Trump ou l’obsolescence programmée de la démocratie

Trump ou l’obsolescence programmée de la démocratie

 

L’élection de Trump  donne l’occasion de s’interroger sur les facteurs explicatifs d’une telle caricature de la démocratie. Des facteurs explicatifs évidemment nombreux d’ordre politique, économique,  social, technologique et sociétal. Autant de facteurs interactifs qui complexifient la compréhension de la problématique. Pour tenter de comprendre- pas forcément réussir-  – il faut au moins accepter cette  complexité à moins comme Trump  de tomber dans le piège de la simplification populiste. Première observation : l’usure des partis politiques traditionnels qui ont tendance à se reproduire, à faire de la conquête du pouvoir le seul objectif en oubliant leur objet social à savoir le service de l’intérêt général. En cause notamment la professionnalisation du métier de politique. C’est vrai aux États-Unis, dans d’autres pays et surtout en France. Certes on change de temps en temps la tête d’affiche mais les superstructures qui entretiennent le système perdurent. En France en outre, on conserve souvent les mêmes têtes d’affiche pendant 20 ou 30 ans voire davantage. Aux États-Unis Républicains comme Démocrate n’ont pas su opérer la mutation sociologique nécessaire pour être réellement représentatifs des différentes catégories. Le même phénomène est  observé en France avec en plus une surreprésentation des fonctionnaires et assimilés. Autre faiblesse de la démocratie : sa réduction au dépôt d’un bulletin de vote une fois tous les quatre ou cinq ans. Une sorte de démocratie néandertalienne incapable d’installer une réflexion collective qui rende possible une adhésion suffisante aux réformes face aux mutations. La conséquence la plus directe,  c’est le désintérêt croissant de nombre d’électeurs. Aux États-Unis comme en France on atteint souvent 50 % pour les abstentions et les non-inscrits. Seconde difficulté, celle qui consiste à aborder les grandes évolutions économiques. Du coup le plus souvent là aussi on schématise avec d’un côté les partisans  naïfs et/ou  complices de la mondialisation financière, de l’autre les fervents du repli géographique avec restauration de frontières étanches voire de murs. Or la mondialisation est incontournable. L’extension géographique du champ des échanges va de pair avec l’émergence de nouvelles puissances économiques qui veulent sortir leur pays de la pauvreté. La vraie question est celle de la régulation. Un concept tabou presque un gros mot chez ceux qui considèrent que le marché à lui seul permet l’allocation des ressources la plus équitable. Pourtant force de constater que la mondialisation profite de manière excessive aussi aux puissances financières que sont notamment les grandes multinationales.  Lesquelles sont apatrides et jouent en permanence sur les trous de la régulation pour échapper aux contraintes légales notamment en matière d’imposition. L’organisation mondiale du commerce reposant essentiellement sur un libre-échange sans contrainte. Du coup ce commerce international est faussé par des conditions de concurrence qui ne sont pas soumises aux mêmes conditions économiques, sociales, sanitaires et environnementales. Le non-respect de conditions de concurrence harmonisées est largement responsable des délocalisations constatées dans les pays occidentaux notamment du secteur industriel (pas seulement). Un autre facteur concerne la croissance exponentielle des nouvelles technologies qui bouleversent les processus de production, d’échange et de distribution. Principales victimes de l’extension géographique des échanges et des mutations technologiques : les classes moyennes insuffisamment informées et formées pour s’adapter à la nouvelle donne. Enfin les transformations sociétales n’ont fait qu’ajouter à la complexité. (Le rapport au travail, l’individualisme triomphant, la crainte de la diversité, et les peurs relatives à l’insécurité etc.).  Enfin  la mode folle  de la métropolisolation qui conduit à la paupérisation d’une grande partie des populations dites périphériques et à la dégradation de la qualité de vie et de l’environnement. La victoire de Trump résulte de toutes  ces craintes, de toutes ces peurs par ailleurs insuffisamment prise en compte par les élites et les grands médias. Non pas qu’il s’agisse de les légitimer mais on a failli en les ignorant. Les populistes aux États-Unis, en Grande-Bretagne dans d’autres pays comme en France surfent évidemment sur ces peurs en rendant responsable l’autre. En instrumentalisant le climat anxiogène et en jouant sur le rejet et la haine à l’égard de la différence. Trump  illustre  la victoire du simplisme politique et de l’obsolescence d’une démocratie réduite à la démagogie. En France les extrêmes à gauche comme à droite pratiquent  la même rhétorique (avec des programmes très voisins). Cela d’autant plus facilement que les forces républicaines ont bien du mal à faire preuve de crédibilité,  de courage et de démocratie.

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