Europe : l’austérité contestée

Europe : l’austérité contestée

 

Le président de la Commission européenne a reconnu que « les politiques actuelles ont atteint leurs limites à bien des égards ». « Il doit y avoir un minimum de soutien politique et social », avait-t-il ajouté. Des propos qui ont provoqué l’ire de Berlin. Quelques heures plus tard, le ministère allemand des Finances a appelé à poursuivre « avec cohérence sur la ligne de la consolidation budgétaire et du renforcement de la croissance par des réformes ». Ce mercredi 24 avril, Pierre Moscovici a ainsi taclé Berlin, en affirmant que « l’Allemagne ne peut ignorer qu’elle a intérêt à avoir une zone euro qui soit en croissance ». Peu après, le nouveau président du Conseil italien, Enrico Letta lui a emboîté le pas, en déclarant qu‘ »en Europe les politiques d’austérité ne suffisent plus ».Le climat se tend donc dans l’union monétaire, alors que les pays vont transmettre, le 30 avril, leurs programme de stabilité à la Commission européenne. Fin mai, elle livrera ses traditionnelles recommandations aux Etats-membres. A ce moment, elle décidera d’accorder ou refuser des délais aux six pays qui souhaitent obtenir une rallonge pour assainir leurs finances. C’est le cas, notamment de Paris, Rome et Amsterdam, qui commencent à prendre leurs distances avec l’austérité. Comme la France, les Pays-Bas ont renoncé à atteindre un déficit de 3% pour cette année, et vont tâcher d’obtenir de Bruxelles un délai pour 2014. Plus surprenant, ce pays, considéré jusque-là comme un des bons élèves de la zone euro, a décidé d’infléchir clairement le cap de l’austérité. Le Premier ministre, Mark Rutte, a suspendu un effort de 4,3 milliards d’euros d’économies prévu pour 2014. Le gouvernement décidera en septembre prochain si ce coup de rabot doit être appliqué ou non. Les Pays-Bas ont ainsi décidé de rompre avec la discipline budgétaire, pour donner un peu d’oxygène à leur économie, qui devrait connaître un nouveau recul de son PIB à cette année, à -0,5%.  Enrico Letta, ne s’y trompe pas lorsqu’il invoque l’urgence pour l’Europe d’en finir avec l’austérité seule. Le nouveau président du Conseil italien sait combien l’opinion publique transalpine est lasse des efforts budgétaires.  Son prédécesseur, Mario Monti, loué par l’Allemagne et les marchés pour sa politique rigoriste, l’a appris à ses dépens. Lors des élections législatives italiennes de février dernier, sa liste n’était arrivée qu’en quatrième position, derrière celles des candidats anti-austérité, l’humoristes Beppe Grillo Silvio Berlusconi.  Cela a été l’un des premiers grands chocs anti-austérité. La Cour constitutionnelle a rejeté, le 6 avril dernier, une partie des mesures d’austérité entreprises par le pays, touchant aux rémunérations des salariés et les pensions des retraités. Ce qui a mis dans l’embarras le Premier ministre Pedro Passos Coelho face à Bruxelles, qui réclame à Lisbonne 4 milliards d’euros de coupes dans les dépenses publiques d’ici à 2015, en contrepartie de l’aide internationale de 78 milliards d’euros.   Enfin, dans l’Hexagone, la contestation monte. Au prix d’un recadrage en règle par François Hollande, Benoît Hamon et, surtout Arnaud Montebourg, ont tous deux fait entendre leurs voix pour appeler à changer de politique en France, comme en Europe. « Le sérieux budgétaire n’est pas sérieux », déclarait, par exemple, Arnaud Montebourg au Monde, le 9 avril. En parallèle, l’aile gauche du Parti socialiste a présenté, lundi, un programme qui propose de « s’affranchir d’une certaine orthodoxie libérale et budgétariste ». Pour le moment, François Hollande entretient le flou sur sa politique économique, qui permet de retrouver « la croissance, à condition du sérieux », mais « qui n’est pas l’austérité », expliquait-il le 10 avril dernier. 

 

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