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« Macron : l’évangélisateur» (Jean-Christophe Gallien)

« Macron : l’évangélisateur» (Jean-Christophe Gallien)

Jean-Christophe Gallien, professeur associé à l’Université de Paris 1 La Sorbonne, revient sur la prestation télé de Macron sur France 2 et estime que le président avait choisi la posture d’évangélisateur. (Interview de la Tribune)

« Objet politique disruptif, Emmanuel Macron poursuit son invention d’objets médiatiques inédits. Cette fois, ce fut un véritable Show TV de Noël, proposé via France Télévisions et sa star du week-end, Laurent Delahousse, comme même aucun président américain ne l’a jamais osé. Une déambulation à deux dans l’Elysée déserté le soir venu. Une mise en image filtrée, une alternance de gros plans très serrés d’un homme jeune, empathique et déterminé et de plan d’un homme debout, stable et calmement en mouvement perpétuel. Une ambiance dorée d’avant-fêtes de fin d’année, un ton et un rythme qui tranchent avec son habituel et répété « je ne suis pas un père Noël ». Un programme entre les Vanity Fair TV et Paris Match TV… si elles existaient. Comme dans un service après-vente de son premier semestre d’action, Emmanuel Macron nous a délivré beaucoup de confirmations, mais aussi quelques enseignements politiques. Cela saute aux yeux, Emmanuel Macron aime la caméra. Il est un président acteur qui, rappelons-nous, n’hésite pas à se costumer pour marquer son action et ses engagements. Comme nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes, il aime son job et il aime la France qu’il veut faire rayonner et respecter à partir d’une Europe puissante et décomplexée. Confirmation d’une arrogance tranquille. Entre disruption et classicisme, il associe dans une synthèse contemporaine la troisième personne des supériorités du mage mitterrandien, les certitudes du professeur Giscard sur ses choix et sa vision pour reléguer ses opposants au rang d’inutiles has been conservateurs de leurs privilèges. C’est aussi un président évangélisateur et pédagogue des enjeux de sa stratégie européenne et internationale, militaire, diplomatique… qui, entre innovation et pragmatisme, n’a d’autre objectif que de garantir sécurité et prospérité en France pour les Français dans un monde et une réalité complexe qu’il accepte et qu’il nous demande d’accepter. Un monde où il faut faire des choix, vite et s’engager pour agir sans délai pour obtenir des résultats plus rapidement qu’avant malgré les lourdeurs de la mise en œuvre démocratique et administrative des changements nécessaires. Un président qui construit pour la France son leadership européen et global comme pour la défense pragmatique de l’environnement lorsqu’il se décrit entre inspirateur et mobilisateur de la finance verte mondiale et nettoyeur du mix énergétique national. Un monde où nous ne sommes pas seuls et que nous partageons pour tout, économie, environnement, sécurité… ce qui rend difficile la prévision de la temporalité des résultats. Le président ne se veut ni commentateur encore moins pronostiqueur de son action. Emmanuel Macron joue la prudence. Il refuse les engagements datés de son prédécesseur. Autre confirmation, Emmanuel Macron est un président chef de l’entreprise France, qui n’a pas besoin d’alliés politiques, même au sein de son équipe. On peut le comprendre tellement cela est complexe et mouvant en politique. Un entrepreneur qui fait des choix de batailles ici et ailleurs, qui reconnaît des erreurs d’approche, qui n’en fait pas ! Un patron qui entraîne, inspire, mobilise mais décide seul après un réel et profond travail collectif en France et à l’international. Festif et enluminé, ce moment révèle quelques enseignements politiques. Emmanuel Macron est un président toujours en campagne, on perçoit déjà 2022, qui oppose face à la crise de l’efficacité, voire de l’honnêteté, du politique, une gouvernance agissante mais pragmatique qui respecte le contrat qu’elle a signé avec les Français. Comme il comprend que Donald Trump respecte, malgré lui, ses engagements de campagne de retrait de l’accord de Paris tout en regrettant le non respect de la signature d’un pays démocratique. Autre info, il désigne le nouvel entrant de cette fin d’année, Laurent Wauquiez, comme son premier opposant du prochain semestre politique. Le président n’est plus le gourou de la campagne présidentielle, hier soir c’était davantage Macron l’Enchanteur qui nous appelle à croire en la France et à son destin comme pour mieux oublier les sujets qui fâchent : chômage, déficit, éducation, sécurité… Emmanuel Macron transpire toujours la détermination agile, mais il joue cette fois un peu plus en défense pour ce qui est des annonces pour la suite du programme qu’on aurait voulu découvrir mais qu’en Maître des horloges il n’aura que peu dévoilé. Il termine son show de Noël par un appel à la pause politique. Il sonne le moment de la trêve et du retour vers la famille creuset pour lui de notre bonheur et de notre avenir individuel et collectif. Comme un grand Frère de la nation, il nous incite à nous retrouver, à fêter ce moment fondateur sans vraiment le nommer et tout en nous garantissant qu’il est là, qu’il veille. »

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