Agriculture : toujours plus grand mais toujours plus dangereux

Agriculture : toujours plus grand  mais toujours plus dangereux

 

Depuis la mécanisation des travaux agricoles et les progrès de l’agriculture  intensive en particulier après la seconde guerre mondiale, la taille des parcelles cultivées a considérablement augmenté. Aujourd’hui, dans les plaines du Midwest américain ou de la Beauce, une seule espèce - par exemple du blé - s’étend à perte de vue, sur des milliers d’hectares. Les espaces semi-naturels, bosquets, haies, mares, parsemant autrefois le paysage ont bien souvent disparus pour permettre au tracteur et à la moissonneuse-batteuse de passer.  La simplification du paysage est depuis longtemps soupçonnée de rendre les monocultures plus fragiles aux attaques des nuisibles et des maladies. Une équipe de l’université du Wisconsinconforte cette hypothèse : plus la zone est cultivée de manière uniforme, avec de grandes parcelles, plus la pression des ravageurs est forte et augmente d’autant le besoin en traitements. En effet, de telles étendues sont un milieu sans frein à la propagation de maladies, et les différents bioagresseurs, spécialisés dans l’attaque de l’espèce cultivée, y trouvent gîte et couvert plus que nécessaire. Leurs prédateurs traditionnels, en revanche, n’ont plus l’habitat riche que fournissaient les variations naturelles du couvert végétal. Résultat, les destructeurs pullulent et les régulateurs disparaissent.

Pour remédier à ces attaques et à tout ce qui contrarie la pousse des précieuses semences, l’agriculture moderne a généralement recours à une solution : l’administration d’un produit de synthèse, toxique, conçu spécifiquement pour lutter contre le problème en question. Mais rien n’est gratuit. Au niveau des sept états du Midwest, les chercheurs évaluent le coût des traitements supplémentaires entre 34 et 103 millions de dollars pour l’année 2007. Fort de leur constat, Timothy Meehan et ses collègues proposent une solution où tout le monde serait gagnant : recréer une complexité dans le paysage pour permettre de retrouver une protection naturelle des cultures. Pour cela, ils proposent d’introduire des cultures pérennes de type switchgrass (ou panic érigé) destinées à la production d’agrocarburants de seconde génération entre les monocultures. Accusés d’occuper des sols pouvant être mis à profit pour nourrir les populations, les agrocarburants ont plutôt mauvaise presse. Mais des zones ainsi couvertes pourraient former un habitat pour nombre d’espèces auxiliaires sans diminuer la rentabilité du terrain occupé. Une telle association résolvant d’un coup certains aspects négatifs des deux types de culture. Avec en prime, des économies pour les agriculteurs. Justement qu’en est-il de ces recherches en France ?  Laurent Lapchin, directeur scientifique adjoint à l’environnement à l’Inra, nous éclaire : « l’article est particulièrement intéressant car il traite ces questions à une échelle supérieure à celle de la parcelle ». Et c’est à ce niveau que les processus régulateurs naturels deviennent vraiment visibles. Des résultats comparables ont été obtenus avec l’expertise scientifique collective « Agriculture et Biodiversité » en 2008. Il poursuit : « ce qui détermine l’impact de l’agriculture sur la biodiversité à l’échelle du paysage est le résultat du triptyque

  • réduction de la proportion des espaces semi-naturels ;
  • uniformisation des productions ;
  • intensification de ces productions. »

De nombreuses études mettent en avant la notion de service écosystémique. Il s’agit d’un service - purification de l’eau, stockage de CO2, diminution de l’érosion - rendu naturellement par un milieu. Laurent Lapchin résume : « les différents équilibres des écosystèmes constituent le moteur des services éco systémiques, dont la biodiversité serait le carburant ». Un déséquilibre peut affaiblir ou faire disparaitre ces avantages. La production agricole est aussi un de ces services, qui peut s’opposer, dans le cas d’un paysage trop uniformisé, au service de régulation des populations de bioagresseurs par leurs prédateurs naturels.

(Source futura)

 

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