Industrie : la décadence (Elie Cohen)

Industrie : la décadence (Elie Cohen)

(Interview JDD de l’économiste Elie Cohen)

 

Pourquoi n’arrive-t-on pas à bâtir les champions industriels de demain en France?
Nos fleurons ont perdu de leur superbe car ils ne sont plus des conglomérats technologiques. Il y a une quinzaine d’années, ils sont devenus des « pure players » avec une activité unique. La Compagnie générale d’électricité a ainsi donné naissance à Alcatel et Alstom. Dans le même temps, en Allemagne, au Japon et en Corée, se constituaient des mastodontes technologiques. D’autres facteurs ont joué. Les Français n’aiment pas les grandes entreprises. Ils investissent principalement leur épargne dans la pierre et en produits à taux fixe. Et nous avons fait un sort aux participations croisées, la parade à un capitalisme sans capital. Derrière cet échec, il y a aussi celui de l’alliance franco-allemande. Un seul projet a abouti, EADS qui a donné Airbus.

C’est tout sauf l’Allemagne?
Notre voisin est le leader industriel incontesté de l’Europe. Nous acceptons de faire jeu égal avec lui quand nous sommes plus forts et cela donne Airbus. Quand nous pesons moins, nous préférons nous vendre aux Américains. Nous l’avons fait pour notre Bourse en faisant alliance avec le NYSE et Arcelor aurait pu créer un champion sidérurgique européen en s’unissant à ThyssenKrupp.

Qu’aurait dû faire l’État pour défendre ses fleurons nationaux?
Défendre résolument l’attractivité du territoire ou ses champions. Les Anglais ont opté pour la première voie. Ils acceptent que leurs groupes passent sous pavillon étranger mais imposent à ceux qui les rachètent des conditions drastiques pour le maintien de l’emploi et de centres de décision au Royaume-Uni. En France, on a privatisé les groupes nationalisés, on les a laissés se déployer à travers le monde, on n’a pas créé les fonds de pension qui auraient pu devenir des actionnaires durables et les investisseurs étrangers sont devenus décisionnaires en acquérant près de 48% du capital des entreprises du CAC 40.

Doit-on s’inquiéter?
Nous sommes en voie de désindustrialisation avancée. Nos PME sont trop faibles. Nos ETI sont à la peine et nos fleurons se font racheter. C’est le grand décrochage. La place de la France est en jeu. Nous sommes en train de devenir progressivement insignifiants

 

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