FN-Le Pen : machine à fric

FN-Le Pen : machine à fric

Une formidable machine à cash qui aurait tourné à plein régime sur le dos des contribuables pendant des années. Le soupçon des enquêteurs : cette machine aurait pour but de gonfler les frais de campagne des candidats afin de toucher un remboursement maximum de l’Etat et empocher la différence avec la complicité d’un prestataire. Le 1er décembre, des élus FN du Nord en rébellion ont fait de nouvelles révélations sur les dépenses liées aux élections départementales 2015. « Le kit obligatoire incluait 1.400 euros de frais d’expert-comptable des comptes de campagne alors qu’un comptable local me le faisait pour 600 euros », relève Jean-Luc François Laurent, conseiller municipal à Valenciennes. « Le parti m’a obligé à acheter 200 affiches alors que je n’en ai utilisé qu’une soixantaine », renchérit Francis Boudrenghien, élu à Anzin. Les tarifs surélevés et les prestations surdimensionnées sont deux des techniques dans le viseur de la justice. Selon nos informations, l’enquête  a progressé: lors de sa campagne présidentielle de 2012, Marine Le Pen a acheté les documents de sa propagande officielle – affiches, professions de foi, bulletins de vote – pour quelque 2,43 millions d’euros à la société de communication Riwal. Or, celle-ci a ensuite sous-traité la réalisation effective des documents pour un coût de seulement… 630 000 euros. Soit une marge de 1,8 million d’euros ! Contacté le 8 décembre, l’avocat de la société Riwal assure que la facture n’incluait toutefois pas l’achat du papier effectué directement par l’agence, mais reconnaît que la marge avoisinait les 50 %. « C’est peut-être légal mais c’est une forme d’arnaque à l’article R-39 du code électoral qui encadre les subventions publiques, grince un des imprimeurs. D’habitude, les candidats flèchent directement les remboursements de l’Etat vers les imprimeurs sans permettre à un intermédiaire d’engranger de juteux profits. » Mais pour Marine Le Pen, la société Riwal n’est pas exactement un prestataire comme les autres. Dirigée par un de ses proches, l’ancien leader du GUD Frédéric Chatillon, cette agence de communication a mis en 2012 des locaux et certains de ses salariés à la disposition du micro-parti Jeanne, l’association qui récolte depuis 2010 des fonds pour la présidente du FN. Certaines années, Riwal a même payé les experts chargés de la comptabilité de Jeanne. Une confusion des moyens entre une entreprise et un parti formellement interdite par l’article 11-4 de la loi de 1988 sur le financement de la vie politique. Mieux, en 2012, l’agence de communication a accordé 8,6 millions d’euros de crédits fournisseurs au micro-parti Jeanne pour l’aider à financer la campagne de quelque 520 candidats FN aux élections législatives. Avec une mécanique bien huilée. Chaque candidat achetait un kit de campagne pour 16.650 euros (affiches, tracts, sites internet, etc.) et souscrivait dans la foulée un emprunt à 6,5 % auprès du micro-parti Jeanne pour le financer. Sur le papier, Jeanne jouait les banquiers auprès des candidats. Dans les faits, c’est Riwal qui fournissait le kit et accordait un crédit fournisseur à Jeanne… Après l’élection, au moment de toucher les remboursements de l’Etat, tout le monde y gagnait. En gonflant ses tarifs – ceux des sites internet ont bondi de 125 % entre les élections cantonales et législatives ! -, la société Riwal dégageait de confortables marges. Quant au micro-parti Jeanne, il touchait les intérêts pour des prêts dont il n’avait pas réellement assumé la charge dans ses comptes. Une manne de 360 000 euros en 2012 sur les 556 000 euros réclamés à l’Etat. « Une première dans l’histoire des affaires de financement politique, pointe un habitué du contrôle des comptes de campagne. On reproche habituellement aux partis de masquer les aides aux candidats plutôt que de récupérer de l’argent sur leurs frais de campagne. » Mis en examen en tant que parti pour complicité d’escroquerie en septembre, le Front national est soupçonné d’avoir aussi profité du système. En 2013, la prospère société Riwal a financé l’achat et la livraison de 44 duplicopieurs et 2 photocopieurs pour les fédérations locales du FN et les bureaux de Marine Le Pen. Et ce sans réclamer de paiement… Ce n’est qu’en 2015 lorsque les enquêteurs ont mis leur nez dans les comptes qu’une facture de 192 000 euros a été ressortie des tiroirs au nom de Gwenloc. Une société intermédiaire de location créée en 2014 et gérée par Gorete Varandas, actuelle candidate FN dans le Val-de-Marne… Dans une étonnante inversion des rôles, le Front national s’est aussi transformé ponctuellement en sous-traitant de l’agence Riwal. Le parti a perçu 412 000 euros pour l’impression d’une série spécifique de tracts destinés aux candidats aux législatives de 2012. Un travail ultra-rémunérateur puisque la réalisation n’aurait en réalité coûté que… 83 000 euros au Front. Autant d’opérations qui font planer de lourds soupçons sur les finances du FN et de sa présidente. Contactés, les responsables du Front national et du micro-parti Jeanne ont renvoyé Challenges vers l’avocat de la société Riwal.

(Article lu dans Challenge)

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