Chypre : paradis des russes

Chypre :   paradis des russes

À l’entrée de la ville balnéaire de Limassol, dans le sud de Chypre, la plupart des pancartes des kiosques à journaux sont sous-titrées en russe. Sur le front de mer, les palaces hôteliers se suivent et se ­ressemblent: de grandes bâtisses bétonnées ornées de palmiers verdoyants avec des pelouses taillées au millimètre. La grande majorité affiche bien haut le drapeau russe. Dans le centre-ville, si l’on ferme les yeux et que l’on passe outre le claquement des vagues, on en oublierait presque se trouver à Chypre tant les langues se mélangent. Tout comme les sociétés. Il est ainsi étonnant de voir, en plein centre-ville et pas dans la capitale chypriote, la présence du bureau Moyen-Orient de l’agence de notation Moody’. Tous les cinq mètres, une agence immobilière propose maisons et appartements de luxe à une clientèle venue essentiellement de Moscou. Leurs somptueux yachts occupent 80 % de la marina, sans que personne ne demande comment ils en ont fait l’acquisition. De surcroît, ici les 400 000 touristes par an et 8 000 résidents russes sont accueillis à bras ouverts. Leurs capitaux s’élèveraient à 23 milliards d’euros, soit… 33 % des avoirs de l’île. Le système bancaire repose de facto sur eux et les intéressés réfutent toute accusation de blanchiment d’argent sale. Sergei Patrisof gère les fonds de ses compatriotes. Le regard persan et le sourire glacial, il n’arrive pas à comprendre la foudre qui s’abat sur les Russes depuis le début de la crise. «Dans les années 1990, mes compatriotes cherchaient un endroit pour placer leur argent en toute sécurité, rappelle-t-il. À Chypre, les taux d’intérêt étaient intéressants, le pays magnifique et les gens accueillants. Mais ce n’est pas du blanchiment! Les gens ont durement travaillé pour avoir ces fonds!» Mieux, Sergei certifie que les Russes essaient de mettre fin aux pratiques illégales et à la présence de sociétés offshore «détenues par des Ukrainiens pour la plupart». Pour lui, les banques chypriotes sont clairement responsables de la situation. «Elles avaient une politique trop laxiste pour accorder les prêts, surtout la Laiki Bank qui a prêté des millions d’euros à de pauvres gens en sachant qu’ils ne rembourseraient pas, accuse ainsi ­Sergei. À cela, il faut ajouter la restructuration de la dette grecque, qui a beaucoup coûté. Mais ce n’est pas de la faute des Russes.» La situation de Chypre préoccupe de plus en plus la communauté russophone installée à Limassol. Les Russes qui y ont école, centre culturel, restaurants et toutes sortes d’activités, ne décolèrent pas. «Si les Chypriotes restent dans la zone euro après un tel chantage des Européens, c’est nous qui allons partir du pays, s’insurge Svletlana, une retraitée de 65 ans dont la fille a épousé un Chypriote il y a dix ans. Nous irons au Luxembourg ou à Malte pour mettre notre argent.» Quelle que soit la solution adoptée pour sauver le secteur bancaire du défaut de paiement, la confiance des Russes envers le pays est entachée. Certains experts estiment ainsi que ce ne sera qu’une question de temps pour que leurs capitaux voguent vers d’autres pays.

 

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