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Les progrès réels pour toute l’humanité (Johan Norberg)

Les progrès réels pour toute l’humanité  (Johan Norberg)

« Contrairement à ce qu’on croit, le monde ne s’est jamais aussi bien porté » Dans une  Interview sur BFM  Johan Norberg affirme que les progrès ont profité à toute l’humanité. Voir son livre  « Non ce n’était pas mieux avant » (Ed. Plon)

Selon la Banque mondiale, entre 1981 et 2015, la part de la population mondiale vivant avec moins de 1,90 dollar par jour (en tenant compte de l’inflation) est passée de 44,3% à 9,6%.  L’auteur suédois, membre du think tank américain Cato Institute et auteur de nombreux documentaires dans le monde, a décidé voilà quelques années de s’attaquer au pessimisme ambiant.  Interview BFM :

 

BFM Business: Comment va le monde?

Johan Norberg: C’est une question difficile. Il y a dans le monde plein de problèmes à plein d’endroits. Mais il y a toujours eu plein de problèmes à plein d’endroits. La nouveauté c’est qu’il y en a en fait de moins en moins. Lorsqu’on regarde les données et les faits, que ce soit au niveau de la richesse, de la santé, de l’espérance de vie et même de la sécurité, le monde ne s’est jamais au total aussi bien porté. Je me suis attelé à ce livre car je trouvais que notre perception était complètement faussée.

 

BFM Business: Quand vous étiez étudiant, vous faisiez partie d’un front anarchiste. Comment voyiez-vous le monde à l’époque? Et qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis?

J.N.: Je pensais comme beaucoup de gens que le monde allait de mal en pis. Qu’il y avait de plus en plus de misère, que les États et les entreprises étaient en train de ravager la planète… Et puis j’ai commencé à étudier l’Histoire. Et je me suis aperçu en lisant notamment des auteurs comme Fernand Braudel que le bon vieux temps était un mythe. Les famines atroces où les gens étaient obligés de manger des écorces d’arbres, les épidémies qui tuaient des millions de gens, les enfants qui mouraient massivement en bas âge (30 à 40% des enfants suédois n’atteignaient pas leur cinquième anniversaire au XIXème siècle, 15% au début du XXème, 0,3% aujourd’hui), voire plus récemment les nuages de pollution comme le smog londonien qui tuaient des milliers de gens chaque année. C’était ça le bon vieux temps…

BFM Business: Pourquoi n’avons-nous pas conscience de cette réalité?

J.N.: Parce qu’il y a un décalage énorme entre la perception et les faits. Nous avons tendance à juger l’état du monde à travers les événements terribles et dramatiques. Du fait des médias bien sûr mais aussi parce que nous avons tendance à retenir ce qui nous marque. Or, ce sont les événements négatifs dont on se souvient le plus. Un sentiment qui s’est renforcé avec internet et les réseaux sociaux. Avant les gens devaient allumer la télé pour accéder à ces nouvelles, aujourd’hui nous sommes en permanence en contact avec elle. On a tendance en plus à ne partager que les mauvaises nouvelles sur Twitter. Nous sommes au courant de choses qu’on ignorait auparavant. De plus, aujourd’hui, tout le monde produit de l’information. On partage tous des images choquantes mais sans le travail de remise en contexte et en perspective.

BFM Business: Sur la pauvreté par exemple, vous dites qu’elle n’a cessé de reculer ces 200 dernières années. Comment l’expliquez-vous?

J.N.: Il faut savoir que la pauvreté est l’état naturel de l’humanité. C’est la richesse qui est l’exception. Pendant des millénaires, les Hommes ont été pauvres et la production mondiale n’a pas quasiment pas évolué. Et puis elle s’est subitement envolée au début du XIXème siècle. Elle est partie d’Europe où le savoir et la technologie ont permis la révolution industrielle. Entre 1820 et 1850, la population anglaise a augmenté d’un tiers et le revenu réel des travailleurs de 100%. Si la tendance antérieure s’était maintenue, il aurait fallu 2000 ans aux Anglais pour accomplir une telle performance. Et depuis quelques décennies maintenant, c’est la mondialisation qui permet aux économies émergentes de suivre le même chemin. A une différence près, la mondialisation est encore plus puissante que la révolution industrielle pour lutter contre la pauvreté. Avec la révolution industrielle, ce sont 200 millions de personnes qui ont doublé leur revenu en 50 ans. La mondialisation a elle permis à 2 milliards d’individus de doubler leur revenu en 10 ans. On peut donc dire que la mondialisation est 50 fois plus efficace!

BFM Business: Mais on a pourtant l’impression que la mondialisation ne profite qu’à quelques pays comme la Chine ou l’Inde.

J.N.: C’est parce que nos raisonnements sont faussés. Nous pensons que si quelqu’un gagne, l’autre doit perdre. Avant c’était les pays occidentaux qui gagnaient, maintenant ce sont eux qui perdent. Mais tout ceci est faux. Aujourd’hui 40 à 50% des richesses en occident proviennent du commerce mondial et de la mondialisation. Le problème c’est que ce n’est pas visible. Nous avons tendance à ne regarder seulement que ce qu’il y a dans notre porte-monnaie et pas ce que l’on peut acheter avec. Or aujourd’hui quantité de produits et de services sont de plus en plus accessibles. Le commerce mondial permet au plus grand nombre d’accéder aux technologies par exemple. On n’invente pas internet et un vaccin tous les jours. En revanche, une fois qu’il a été inventé il se diffuse partout dans le monde.

BFM Business: Il y a pourtant des inégalités de revenus et même de patrimoine comme l’a montré Thomas Piketty qui exaspèrent les gens. N’est-ce pas une conséquence de la mondialisation?

J.N.: Oui c’est lié en partie à ça. Beaucoup de gens encore aujourd’hui ont une formation limitée. Sauf que maintenant ils sont en compétition avec 2 milliards de gens de plus. Dans le même temps, des gens formés aux nouvelles technologies sont de plus en plus recherchés par les entreprises. Et comme ils ne sont pas assez nombreux, les salaires ont tendance à fortement monter. Ce qui explique ces inégalités.  Mais encore une fois, on se focalise trop sur ce qu’on a dans le porte-monnaie. Moi personnellement, si je me compare à Bill Gates, l’inégalité sera colossale en terme monétaire. Mais si on compare nos standards de vie, ce sera déjà moins le cas. Certes il voyage en jet privé, mais moi je peux aujourd’hui me payer un billet d’avion pour pas grand chose. Bill Gates utilise un smartphone comme le mien et a accès à la même quantité d’informations que moi. Ce qui est une première dans l’Histoire de l’humanité où l’accès à l’information a toujours été réservé à une élite. Et encore quand celle-ci savait lire. Pareil sur la santé. Si mes enfants sont malades ils auront accès aux mêmes technologies de soin que ceux de Bill Gates. Bref, qu’il y ait des super-riches de plus en plus riche n’ôte rien à mon standard de vie. Et si on raisonne au niveau mondial, les inégalités n’ont jamais été aussi faibles entre les nations et on voit dans de nombreux pays, notamment en Asie, l’émergence d’une classe moyenne qui n’avait jamais existé. Alors certes au sein de la Chine il y avait moins inégalités, moins de super-riches il y a 30 ans mais plus de la moitié de la population vivait dans une extrême pauvreté contre 13% aujourd’hui. Qu’est-ce qui est le mieux?

BFM Business: Il y a tout de même des pays qui n’ont pas pu enrayer la pauvreté et qui sont même davantage pauvres qu’il y a 50 ans.

J.N.: Effectivement, plus de 700 millions d’individus vivent encore dans une extrême pauvreté mais je vous rappelle qu’ils étaient 2 milliards au début des années 1980. Mais oui il y a encore 26 pays dans le monde où le taux d’extrême pauvreté (moins de 1,90 dollar par jour) est supérieur à 40%. Mais à part le Bangladesh et Haïti, tous se situent en Afrique subsaharienne. Ces pays ne sont pas victimes de la mondialisation, ils sont au contraire victimes de ne pas en être. En Afrique, de nombreux nouveaux États ont utilisé les structures et les modèles de la colonisation (en gros le commerce de matières premières) plutôt que de développer leur économie. Résultat, ils ne se sont pas enrichis. Il y a 50 ans par exemple, la Zambie et la Corée du Sud étaient aussi pauvres. Aujourd’hui la Corée est 40 fois plus riche.

BFM Business: Dans votre livre vous répertoriez de nombreux progrès réalisés sur plein de thématiques différentes. Lequel vous a le plus surpris?

J.N.: Le plus spectaculaire c’est peut-être l’évolution de l’espérance de vie qui a progressé jusqu’à plus de 70 ans dans le monde. Il y a 200 ans aucun pays au monde -même les plus riches- n’avait une espérance de vie supérieure à 40 ans. Aujourd’hui, aucun pays n’a une espérance de vie inférieure à 40 ans, même les plus pauvres. C’est sans doute ça le plus incroyable. Et c’est principalement dû à la chute de la mortalité infantile du fait des meilleures conditions d’hygiène, des progrès réalisés par la médecine, d’une meilleure nutrition…

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