«L’inflation menace la croissance » (Frédéric Prêtet)

 

Interview de Frédéric Prêtet, économiste, dans l’Opinion

 

Comment expliquer le bond d’inflation en mai ?

Depuis deux à trois mois, il y a une pression au niveau mondial sur les prix du pétrole et ceux de l’alimentation. Les marchés de matières premières sont sous tension ; des mauvaises conditions climatiques en Europe ont créé de la volatilité sur les prix des produits frais. L’inflation accélère en France, en Allemagne, dans la zone euro. En France, elle est un peu plus haute que dans la zone euro car, en mars, le gouvernement a augmenté les prix du tabac dans le cadre de sa politique de santé. D’autres pays l’ont déjà fait par le passé, il se trouve que cette année c’est la France. La hausse des prix du tabac a contribué à hauteur de 0,3 % à la hausse de l’inflation sur un an (+2 %).

Est-ce bon ou mauvais pour la croissance ?

Comme pour les bonnes et les mauvaises matières grasses, il y a de la bonne et de la mauvaise inflation. La bonne inflation est l’inflation sous-jacente (hors pétrole et alimentation), qui se situe autour de 1 % en France et en Europe. Aujourd’hui, l’inflation qui augmente est la mauvaise, car nous la subissons en tant que pays importateur de pétrole. Il y a peu de compensation par la hausse des salaires. L’inflation se traduit tout de suite en perte de pouvoir d’achat. La consommation des ménages français a baissé de 1,5 % en avril après un premier trimestre décevant. Nous démarrons le deuxième trimestre avec déjà une mauvaise dynamique et, là-dessus, s’ajoute ce choc sur les prix. D’autant que le pétrole et les produits alimentaires ont une faible élasticité prix : il est difficile d’en consommer moins. Les ménages compensent en diminuant leur consommation sur les autres produits, notamment manufacturés, et dans les services. On verra peut-être les effets cet été sur le tourisme, les loisirs, la restauration et l’hôtellerie. On ne parle pas encore de stagflation (lorsque la hausse des prix fait baisser la consommation et crée une dépression). Mais, avec la dynamique du commerce mondial négativement impactée par la remise en cause des traités commerciaux, ce choc de prix vient gêner la demande domestique au moment où ce moteur est nécessaire.

Cela va-t-il se poursuivre ?

L’inflation devrait continuer d’augmenter jusqu’à juillet, pour atteindre un pic de 2,2 % ou 2,3 % pour la France. Puis il y aura normalement un tassement, à cause d’effets de base par rapport au second semestre 2017 où les prix du pétrole avaient rebondi. Pour que l’inflation continue d’augmenter après juillet, il faudrait que l’inflation se diffuse à l’ensemble de la chaîne des prix, ce qui reste assez peu probable : cela supposerait qu’à cause de la hausse des prix à la pompe et des prix de l’alimentation, les salariés demandent des hausses de salaires, que cela se retrouve dans les marges des entreprises qui augmenteraient alors leurs prix de vente. Or il y a, certes, une amélioration des salaires en zone euro, mais elle est très progressive. Le risque de spirale est donc limité.

Est-ce un phénomène mondial ?

De l’autre côté de l’Atlantique, c’est une tout autre histoire. Le marché du travail commence à être beaucoup plus tendu, les salaires ont surpris à la hausse ces derniers mois. L’inflation sous-jacente, celle qui rend les banques centrales nerveuses, est déjà autour de 2 %. L’inflation totale va sûrement passer la barre des 3 % au début de l’été. Cela crée des inquiétudes sur la gestion de la politique monétaire, avec l’idée que la Fed pourrait être amenée à remonter ses taux d’intérêt plus vite qu’anticipé.

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