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« Avec Macron, un choc de confiance » (Anne-Marie Idrac)

 « Avec Macron,  un choc de confiance » (Anne-Marie Idrac)

Dans une interview à  la tribune, Anne Marie Idrac qui a laissé une excellente  image au ministère des transports et qui a aussi été patronne de la SNCF et de la RATP estime a juste titre que l’élection de Macron va d’abord provoquer un choc de confiance qui sera favorable à la relance de l’économie et précise les enjeux des grandes mutations à venir.  

 

 Emmanuel Macron a remporté son duel télévisé face à Marine Le Pen mercredi. Quel est votre état d’esprit à l’approche du second tour ?

ANNE-MARIE IDRAC. Emmanuel Macron va gagner l’élection présidentielle. La liberté et l’Europe, cela constitue un plafond de verre que Marine le Pen ne peut pas franchir. Le Front national au pouvoir ce serait le désordre économique et civil. Cela opposerait les Français les uns contre les autres. L’esprit cartésien va l’emporter.

A l’issue du débat, qui a permis de voir le vrai visage de Marine Le Pen, j’attends l’issue du second tour avec fierté et responsabilité. Je suis fière de l’image de la France donnée par Emmanuel Macron, une France ouverte et optimiste pour l’avenir, soutenu par Obama, Renzi et Schäuble. Mais avec gravité car le premier tour a révélé un pays profondément divisé et en colère. Il y a donc une immense responsabilité de rassemblement et d’efficacité car les Français ne croient plus en la parole politique. Nous voyons clairement deux projets antagonistes: celui d’une France dynamique et d’une Europe réformable face à une France repliée sur elle-même et en dehors du projet européen. Un président de la République doit savoir se poser : pendant le débat, Emmanuel Macron a su, face aux attaques incessantes de son adversaire, garder son calme et répondre avec justesse et précision sur les faits.

Comment avez vous rejoint En Marche! ?

Je suis une centriste et en cela je me sens libérale, sociale et européenne dans l’âme. Emmanuel Macron coche toutes ces cases. Il est pour une économie sociale de marché européenne. Je l’ai connu personnellement quand il était ministre, dans le cadre de ma  présidence de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. J’ai tout de suite compris que c’est un homme d’Etat capable de comprendre les enjeux nouveaux du monde et dont les idées sont réalistes et cohérentes. Il a su poser les bons diagnostics : il faut en même temps libérer et protéger, sortir des situations de rente et des carcans et donner de nouveaux droits aux personnes. Il sait aussi comment marche l’Etat et comment fonctionnent les entreprises. Il a compris que dans nos sociétés modernes, dix ans après la crise de 2008, le sujet clef, c’est de rendre la croissance inclusive. Il faut de la croissance et pour cela il faut libérer les initiatives, soutenir l’innovation mais il faut aussi que le progrès soit mieux partagé. Son projet est pragmatique. Il est chiffré et il a une colonne vertébrale. Il est d’ailleurs le seul à avoir un projet : Marine Le Pen n’en a pas, elle l’a bien montré mercredi soir et ses positions, en particulier sur l’euro, sont incompréhensibles et dangereuses pour les épargnants, les consommateurs, et les entreprises.

On dit que vous jouerez un rôle dans le futur gouvernement ?

J’avais arrêté la politique. Le mouvement En Marche m’a redonné l’envie d’y croire. Le seul casting qui compte, pour l’heure, c’est de faire très bien élire Emmanuel Macron à l’Elysée. Et de lui apporter la majorité présidentielle la plus forte possible pour qu’il puisse agir et transformer la France. C’est pour cela que je me suis engagée auprès de lui et que je me bats. Ce qui me satisfait, c’est de voir enfin les idées centristes, progressistes, être en mesure de rassembler. L’Europe, l’entreprise, l’éducation, la sécurité, la moralisation de la vie politique sont au cœur de notre projet et cela me semble de nature à rassurer et à rallier beaucoup de gens.

Y aura-t-il une majorité présidentielle aux législatives ?

Quand j’entends  la droite parler de  revanche et de cohabitation, je me dis que ses responsables n’ont rien compris aux enjeux ni au profond désir de renouvellement et d’efficacité du pays. Je suis convaincue qu’une fois élu, Emmanuel Macron obtiendra aux législatives une majorité car c’est le bon sens et l’intérêt général de la France. Emmanuel Macron pourra agir avec légitimité car il a tout dit de son projet en amont. Nous savons bien que le pays est très fracturé mais ce n’est pas le moment de finasser, ni avec le Front national, ni avec le principe d’efficacité. Dés l’élection remportée, il va nommer un nouveau gouvernement resserré composé de ministres responsables qui seront jugés aux résultats. Ils seront les vrais patrons de leur administration. La priorité, ce sera l’emploi, avec la réforme du marché du travail. Le périmètre des ordonnances sera proposé au Parlement après une concertation avec les partenaires sociaux, syndicats et patronat, afin d’agir vite, dès cet été. Il y aura aussi une loi de moralisation de la vie politique, la préparation de la rentrée scolaire avec le dédoublement des classes et la préparation du budget, autour des priorités clairement définies par le candidat. Le président de la république donnera le tempo, et le gouvernement, avec le Parlement, appliquera le programme des réformes choisi par les Français.

La réforme du marché du travail qui va plus loin que la loi El Khomri ne risque-t-elle pas dès le début du quinquennat de déclencher une forte opposition ?

Contrairement à François Hollande qui avait sorti sa loi travail par surprise, Emmanuel Macron a expliqué son projet durant la campagne. Chacun a donc pu se faire son idée. Quant à la définition des contours exacts et des détails de cette réforme, elle fera l’objet d’une concertation avec les partenaires sociaux. Le fait que la CFDT est devenue cette année le premier syndicat de France dans le secteur privé, sur une ligne réformiste, peut contribuer à trouver un accord. Cette réforme du marché du travail bénéficiera, j’en suis sûre, de l’appui d’une majorité.

L’une des pierres angulaires du programme d’Emmanuel Macron est la compétitivité des entreprises. Allez-vous aller au-delà du CICE ?

Si ce dispositif a permis aux entreprises de commencer à reconstituer leurs marges, il est insuffisant pour soutenir une politique de compétitivité à long terme car l’objectif à atteindre est une montée en gamme de nos entreprises pour faire face à la concurrence dans une économie mondialisée. C’est vital. C’est pourquoi Emmanuel Macron veut pérenniser le CICE en le transformant en un allégement de 6 points des charges sociales patronales et les réduira jusqu’à 10 points au niveau du Smic. Il y aura aussi une baisse de l’impôt sur les sociétés qui sera ramené de 33,3% à 25%.

Au titre des réformes structurelles, il est nécessaire de libérer le dialogue social, le système actuel est trop crispé. Les principes fondamentaux, comme la durée légale du travail, resteront fixés par la loi. Mais les horaires effectifs ou l’organisation du travail doivent s’appuyer sur la réalité des entreprises, de leurs marchés, des technologies  et des évolutions du monde. C’est pourquoi la réforme du marché du travail est cruciale : il faut pouvoir établir au niveau du terrain le contrat pragmatique qui régit les relations sociales et non l’imposer d’en haut. Chaque entreprise a ses spécificités, ses problèmes et doit s’adapter à la conjoncture.

Cela suffira-t-il pour retrouver de la compétitivité ?

L’autre priorité, c’est d’investir dans l’éducation, l’apprentissage, et la formation, qui  seront les vecteurs de cette montée en gamme de l’appareil productif. Dans son plan d’investissement de 50 milliards d’euros, Emmanuel Macron a prévu d’en consacrer 15 à la seule formation qu’il faudra réformer pour l’adapter aux réels besoins tant des salariés et des demandeurs d’emploi que des entreprises. Il faut se concentrer sur les secteurs d’avenir, c’est-à-dire le numérique, les biotechnologies, les technologies vertes …

En matière de politique de l’emploi, Emmanuel Macron prévoit une réforme de l’assurance-chômage, notamment pour sa gestion…

Emmanuel Macron est cohérent. Dans son projet, tout le monde pourra bénéficier du chômage, y compris les agriculteurs, les commerçants et artisans et les indépendants, ainsi que, tous les cinq ans, les salariés qui démissionnent. Dans ce cadre, il est logique que ce soit l’Etat qui gère le système. Le RSI sera supprimé et intégré dans le régime général. Le financement du chômage et de l’Unedic sera fiscalisé par la suppression des cotisations salariales maladie et chômage ce qui sera compensée par une hausse de 1,7 point de la CSG. .

Cela va-t-il changer la politique d’indemnisation actuelle ?

Non, les calculs resteront faits selon les termes actuels. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’Emmanuel Macron veut changer la philosophie de l’assurance chômage avec un accroissement des droits individuels, qui implique aussi une plus grande responsabilité individuelle.

Il a insisté durant toute cette campagne sur la nécessité pour la France de s’inscrire dans le cadre européen. En même temps, la politique européenne n’a plus d’ambitions. Que compte-t-il faire ?

La première condition pour relancer l’Union européenne est que la France retrouve sa crédibilité auprès de ses partenaires, notamment l’Allemagne. Pour cela, la majorité des réformes à mener dépend de la France elle-même, non de l’Europe, en particulier en matière de déficit public. Nous devons tenir nos engagements.

Faut-il aller vers plus d’intégration pour la zone euro?

Oui, bien sûr; il faut pouvoir investir ensemble davantage, prévenir et résoudre les crises, avec un budget  porté par un ministre de l’Economie et des Finances de la zone euro.

Mais précisément ces réformes au niveau européen ne sont pas très populaires en France où au nom de la défense de la souveraineté, on s’en méfie…

Il y a un énorme déficit d’explication. Pour la sécurité, l’environnement, le numérique, la défense de nos intérêts, il faut une Europe plus forte. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un choc de confiance. Les Français y sont prêts. Et c’est ce qu’Emmanuel Macron va leur apporter.

 

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