Les entreprises françaises à vendre, pourquoi ?

Les entreprises françaises à vendre pourquoi ?

(Interview Altlantico de Olivier Marteau et jean Pierre Corniou experts)

Olivier Marteau : Etre la cible de rachat de ses concurrents témoigne plus d’un rapport de force entre deux sociétés que de présupposées faiblesses intrinsèques à l’entreprise. Si Alstom ne disposait pas d’atouts industriels certains il ne susciterait pas l’intérêt d’un géant comme GE. Cependant là où Alstom devient un cas d’école c’est quand on corrèle l’échec dans la mondialisation des entreprises françaises paraétatiques au succès des entreprises françaises intervenant sur des marchés concurrentiels. D’un côté Edf, GDF-Suez, Areva, Vinci, Bouygues, Veolia, très largement dépendantes des rentes étatiques intérieures et peu intégrées dans la mondialisation. De l’autre L’Oréal, Michelin, Danone, LVMH, Schneider qui tirent leur puissance de leur capacité à confronter la concurrence mondialisée.

Jean-Pierre Corniou : Dans une économie ouverte, les groupes industriels comme les grandes entreprises de service et les banques ne sont pas vouées à l’immobilisme et doivent s’adapter en permanence aux conditions réelles d’un marché mondial concurrentiel. Cette respiration du tissu économique est logique, naturelle et nécessaire, même si elle continue à surprendre les Français. Elle ne se limite pas, bien évidemment, au cadre hexagonal ! La Suède a ainsi perdu ses deux symboles industriels dans l’automobile, Saab qui a disparu et Volvo devenu chinois… Cette évolution qui entraîne fusions et acquisitions, mais aussi des disparitions d’entreprises connues, s’inscrit dans un mouvement de renouvellement des entreprises qui accompagnent l’évolution technique, le positionnement stratégique par produits et marchés, mais aussi la volonté et la capacité de leurs propriétaires à s’adapter. Rien n’est jamais acquis dans le monde de l’entreprise privée. 

La grande entreprise française a toutefois des caractéristiques propres. Elle a toujours été proche de l’Etat soit par ses dirigeants, issus de grands corps publics et formés pour beaucoup dans des écoles de fonctionnaires, soit par ses marchés où la commande publique a joué un rôle majeur. Selon une étude sociologique datant de 2010, 84% des dirigeants français du CAC 40 sont issu d’une grande école et 67 % d’une « très grande école » d’ingénieurs ou de management. Polytechnique, HEC et l’ENA fournissent 46% des dirigeants français et la plupart sont des managers sans lien patrimonial. Seul 12% des dirigeants doivent leur responsabilité à la détention d’une part du capital de leur entreprise. En revanche, 42 % des patrons sont passés par la fonction publique. Si le rôle de l’Etat dans le capital des entreprises est désormais très limité, l’influence de la culture publique reste forte. 

. Pourquoi les financements au niveau national ne suivent-ils pas pour accompagner leur développement ?

Olivier Marteau : Les aides nationales n’ont pas fait défaut à Alstom qui tout au long de son histoire a été le jeu d’un mécano financier des pouvoirs publics oscillant entre nationalisation et privatisation via l’état actionnaire. Le groupe a été dernièrement sauvé en 2004 par une recapitalisation de l’état qui a ensuite cédé ses parts au groupe parapublic Bouygues. Sans ces arrangements entre amis Alstom aurait été démantelé. Enfin si l’on prend en compte le monopole de vente à la SNCF dont bénéficie Alstom dans le ferroviaire, on peut donner pour une fois raison à Arnaud Montebourg, quand il déclare qu’Alstom « vit de la commande publique et du soutien de l’état à l’exportation ».  

Jean-Pierre Corniou : La compétence technique française est reconnue dans le monde dans tous les domaines clefs de l’industrie. La qualité des ingénieurs et des managers n’est pas en cause et la France peut encore compter des champions mondiaux solides dans leur secteur, comme Airbus, Safran, Essilor, Michelin, Technip, Total. Leur résilience n’est pas non plus à négliger même si les marques ne sont plus portées par le grand public. Technicolor est un leader technologique dans le domaine de l’image et vit encore des brevets de Thomson en continuant de déposer 2000 brevets par an. Alcatel dispose d’un important portefeuille de 29000 brevets au coeur de la téléphonie mobile, dont la 4G.

La faiblesse de la structure industrielle française ne vient pas des grands groupes qui se battent activement, mais de la modestie des entreprises intermédiaires, insuffisamment nombreuses à croître sur le plan mondial même si les exemples de SEB, Somfy, Legrand, notamment, démontrent que la culture internationale s’est aussi développée dans les groupes de taille moyenne. La croissance internationale est aussi pour ces groupes le seul moyen de trouver les ressources nécessaires à leur développement car la profitabilité en France ne cesse de se dégrader : 27% fin 2013 contre 40ù en Allemagne. Les entreprises françaises sont les moins rentables de la zone euro et le profit des entreprises ne contribue au PIB qu’à hauteur de 6% contre 9% en Allemagne et en Italie et 12% aux Etats-Unis. Cette faiblesse des marges s’explique à la fois par le positionnement prix des produits français, mais aussi par la poursuite de la hausse des salaires et par le manque d’investissement productif, dont le retard en matière de robotisation est un indicateur flagrant. Le taux d’autofinancement des entreprises est en baisse à 66% alors que les banques peinent à s’engager. Aussi la vitesse de croissance est insuffisante. Par ailleurs, les jeunes pousses, nombreuses en France, peinent à trouver une taille mondiale et souvent renoncent et se vendent comme Meetic, PriceMinister…

 Olivier Marteau : Parmi les groupes para-étatiques du CAC40, Alstom est le plus internationalisé et tient la comparaison avec Siemens puisque les marchés nationaux des deux entreprises ne représentent plus que 10 à 15% de leurs chiffres d’affaires. Cependant si Alstom est très européanisé, il n’a pas su se mondialiser et conquérir les marchés porteurs situés en Asie. La faute sûrement à une aire d’influence commerciale cantonnée par facilité à celle de la diplomatie française datant du gaullisme et donc très éloignée des réalités économiques contemporaines. Conséquence, à l’instar de PSA, Alstom subit aujourd’hui de plein fouet la conjoncture européenne.  Plus inquiétant, Alstom révèle surtout  l’échec  de la filière industrielle française para-étatique dans son ensemble. Electricité, ferroviaire, nucléaire, défense, construction, les groupes industriels français même quand ils chassent en meute,  ne sont plus compétitifs dans la mondialisation et essuient de lourds échecs face aux groupements coréens, américains, chinois, japonais mais aussi espagnols, suédois et allemands.

Jean-Pierre Corniou : Les grandes entreprises françaises ont toutes aujourd’hui une présence mondiale, et ce parfois depuis très longtemps comme Lafarge, qui a ouvert sa première cimenterie aux Etats-Unis en 1956 et s’est implanté au Brésil en 1959, Renault, fournisseur de la cour du tsar Nicolas II en 1916, ou l’Air Liquide implanté au Japon depuis 1907. Cette culture internationale est bien ancrée dans les entreprises françaises. Avec 31 entreprises classées en 2013, la France occupe le 5e rang mondial du Fortune 500 devant l’Allemagne. Total est la 10e plus grande entreprise mondiale. Dans l’édition 2013 des World’s most innovative companies de Forbes, 4 des 10 entreprises européennes jugées comme les plus innovantes sont françaises. . Les pays émergents représentent aujourd’hui 21% du chiffre d’affaires d’Essilor. Les entreprises du luxe comme Kering  ou LVMH, comme l’Oreal sont très implantées à l’extérieur. Michelin, Pernod Ricard, Airbus, Safran sont toutes très performantes sur les marchés étrangers. Schneider Electric est N°1 mondial des équipements électriques. Ces entreprises réalisent plus de 90% de leur chiffre d’affaires à l’étranger

 

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