Le dérèglement climatique : Accélération dramatique

Le dérèglement climatique : Accélération dramatique

Indiscutablement, on assiste à une accélération du dérèglement climatique dans son ampleur et dans son rythme. En outre, toute la planète est affectée. L’épisode de la récente canicule n’est qu’un aspect des changements météorologiques. Si les bouleversements s’accélèrent c’est en grande partie du fait de l’immobilisme face à cet enjeu. Certes des déclarations sont faites, des intentions internationales se manifestent  mais globalement les mesures ne sont pas à la hauteur. L’urgence environnementale imposerait de mettre en question les conditions de production, de consommation et plus généralement de vie. Au lieu de cela, on privilégie toujours le productivisme, les gaspillages, les flux de transport parasites. Pourtant des pratiques durables devraient s’imposer dans le champ de responsabilité des Etats, des entreprises et des citoyens. “On joue tellement gros dans les 18 prochains mois”, soupire Sue Reid, vice-présidente de l’ONG américaine Ceres, qui incite les entreprises et les investisseurs à adopter des pratiques durables.

“Nous entrons dans une période cruciale pour que les responsables politiques comme le secteur privé inversent réellement la courbe des émissions carbone”, a-t-elle dit à Reuters. Alors que les études scientifiques montrent les unes après les autres une accélération bien plus rapide que prévu des conséquences du dérèglement climatique, comme la fonte des glaces et la hausse du niveau des mers, même les objectifs convenus à Paris en 2015 semblent insuffisants pour contenir la hausse de la température mondiale à 1,5°C au-dessus du niveau de l’époque préindustrielle.

En octobre dernier, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a prévenu que les émissions de Co2 devraient commencer à baisser dès l’année prochaine pour qu’il y ait une chance d’atteindre cet objectif. Alors que selon la trajectoire actuelle, la hausse de la température pourrait dépasser 3°C d’ici la fin du siècle, le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, s’efforce de convaincre les Etats de renforcer leurs engagements avant la session de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre.

Soulignant qu’il serait “suicidaire” de ne rien faire, le diplomate portugais espère provoquer un sursaut en vue de la prochaine conférence mondiale sur le climat (COP25) en novembre au Chili.

“Dans les 18 mois qui viennent, la diplomatie climatique va atteindre une intensité d’un niveau sans égal depuis la signature de l’Accord de Paris”, souligne Tessa Khan, une avocate spécialisée dans la lutte contre le changement climatique.

Mais l’enjeu majeur reste de convertir les engagements des Etats en actes concrets car jusqu’à présent, aucune des grandes économies n’a véritablement entamé sa mutation.

Pour le climatologue américain Michael Mann, directeur du Centre des sciences de la Terre à l’Université de Pennsylvanie, cela implique que les gouvernements accordent à la transition énergétique la même priorité que la mobilisation de l’industrie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Face à l’inaction des Etats, certains préfèrent se préparer à l’effondrement du monde actuel. “Soit nous transformons radicalement notre mode de vie collectif en renonçant aux énergies fossiles, soit, et c’est plus probable, le changement climatique précipitera la fin de la civilisation capitaliste mondiale alimentée par les énergies fossiles”, écrivait l’auteur américain Roy Scranton dans une tribune publiée en avril dans la MIT Technology Review. “Révolution ou effondrement. Dans les deux cas, la belle vie d’avant n’est plus viable.”

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