«La France a besoin d’un traitement de choc» (Denis Kessler)

 «La France a besoin d’un traitement de choc» (Denis Kessler)

 

 

L e très libéral Denis Kessler, enfant terrible du Medef, milite pour une thérapie économique  de choc pour la France. Le médecin patronal n’a pas totalement tort dommage que dans son entreprise il se soigne en premier avec des émoluments un peu en décalage avec le poids  de son groupe. Pour autant son point de vue mérite d’être entendu. Le PDG de Scor s’exprime dans uen interview au Figaro.

 

LE FIGARO. - La campagne électorale traite-t-elle selon vous des véritables enjeux économiques de la France?

Denis KESSLER. - Le diagnostic que portent la plupart des candidats sur l’état de la France est erroné. Dès lors, la probabilité que la thérapeutique prescrite soit adaptée et efficace est à peu près nulle dans le meilleur des cas, et catastrophique dans le pire… La France traverse une crise aiguë, la situation est très grave. La France est en stagnation. En 2016, le PIB n’a crû que de 1,1 %… Et ce malgré la perfusion d’un déficit budgétaire exorbitant. La production industrielle reste 12 % en dessous de celle de 2008. Le niveau de la dette publique - bientôt un an de PIB! - est plus qu’alarmant. Et d’autant plus dangereux que les taux d’intérêt vont remonter. L’investissement productif est très insuffisant. Les comptes extérieurs de la France sont déficitaires. Quant au chômage…

Nous venons de perdre cinq ans. C’est pourquoi le prochain quinquennat sera décisif. C’est le sursaut - par la transformation du pays - ou le déclin - par le rafistolage d’un modèle périmé! La France a besoin d’un traitement de fond et de choc! La France a surtout besoin d’une vision mobilisatrice pour se reforger un destin et sortir de la patouille actuelle.

Vous plaidez pour des réformes structurelles. Quelle serait la priorité?

La société française est déséquilibrée, avec une sphère publique hypertrophiée et une société civile étouffée, ployant sous les prélèvements et les réglementations. Il faut procéder au «grand rééquilibrage». C’est la condition sine qua non pour retrouver croissance, compétitivité et plein-emploi. L’objectif contraignant devrait être de retrouver le niveau de dépenses publiques et sociales de notre principal partenaire - l’Allemagne - avec qui nous partageons la même monnaie, en passant de 57 % du PIB à 44 %, tout en éradiquant les déficits. Il en va de notre destin national et de notre rang dans le monde. Le chantier est énorme, mais d’autres pays ont réussi des redressements de même ampleur.

Vous regrettez le manque de vision de cette campagne. Redoutez-vous celle que développent les extrêmes, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon?

Populisme, protectionnisme et mauvais patriotisme qu’incarnent et que défendent les extrêmes sont le terreau de l’obscurantisme. Je suis très inquiet lorsque j’entends certains candidats multiplier les anathèmes, et accuser le capitalisme, la mondialisation, l’Europe, l’immigration, la Chine, le libéralisme, le patronat, l’euro… Les extrémistes de droite et de gauche font en permanence monter des boucs émissaires sur l’autel. C’est le retour de l’obscurantisme. Il faut le combattre.

La sortie de l’euro est-elle inenvisageable?

Une sortie de l’euro serait une catastrophe. Cela ruinerait tous les efforts consentis depuis vingt ans, et provoquerait une dévaluation de l’ordre de 25 % de notre «nouveau franc», un phénomène d’inflation importée au coût exorbitant pour tous, une fuite des capitaux, des cerveaux et des compétences. On sortirait de l’histoire par la petite porte, celle des oubliettes.

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