs dans la même promotion qu’Emmanuel Macron, la vice-première ministre des Pays-Bas, deux ministres belges, le directeur de cabinet du Grand-Duc du Luxembourg, le directeur du protocole de l’empereur du Japon, plusieurs dizaines de ministres africains, le secrétaire général du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe… Au titre de la formation continue, l’ENA forme chaque année plus de 4 000 auditeurs étrangers.

« L’ENA bashing » serait donc un travers bien français ?

Peut-être… Il faut sans doute améliorer beaucoup de choses, transformer l’école mais faisons attention à ne pas se priver d’un outil précieux.

 

 

Intelligence artificielle: la démocratisation par l’auto apprentissage ?

La spécialiste en intelligence artificielle Nozha Boujemaa décrit l’émergence de l’apprentissage machine automatisé, qui va modifier les métiers liés à l’IA dans une tribune au Monde. Un vision toutefois peut-être un peu rapide, en tout cas qui peut être discutée sur ce qu’on entend vraiment par Intelligence artificielle.« Le développement de l’intelligence artificielle (IA) est assez ironique : il faut beaucoup d’efforts manuels et parfois ad hoc pour la construction de modèles prédictifs précis. Une technologie qui se veut entièrement dans l’automatisation de tâches humaines implique en effet plusieurs étapes fastidieuses : annotation et étiquetage des données d’apprentissage, qui nécessitent parfois un travail humain colossal ; exploration et sélection de données représentatives ; sélection de modèles ; réglages des paramètres du modèle en plus des phases de tests et de généralisation. Le cheminement à travers toute la chaîne de développement est complexe, même pour les spécialistes et les experts en sciences des données. Dans de nombreux contextes industriels, la mise sur le marché d’une solution fondée sur des modèles prédictifs est assez longue.

Cette impasse est en train de disparaître avec l’émergence de l’auto-apprentissage (AutoML, ou Automated Machine Learning), qui consiste à automatiser la recherche de l’architecture optimale d’un réseau de neurones. La maturité technologique de l’IA permet aujourd’hui de mettre au point des architectures de réseaux de neurones profonds plus efficacement que ne le feraient les experts humains, par exemple en reconnaissance d’objets et en vision par ordinateur.

Double ironie : on va pouvoir se passer en partie de certaines expertises en sciences des données et les automatiser. Dans le contexte d’AutoML, les ingénieurs vont pouvoir se consacrer à des phases plus critiques qui ont davantage besoin de l’intelligence humaine, comme l’analyse de situations de métiers complexes et les questions commerciales, au lieu de se perdre dans le processus fastidieux de construction de la solution. En réalité, cette démarche va aider les développeurs non spécialistes des données à réaliser des solutions d’IA plus facilement. Les scientifiques spécialisés vont, eux, pouvoir effectuer un travail complexe plus rapidement, grâce à la technologie AutoML, qui pourrait bien placer l’IA au cœur de l’essor des entreprises.

AutoML est une tendance qui va fondamentalement changer le paysage des solutions fondées sur l’apprentissage par machine. Elle se concentre sur deux aspects : l’acquisition de données et la prédiction. Toutes les étapes qui se déroulent entre ces deux phases seront prises en charge par les processus d’AutoML. Les utilisateurs apportent leur propre jeu de données, identifient les catégories et appuient sur un bouton pour générer un modèle parfaitement entraîné et optimisé, prêt à prédire. Ces approches d’AutoML vont faciliter la démocratisation de l’IA au service du plus grand nombre.

TER : un coût de 8,5 milliards ( Cour des comptes)

TER : un  coût de 8,5 milliards ( Cour des comptes)

 

Le problème du droit de retrait des cheminots concernant les  trains régionaux équipés d’un seul agent  ne peut être étudié sans sa dimension économique. Or dans les conditions précédentes d’exploitation ( trains régionaux notamment équipés de deux agents)  la facture est montée à 8,5 milliards d’euros en 2017, cela représente un coût moyen par voyageur au kilomètre de 61 centimes d’euros. Seuls les taxis sont plus chers, note la Cour des comptes. Ce coût n’est pas compatible avec les moyens fiers financiers des régions qui portent à bout de bras ses dessertes. Des desserts pourraient être menacés par le recours à des opérateurs privés nettement moins chers et dans les trains ne comporterait évidemment qu’un conducteur ou alors route voir purement et simplement supprimés.  Les TER transportent chaque jour environ 900 000 voyageurs dans 7 000 trains et 1 300 cars. Le problème, selon la Cour des comptes, c’est que ces coûts sont couverts à 88% par des subventions publiques que règlent les régions. Or, dans le même temps, la fréquentation est en baisse, les infrastructures sont en mauvais état, ce qui provoque des retards et suppressions de trains. Concernant les petites lignes, la Cour a dénombré 285 gares qui accueillent moins de 3 voyageurs par jour.

Le rapport préconise alors de faire des économies, par exemple, de « limiter les coûts d’exploitation, notamment en ajustant le niveau de présence d’agents en gare et à bord des trains au strict nécessaire ». La Cour demande que les régions aient les coudées franches, pour décider de maintenir ou non les lignes les moins fréquentées. Elle réclame également que les clients paient en fonction des coûts du TER et de la qualité du service rendu.

Le rapport de la Cour des comptes dénonce aussi « des relations entre les régions et la SNCF qui sont par nature déséquilibrées du fait de la situation de monopole de la SNCF ». L’activité TER (transport express régional), est un service fourni « à un coût très élevé, notamment à cause d’une organisation de travail peu efficace, d’une trop faible polyvalence des agents et d’une augmentation trop automatique des salaires ». Et pourtant, semble s’étonner la Cour des comptes, la SNCF dégage « une marge opérationnelle élevée, en 2017 à 231 millions d’euros, soit 5,6% de son chiffre d’affaires et génère une trésorerie en forte croissance, 808 millions d’euros au 31 décembre 2017″. Mais faut-il le préciser le fer est globalement financé à hauteur de 50 %  ( chiffre d’affaires global de plus de 30 milliards) et ce résultat financier est très relatif.

 

Sondage grèves: la mobilisation en hausse pour 66 %

Sondage grèves: la mobilisation en hausse pour 66 %

 

 

 

66% des Français estiment très majoritairement que le climat social risque de se dégrader dans un sondage Elabe.  Pour mener ces mobilisations et défendre les salariés, 53% des sondés disent faire confiance aux syndicats (46% déclarent l’inverse). Les jeunes (68% des 18-24 ans) sont plus nombreux que les 65 ans et plus (43%) à exprimer ce sentiment. Reste que plus de la moitié des personnes interrogées (55%) estiment que l’action des syndicats de salariés n’est pas efficace tandis que 44% pensent le contraire. Ils sont enfin 51% à considérer que les organisations syndicales sont « plutôt un élément de blocage » pour la société française contre 48% à affirmer qu’ils sont « plutôt un élément de dialogue ».

Dernier conflit social en date: celui opposant la SNCF aux cheminots ayant exercé leur droit de retrait en réponse à une collision survenue mercredi dernier entre un TER et un convoi routier dans les Ardennes. Et les agents de la compagnie ferroviaire ont visiblement gagné la bataille de l’opinion. 52% des Français estiment en effet qu’ils ont eu raison de faire valoir leur droit de retrait. À l’inverse, 47% pensent qu’ils ont eu tort et 1% se disent sans opinion.

Dans le détail, près de six usagers du train sur dix (57%) légitiment le mouvement des cheminots alors qu’ils sont moins de la moitié parmi ceux qui n’utilisent jamais le train (46%). Les jeunes de 25-34 ans (60%), de 18-24 ans (57%) et les ouvriers (60%) sont les principaux soutiens des agents de la SNCF. Contrairement aux personnes âgées de 65 ans et plus qui sont minoritaires (43%) à soutenir la cessation de travail.

 

Brexit : le problème, c’est pour quand ?

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Finalement , le vote de la chambre des communes n’est guère éclairant sur les suites du brexit. En effet en théorie, l’accord négocié par Boris Johnson et l’union européenne a été adopté ( notons qu’il diffère très peu de l’accord passé avec Theresa May sauf sur les tarifs douaniers de l’Irlande du Nord). Le problème, c’est que cet accord est gelé et qu’on ne sait pas s’il pourra entrer en application. La chambre des communes a en effet exigé que cet accord de transition ne puisse être appliqué avant la mise au point d’un dispositif législatif interne au Royaume-Uni. À noter que la mise au point législative demandera des semaines et même des mois. Un nouveau report du brexit est donc incontournable à moins d’une rupture sans accord que refusent aussi les parlementaires. Du côté de l’union européenne,  il y a quelques réticences à nouveau report en particulier en provenance de la France. Cependant la France pèse de moins en moins dans l’union économique en raison notamment de son attitude condescendante voir méprisante. La France a d’ailleurs payé cette posture avec le refus de la candidature française, celle de Sylvie Goulard à un poste de la commission. Dans un premier temps, il semble bien qu’on pourrait consentir, comme le souhaite l’Allemagne qui dirige  la manœuvre, un délai de trois mois. Un délai court  éviterait de mettre Boris Johnson dans une position politique trop inconfortable. De toute manière,  Boris Johnson ne dispose pas de majorité pour influencer  à son profit le dispositif législatif. La chambre des Communes  pourrait bien mettre quelques coups de canif dans l’application de l’accord de transition. Un jour ou l’autre des élections seront la seule solution sortie de l’enlisement. Le problème est que cette dissolution doit être approuvée par la chambre des représentants et que sur cette question les avis sont partagés. Pour l’instant , il n’y a pas non plus une majorité organisée cette élection. Théoriquement, les tories sont en tête dans les sondages assez loin devant les travaillistes; cependant Boris  Johnson s’est fait de nombreux ennemis un peu partout au Royaume uni et le résultat d’une élection pourrait apporter des surprises. En outre ,de nouvelles élections nécessiteront à peu près obligatoirement encore un report du Brexit. Il n’est pas certain que la nouvelle majorité qui se dégagerait approuverait l’accord de Boris Johnson.  Les 27 de l’Union européenne officiellement  soutiennent le principe d’un report du Brexit au-delà du 31 octobre mais discutent toujours de sa durée, a indiqué ce mercredi une source européenne à l’issue d’une réunion des ambassadeurs à Bruxelles.

« Tous sont tombés d’accord sur le besoin d’un report pour éviter un Brexit sans accord. La durée du report est toujours en discussion », a-t-il ajouté.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a poursuivi ses discussions mercredi avec les chefs d’Etat et de gouvernement mercredi, selon la même source.

Mardi, il a recommandé aux Etats membres de l’UE d’accepter un troisième report, cette fois jusqu’au 31 janvier, après un vote des députés britanniques qui ont accepté le principe de l’accord tout en rejetant le calendrier imposé par Boris Johnson pour l’adopter.

« L’avis (des ambassadeurs) a été unanime pour estimer qu’une extension est nécessaire pour surmonter l’impasse avec Londres », selon l’un des participants qui a aussi estimé que les diplomates étaient plutôt favorables à « une extension plus longue », c’est à dire au 31 janvier 2020.

 

Intelligence artificielle: au niveau de l’humain ? (Yann Le Cun )

Intelligence artificielle: au niveau de l’humain ?

(Yann Le Cun )

Dans une interview aux Échos, Yann Le Cun analyses les possibilités et les limites de l’IA.  Yann Le Cun  est  responsable de la recherche en intelligence artificielle (IA) de Facebook et professeur à New York University, Yann Le Cun a reçu le prix Turing 2019, équivalent du Nobel d’informatique. Il vient de publier un livre retraçant son parcours et ses travaux.

 

Dans votre livre, vous vous montrez fier des progrès accomplis par l’intelligence artificielle (IA). Mais vous dites aussi qu’elle est loin de l’intelligence d’un rat. Diriez-vous, comme un autre expert français, Luc Julia (*), que l’intelligence artificielle n’existe pas ?

Non ! Ce n’est pas qu’elle n’existe pas, mais il y a une confusion fréquente : quand on voit une machine qui a des compétences surhumaines sur une tâche particulière, on lui attribue les compétences qu’elle aurait si cette intelligence venait d’une personne. Et donc on se dit : « la machine peut nous battre à plate couture au jeu de go, donc elle peut nous battre partout » ou bien « elle peut traduire dans une centaine de langues, donc elle est plus intelligente que n’importe quel humain ». Ce n’est pas vrai, car ces systèmes sont très spécialisés, très étroits.

Ce n’est donc pas la même intelligence que les humains…

Certaines personnes estiment que ce qui caractérise l’intelligence humaine, c’est qu’elle est générale. Je dis dans mon livre que ce n’est pas vrai non plus. L’intelligence humaine est, elle aussi, spécialisée, mais moins spécialisée que l’intelligence artificielle. Je crois à ce qu’on appelle l’intelligence artificielle de niveau humain (« human level intelligence »). Pour moi, il ne fait aucun doute que les machines arriveront tôt ou tard à des niveaux d’intelligence aussi performante et générale que les humains et, probablement, nous dépasseront assez vite.

Et l’intelligence de niveau humain, ce serait quoi ? Qu’une machine soit capable de tenir la conversation que nous avons en ce moment ?

Oui, qu’elle puisse faire toutes les tâches intellectuelles que fait un être humain, à peu près aussi bien, à l’exception de ce qui relève de l’expérience humaine.

Pensez-vous que vous verrez bientôt les machines atteindre ce niveau d’intelligence ?

Je pense que je le verrai un jour, mais pas bientôt. C’est un peu difficile de le dire. Il y a des obstacles qu’il faudra franchir, et certaines personnes ne voient pas ces obstacles et pensent qu’il suffira de prendre les techniques actuelles, et d’avoir plus de données et plus de puissance pour arriver à une intelligence de niveau humain. Je n’y crois pas du tout. Je pense qu’il faudra des progrès conceptuels qui sont du ressort de la science, pas de la technologie.

Quel genre de progrès ?

Pour moi, le premier obstacle à franchir est de permettre aux machines d’apprendre par elles-mêmes, un peu à la manière des enfants ou des animaux. Un enfant acquiert une quantité gigantesque de savoirs sur le fonctionnement du monde simplement par l’observation.

Comme celui d’intelligence artificielle, le terme d’apprentissage automatique (« machine learning », en anglais) est trompeur car une machine n’apprend pas du tout comme un humain…

Absolument. Pour qu’une machine reconnaisse des chaises, des chiens ou des chats, il faut d’abord lui montrer des milliers d’images étiquetées, dans chaque catégorie. Alors qu’un petit enfant auquel on montre trois dessins d’un éléphant saura ensuite reconnaître un éléphant dans une photo. Qu’est-ce qui fait qu’il y parvient sans avoir vu des milliers d’images ? Permettre aux machines d’apprendre de cette manière est d’autant plus important que l’on se lance dans des problèmes complexes : on veut apprendre aux voitures à se conduire toutes seules, par exemple, et cela n’est pas possible avec les méthodes traditionnelles.

Comment faire autrement ?

Ce qui manque, c’est de permettre à la machine, par un apprentissage autosupervisé, de se construire un modèle du monde. Qu’elle sache prédire que, si elle roule au bord d’un ravin et qu’elle donne un coup de volant, elle va finir au fond, et que ce n’est pas bon. Apprendre un modèle du monde, cela revient à prédire le futur à partir du passé et du présent, et peut-être d’une séquence d’actions que l’on a l’intention de faire. Pouvoir prédire, c’est un peu l’essence de l’intelligence.

Ce qui est étonnant, en lisant votre livre, c’est à quel point vous êtes fasciné par les neurosciences, par la façon dont le cerveau apprend…

C’est une inspiration. Il y a des gens qui disent que l’on peut faire de l’intelligence artificielle sans se référer du tout à l’intelligence humaine. Cela a été un des courants classiques de l’IA, fondé sur la logique, et cela a conduit aux systèmes experts, qui ont montré leurs limites notamment pour l’apprentissage car il faut entrer toutes les données « à la main ». Et puis il y a l’autre approche, qui consiste à essayer de copier ce qui se passe dans le cerveau. Mais là, il y a un autre danger, qui est de reproduire de trop près ce qui se passe, sans en comprendre les principes.

Les réseaux de neurones profonds, que vous avez contribué à inventer, sont particulièrement performants pour la reconnaissance faciale, qui est en train de se répandre partout, parfois de façon inquiétante. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est vrai pour toutes les technologies. Les technologies sont neutres, elles peuvent être utilisées à des fins bénéfiques ou moins bénéfiques. Ce qui fait qu’elles seront principalement utilisées à des fins bénéfiques, c’est la force de nos institutions démocratiques. Ceci dit, si on retourne plusieurs siècles en arrière, personne ne peut contester les bénéfices de l’invention de l’imprimerie, même si elle a permis de disséminer les écrits de Calvin et Luther qui ont causé deux cents ans de persécutions en Europe. C’est vrai que  les systèmes de reconnaissance du visage qui sont utilisés en Chine sont directement inspirés d’un de mes articles sur les réseaux convolutifs publiés en 2014. Mais la même invention sert aussi dans la sécurité routière, pour des systèmes d’aide à la conduite, ou dans l’analyse d’imagerie médicale pour augmenter la fiabilité. Elle sert à beaucoup de choses utiles, y compris chez Facebook pour lutter contre les images terroristes.

 (*) Luc Julia, aujourd’hui responsable de la recherche de Samsung, est à l’origine de Siri, l’assistant vocal d’Apple. Il a publié l’an dernier « L’intelligence artificielle n’existe pas » (First Editions).

« Quand la machine apprend », Yann Le Cun, éditions Odile Jacob, 396 pages, 22,90 euros.

5G : la problématique de sécurité

5G  : la problématique de sécurité

Au-delà du risque chinois représenté notamment par l’opérateur Huawei , Charles Cuvelliez et Jean-Jacques Quisquater, Université de Bruxelles, posent  la problématique globale de sécurité  de cette nouvelle technologie (la Tribune)

 

« Avec son rapport sur la sécurité des réseaux 5G, la Commission européenne a mis un baume d’objectivité sur tout ce qu’on entend à propos de Huawei et ZTE et les activités de ces fournisseurs chinois sur les réseaux 5G qu’ils déploieront en Europe. Pour y arriver, la Commission s’est basée sur l’analyse de risque que chaque Etat membre a dû mener sur la base de sa recommandation sur la cybersécurité des réseaux 5G au début 2019.

Les réseaux 5G ont trois concepts innovants mais avec leur part de nouveaux risques : le premier consiste à déployer le réseau 5G avec des équipements multifonctions qui, selon le logiciel qui l’équipe, aura tel ou tel rôle dans le réseau. Le pilotage se fera aussi par logiciel. A priori, c’est une bonne chose puisque les mises à jour et la correction de bugs (de sécurité) se font facilement par voie logicielle. Mais justement, la mise à jour et le déploiement des dernières versions de logiciels à temps, c’est un talon d’Achille de la sécurité informatique dans les grandes organisations. Cette virtualisation (par voie logicielle) des réseaux va confronter les opérateurs télécom à ce même talon d’Achille mais à une échelle plus grande, sur leur réseau même. Il n’est pas dit, de surcroit, que ce logiciel a été écrit en pensant à la sécurité dès le début. Un acteur perdu dans la chaîne d’intermédiaires peut aussi avoir mis un backdoor qui passera inaperçu et il ne le fera pas forcément sur les ordres d’un Etat d’ailleurs.

Une autre innovation des réseaux 5G, c’est son compartimentage en sous-réseaux indépendants les uns des autres (network slicing) sur lesquels des services très différents en exigence pourront fonctionner. Il faudra, pour cela, que la 5G se déploie profondément dans le réseau et pas uniquement au niveau de l’accès radio, comme c’est prévu dans une première phase. Enfin, troisième innovation, les services clés du réseau ou sa gestion seront de plus en plus assurés aussi à la périphérie du réseau, par des équipements spécialisés et pas uniquement dans le cœur du réseau comme avant (mobile edge computing). Cela veut dire beaucoup plus de contrôle de sécurité à effectuer à cette même périphérie. Ce sont autant de points d’entrée de criminels ou hackers qui prendront le contrôle de ces parties périphériques du réseau.

Cela fera aussi beaucoup de nouveaux acteurs, et donc une complexification de la chaîne de valeur. Si on ne contrôle pas tous ses fournisseurs, si ceux-ci se fournissent et se livrent les uns les autres, le risque de compromission à un moment donné va augmenter. Beaucoup de ces nouveaux acteurs, dit la Commission, n’auront pas la maturité pour s’aligner avec le caractère critique d’une fonction télécom.

Ceci dit, la 5G a aussi été conçue avec des améliorations substantielles de sécurité : l’une d’entre elles sera une procédure plus stricte d’authentification sur l’interface radio mais il y en a d’autres… qui ne doivent pas être activées par défaut. Ce qui fait dire à la Commission qu’un grand rôle est donc dévolu au soin avec lequel l’opérateur configurera son réseau.

Le déploiement des réseaux 5G sera graduel : c’est d’abord au niveau de l’accès radio qu’on la verra. Cette 5G fonctionnera sur un cœur de réseau 4G. Les performances seront améliorées mais la sécurité de ce premier réseau 5G dépendra de ses prédécesseurs, 4G et même 3G. Les faiblesses certes connues de la 3G et de la 4G s’appliqueront à ces premiers réseaux 5G mais à une échelle plus grande. L’interaction entre la 5G et ces vulnérabilités connues pourraient générer des effets collatéraux non prévus. Ce n’est que dans un deuxième temps qu’on verra un réseau 5G jusque dans le cœur du réseau avec, cette fois, les innovations et les nouveaux risques du network slicing, de la conduite des réseaux par logiciel et du mobile edge computing.

Il n’y a pas que l’opérateur mobile ou son fournisseur d’équipement 5G à être concerné par la sécurité du réseau. Il y aura aussi, dit la Commission, la myriade de fabricants d’appareils qui se connecteront au réseau 5G et ce ne seront pas que des smartphones mais des voitures autonomes, des villes avec le concept de smart cities, bref tout ce que le monde comptera d’objets connectés. Et puis il y a les utilisateurs finaux et tous les intermédiaires, industriels ou non, qui utiliseront le réseau.

Opérateurs et équipementiers réseau restent les principaux acteurs pour proposer un réseau 5G sûr, insiste la Commission. Or, ces derniers ne sont pas nombreux : il y a Ericsson, Nokia et Huawei. ZTE, Samsung et Cisco sont aussi de la partie. Il n’y a donc pas plus de 5 acteurs qui concentrent les risques. Car, dit la Commission, il y a une grande diversité dans leur gouvernance. Si Ericsson et Nokia répondent aux critères de bonne gouvernance (transparente) du monde occidental, ZTE et Huawei restent opaques. Et il y a d’autres fournisseurs que ceux-là : qu’on songe à tous les autres sous-traitants des opérateurs (ou des équipementiers) qui fournissent les data centers, l’infrastructure pour gérer le réseau, des fonctions de support… La virtualisation du réseau 5G et la mainmise du logiciel va avoir pour conséquence qu’on confiera plus facilement la gestion de services clés du réseau à des externes. Le veut-on vraiment ? Enfin les usines où se fabriquent en dur les équipements à installer sont aussi hors Europe. Qui contrôle ?

Analyse de risque

Une analyse de risque IT impose de regarder la triade confidentialité, disponibilité et intégrité comparativement à la 5G. Vu la place qu’elle est appelée à prendre dans notre vie, c’est la disponibilité et l’intégrité qui compteront d’abord. La confidentialité, importante, est moins critique.

Qui peut en vouloir aux réseaux 5G ? Pour la Commission, sur la base des retours des Etat membres, c’est la menace d’Etats tiers ou d’acteurs soutenus par des Etats tiers qui arrive en premier. Le raisonnement est simple : ce sont des acteurs qui ont les moyens, les compétences et la motivation d’attaquer des réseaux jusqu’au moment où ils réussissent. Ceci dit les menaces des insiders chez l’opérateur mobile ou les sous-contractants, en relation avec la confidentialité ou la disponibilité, sont une autre grande menace, d’après les Etats membres.

L’introduction de la 5G est une transition plus importante pour les réseaux par rapport au passage à la 3G et à la 4G. La normalisation des réseaux 5G effectuée par le 3GPP ne se préoccupe que de deux familles de fonction les composant : les fonctions cœurs de réseau et la fonction d’accès au réseau radio lui-même. Bien d’autres fonctions, comme le transport, la manière d’interconnecter les réseaux, sa gestion et les services de support comme l’orchestration, la facturation ou le suivi des performances ne sont pas normalisés pour la 5G. Or ils feront tourner aussi la 5G.

Il faut aussi identifier les groupes d’utilisateurs critiques de la 5G : on veut utiliser la 5G pour faire tourner les villes, des industries entières, des services publics critiques car la performance de la 5G le justifie. Mais il faudra sécuriser ces utilisations : on songe aux opérateurs de service essentiels définis par la directive NIS, la protection civile, les services d’urgence, les infrastructures critiques, les services de sécurité,… Prévoiront-ils tous une solution de secours si la 5G tombe en panne ?

Comme pour les clouds, le manque de personnel qualifié pour gérer les réseaux 5G est un autre risque tout comme les faiblesses dans l’implémentation des points de contrôle adéquat ou même la culture de la gestion du risque au sein de l’opérateur mobile. Si les normes 5G du 3GPP ne sont suivies qu’approximativement, c’est un autre risque. Du côté de l’opérateur mobile, les risques portent sur un design et une architecture faiblarde du réseau (absence de mesure d’urgence ou de continuité, faible sécurité physique qui permet d’accéder au réseau en différents points du réseaux, politique trop légère d’accès à distance des composants du réseau pour la maintenance,….). Il faudra aussi sérieusement renforcer les procédures dites de change management pour éviter les erreurs humaines et de configuration.

Enfin, il y a les risques liés aux fournisseurs : c’est là que l’allusion à Huawei est la plus évidente, preuve que son fantôme hante la plupart des Etats membres qui ont répondu. C’est l’interférence entre le fournisseur et son pays d’origine qui est pointée du doigt comme risque majeur : pression du pays sur son fournisseur, absence de contrôle démocratique, lien fort entre le gouvernement et le fournisseur. Dépendre d’un seul fournisseur est aussi un problème pour pouvoir passer à un autre fournisseur en cas de souci. Enfin, la présence d’un nombre limité de fournisseurs peut diminuer l’incitation à développer des produits plus sûrs. Et surtout elle a un impact sur le pouvoir qu’auront les Etats membres et leur autorités nationales. Un petit Etat membre va-t-il vraiment pouvoir faire pression sur un fournisseur mondial pour lui fournir les garanties qu’il exige en sécurité ?

Il y a du pain sur la planche pour la Commission mais c’est la première fois que la préoccupation de sécurité apparaît à un niveau politique à si haut niveau et de manière coordonnée.

 

EU coordinated risk assessment of the cybersecurity of 5G networks, Report 9 October 2019, disponible ici : https://ec.europa.eu/newsroom/dae/document.cfm?doc_id=62132

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