Benalla : « pour préciser », un enfumage !

Benalla :  « pour préciser », un enfumage !

 

 

 

C’est en substance ce que dit Florian Silnicki, expert en communication  à propos de l’audition de Benalla au sénat. (Interview du Figaro)

 

Qu’avez-vous pensé de la prestation d’Alexandre Benalla devant les sénateurs?

FLORIAN SILNICKI. - Je l’ai trouvé très intéressante. C’est un cas d’école à montrer à tous les étudiants. Dès le début, on sent l’empreinte de la communication de crise. M. Benalla sait que les personnes en face de lui sont hostiles. De fait, il fait immédiatement un acte de contrition en s’excusant auprès des sénateurs. Il apparaît, durant les premières minutes, comme empathique et transparent. C’était le but recherché, et ça a marché. D’autant qu’il se présente seul, sans avocat, pour prouver qu’il n’a rien à cacher. Mais cette stratégie s’est rapidement enrayée au moment où il a dit: «J’ai été bien élevé». C’est assez grossier, selon moi. Cela n’a pas sa place dans un discours institutionnel où il est censé être précis sur les faits qui lui sont reprochés. Au final, il n’est pas apparu suffisamment transparent et efficace. Il a été davantage arrogant, même si une bonne stratégie de communication peut masquer ce trait de caractère.

Dès les premières minutes, il a répété à chaque début de réponse la formule «Pour être précis». Est-ce, selon vous, une erreur de stratégie?

Parfaitement. C’est à ce moment-là que la machine s’est grippée. M. Benalla veut à tout prix apparaître comme un homme qui n’a rien à cacher et entend le prouver en répondant précisément aux questions qu’on lui pose, à l’image des hauts fonctionnaires interrogés les mois précédents dans cette affaire. Pour ce faire, il utilise la formule «Pour être précis» à plusieurs reprises. C’est, là encore, très grossier. Cela peut être efficace dans une communication de crise, mais la systématisation de l’utilisation de cette expression agace parce que ce n’est pas naturel. On ne dit pas «Pour être précis» dans la vie de tous les jours. D’autant qu’il se trompe à deux reprises, notamment sur les fonctions qu’il exerçait à l’Élysée, et est contraint de se reprendre. L’effet recherché est complètement renversé. Au lieu d’apparaître comme quelqu’un de précis, méticuleux, il devient suspect aux yeux de ceux qui l’interrogent. En plus, il apparaît comme un homme arrogant parce qu’il donne l’impression de vouloir, à chaque réponse, être plus précis que ses interlocuteurs et de vouloir les faire taire. C’est une technique qui a un effet boomerang si elle est mal utilisée, comme c’était le cas aujourd’hui. J’avoue ne pas comprendre cette stratégie…

Pensez-vous qu’il a été bien préparé avant cette audition par ses communicants?

Selon moi, il a été trop préparé et ça s’est vu. Il a voulu jouer un rôle et a été démasqué. Il a voulu être à la fois Docteur Benalla et Mister Alexandre. La stratégie de communication est, en général, le reflet de la stratégie juridique. Mais ici, cela a été mal fait. Depuis le début de l’affaire, il tente de nous expliquer qu’il ne joue pas un rôle opérationnel dans la protection du président de la République ou qu’il n’est pas à l’origine de la délivrance du permis de port d’arme. Cela s’appelle une stratégie d’étanchéisation ou de distanciation. Il souhaite apparaître comme le moins responsable possible. Mais, à côté de cela, il cite devant les sénateurs des articles très précis du Code de sécurité intérieure. On ne peut pas dire qu’on ne sait rien pour après vouloir montrer aux autres que l’on en sait davantage qu’eux. C’est du mauvais théâtre. En communication, soit on joue le naïf, soit le cynique. Mais pas les deux. Ici, la communication de crise a été particulièrement maladroite et inefficace.

Lors de son intervention au 20h de TF1, mais aussi lors de cette audition, il est apparu très calme et posé. Est-ce réfléchi?

Oui, forcément. Il était impératif de montrer un comportement inverse de celui que les Français ont vu sur les vidéos lors de la manifestation du 1er mai. Il devait aussi contrebalancer les propos violents qu’il a lancés à l’adresse de la commission d’enquête du Sénat ou des journalistes par une attitude calme et posée. Le problème est qu’il a déjà montré plusieurs visages dans cette affaire, alors que les faits n’ont pas évolué depuis de nombreuses semaines. Il est tantôt agressif dans ses paroles, tantôt chaleureux et souriant, ce qui fait que les gens ont du mal à cerner ce personnage. Mais son âge, il n’a que 27 ans, et le fait qu’il ne soit pas habitué à une telle pression médiatique peut avoir joué en sa défaveur. Selon moi, si son audition a été trop préparée, il n’a pas été suffisamment entraîné pour faire face à une telle situation.

 

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