Industrie, robotisation et emploi

Industrie, robotisation et emploi

 

La situation de l’emploi est évidemment liée au niveau d’activité mais aussi à la structure de cette dernière. Or force est de constater que l’industrie ne cesse de régresser en France pour ne plus représenter que de l’ordre de  10 % du PIB tandis que les services représentent de l’ordre  de 80 % ; un phénomène mondial puisque la part de l’industrie dans le PIB est  passée de 55% à 15% en 40 ans.  S’ajoute à ce phénomène celui de la robotisation. Pour remettre en perspective ces évolutions, Re.sources a sollicité Jean-Marc Daniel. Ce spécialiste de l’histoire économique pose son regard sur 40 ans de désindustrialisation apparente, dévolution économique de robotisation, et d’emploi.

La part des services dans le PIB français n’a cessé d’augmenter depuis les années 1970 alors que celle de l’industrie est orientée à la baisse. De quelles transformations ces évolutions opposées témoignent-elles?

La part de l’industrie dans le PIB baisse comme cela avait été le cas auparavant de celle de l’agriculture. C’est une évolution assez naturelle qui traduit l’amélioration du pouvoir d’achat de la population et l’évolution de la productivité industrielle. L’amélioration du pouvoir d’achat conduit à la diversification de la consommation. Et cette diversification se porte maintenant vers des objets ou des produits qui ne sont pas comptabilisés comme des produits industriels. Ainsi, avec le vieillissement de la population et l’amélioration des techniques médicales, c’est maintenant le secteur de la santé qui occupe une place croissante dans le PIB. Le deuxième facteur est l’évolution de la productivité, c’est-à-dire de l’efficacité du processus productif. Il faut de moins en moins d’heures de travail humain pour produire un même objet. Cela débouche sur une baisse des coûts et in fine une baisse ou une moindre augmentation des prix des produits industriels. Lorsque l’on a créé la TVA il y a 60 ans, le taux sur les automobiles était de 33 % car c’était à l’époque un produit de luxe compte tenu de son prix. L’automatisation croissante du secteur fait que maintenant, pratiquement tout le monde a une automobile. Là encore on retrouve un mécanisme que l’on a connu avec l’agriculture. La production industrielle en 20 ans a légèrement augmenté mais son poids dans le PIB a baissé parce que ses prix ont augmenté moins vite que les prix des services et que les revenus. Ces gains de productivité et les baisses de prix relatifs qui en découlent sont une bonne chose car cela améliore le pouvoir d’achat général.

 

Quel est l’impact concret de ces évolutions sur l’emploi ?

 

Soyons clairs : l’impact est une baisse de l’emploi industriel. C’est le principe du « grand déversement » décrit dans les années 60 par l’économiste Alfred Sauvy. Les pays développés ont connu d’abord l’exode rural. Ils connaissent en ce moment une forme d’« exode industriel » qui traduit une mutation des emplois. Le chômage de long terme n’est pas dû à la disparition de l’emploi industriel mais aux obstacles que tout un chacun rencontre dans la création d’entreprises, qui freinent l’émergence des secteurs productifs appelés à prendre le relai de l’industrie.

 

Au regard de la situation économique du pays, faut-il se réjouir ou au contraire redouter ces évolutions ?

Pour moi, il faut s’en réjouir et plutôt se désoler de la lenteur des mutations. Il y a dans ce pays un discours de nostalgie de l’industrie à l’ancienne, des usines avec des cheminées qui fument, des ingénieurs en blouse grise avec une règle à calcul dans leur poche. L’usine de demain sera une chaîne de robots produisant pour peu cher des produits de plus en plus sophistiqués. Elle occupera des ingénieurs travaillant sur ordinateur et des services de maintenance très pointus. Comme les robots sont sensibles à la poussière, celui qui passera l’aspirateur aura une mission essentielle. Mais plus besoin des travailleurs de force que les travaux pénibles usaient prématurément.

La faiblesse de notre situation est le retard que nous prenons dans la robotisation par rapport aux pays comparables. En ce sens, les discours sur la sauvegarde des emplois et leur traduction sous forme de baisses des cotisations sociales sont catastrophiques. Une politique intelligente repose sur l’employabilité des acteurs en fonction des emplois de demain et non pas du maintien coûte que coûte des emplois d’hier.

 

La baisse de l’industrie vous paraît-elle inéluctable?

En termes d’emplois, elle est non seulement inéluctable mais indispensable : il faut de la productivité et donc des robots qui remplacent les hommes. En termes de valeur ajoutée, nous allons assister à une remontée de la part de l’industrie pour des raisons extérieures à l’industrie. En effet, c’est désormais le tour des prix des services de commencer à baisser. Dès lors mécaniquement, la part des services dans la valeur ajoutée baissera, faisant remonter celle des autres secteurs. Là encore, on assiste à ce phénomène pour l’agriculture. Nous allons ensuite vers des gains de productivité considérables dans les services grâce aux NTIC. On peut en espérer en particulier une baisse sensible des effectifs de la fonction publique, ce qui réduira la part non marchande de la production et augmentera simultanément celle des autres secteurs.

 

Cette baisse est-elle pour autant synonyme d’un déclin de l’industrie selon vous? Si oui, faut-il y remédier?

Malgré le phénomène des pays émergents quittant l’agriculture pour l’industrie, la part de l’industrie recule dans le PIB de la planète. C’est la dynamique des prix relatifs dont nous avons abondamment parlé dans les questions précédentes. En France, cette dynamique s’accompagne d’une spécialisation nouvelle qui se traduit par des délocalisations mais aussi par l’apparition de nouvelles activités. L’Europe s’est construite à ses débuts sur le charbon et l’acier, deux activités qui ont reculé fortement. En France, on ne produit plus du tout de charbon. Cela n’a pas réduit pour autant notre revenu.

 

Au regard de la répartition entre l’industrie et les services, la France vous semble-t-elle se distinguer des autres pays développés?

La France est dans la situation des pays développés. Néanmoins, sa production industrielle est inférieure à celle de l’Allemagne, mais aussi de l’Italie et du Royaume-Uni. C’est dû à un problème qui dépasse le cas de l’industrie : ce problème est celui que pose notre faible croissance. Cette faible croissance n’est pas imputable à une quelconque désindustrialisation mais à un manque général de dynamisme entrepreneurial. A force de matraquer fiscalement les entreprises et de s’évertuer à préserver le passé, on sacrifie l’avenir. Au lieu de baisser les salaires directs ou indirects, on doit baisser le coût de l’investissement, laissé les entreprises utiliser comme elles l’entendent leurs profits et leur permettre de reprendre la course à la croissance au travers notamment de l’innovation. La robotisation

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