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Alain Minc : «la France va dans le mur»

Alain Minc : «la France va dans le mur»

Alain Minc, conseiller de Sarkozy et de nombreux grands patrons est encore très écouté. Comme beaucoup de grands experts très médiatisés, il dit parfois tout et le contraire de sorte qu’il ne risque pas de se tromper. Son interview sur la situation de la France actuellement, bien qu’un peu partisane, présente cependant une certaine pertinence. (Interview Le parisien)

 

 Quel impact aura le budget 2013 sur l’économie ?

 

Alain Minc. Ce gouvernement est en train de mettre l’économie française au freezer avec ses positions anti business! Tout est congelé : les investissements baissent parce que les chefs d’entreprise ne savent plus où ils en sont, ils n’embauchent qu’en cas d’extrême nécessité et ils ont la « crosse en l’air » à cause d’un matraquage fiscal absurde.  Cette politique, plus maladroite qu’idéologique, même si elle a un fond antibourgeois, va aboutir à un ressac économique extrêmement coûteux. A certains égards, sur le plan fiscal, François Hollande est beaucoup plus socialiste que ne l’étaient François Mitterrand et Lionel Jospin, malgré son air modéré, débonnaire et en apparence social-démocrate.

Hollande aurait-il dû s’affranchir de la contrainte européenne des 3% de déficit pour se donner de l’air ?
Si le gouvernement avait fait des réformes de structure à la Mario Monti, d’esprit social-libéral, il aurait été moins prisonnier des 3%. C’est ce qu’ont fait les Allemands sous Gerhard Schröder, donner de la flexibilité au marché du travail en protégeant les individus, attaquer la dépense publique massivement, réduire le millefeuille des collectivités locales, transférer le coût du travail sur le contribuable pour restaurer les marges des entreprises. Hollande est obligé de s’accrocher aux 3% car c’est le seul gage de sérieux qu’il peut donner. S’il lâche les 3%, le système explose, les taux d’intérêt montent à des niveaux épouvantables. Je le dis d’autant plus librement que je suis le seul proche de Nicolas Sarkozy à avoir dit que l’élection de François Hollande était une bénédiction pour la société, qui avait besoin d’alternance, et une malédiction pour l’économie. On y est, le mur est là! Dans l’année, vous verrez qu’il y aura une crise et qu’Hollande sera obligé, comme Mitterrand en 1983, de changer de politique. Je ne désespère pas qu’après la douche froide que nous allons subir à cause des erreurs de ce gouvernement, des choses de bon aloi soient faites. Après tout, le ministre de l’Economie le plus libéral que la France ait connu ne s’appelait pas Balladur, mais Bérégovoy.

A vous écouter, la France va dans le mur…
Si on ne change pas de politique économique, on sera sanctionné par les marchés, l’écart de taux avec l’Allemagne deviendra très lourd. Hollande n’aura pas le choix. Son équipe est peuplée exclusivement d’élus locaux et de technocrates, les uns et les autres peu au fait du monde : il aurait fallu leur offrir des billets d’avion avant l’élection! Quand on voyage, on sait que le regard sur nous est passé d’une relative sympathie à la suspicion. Il risque de passer de la suspicion à l’absolue méfiance, ce qui se traduit tout de suite sur les taux d’intérêt.

Quid de la hausse de la CSG à l’étude à partir de 2014 ?
Le « sale boulot » avait été en partie fait par Sarkozy avec la TVA sociale. Y renoncer pour des raisons politiciennes pour remplacer la TVA par la CSG, qui est beaucoup plus douloureuse pour les classes sociales que le PS prétend représenter, c’est inventer la « machine à se botter le derrière ». Hollande va battre Sarkozy une deuxième fois, mais cette fois par le record d’impopularité !

Vous parlez de gouvernement « antibusiness », mais il a reculé à la première fronde des patrons « pigeons » !
Heureusement, mais de manière marginale. Que dans un moment de difficulté les classes aisées fassent un effort fiscal supplémentaire, il n’y a rien de plus normal. Mais là, trop c’est trop! La taxe à 75% va conduire beaucoup de grands groupes à déplacer, je l’espère temporairement, certains cadres à l’étranger. Elle empêchera d’embaucher des cadres étrangers en France. C’est absurde, mais pour deux ans à la limite, ce n’est pas le pire : les principales erreurs sont l’alignement de la fiscalité du capital sur le travail, et un ISF à 1,5% avec des taux d’intérêt à zéro. Quand Mitterrand fait l’IGF (NDLR : impôt sur les grandes fortunes), le taux est de 1,6%, mais les taux d’intérêt sont de 16%.

Que pensez-vous d’Arnaud Montebourg comme ministre du Redressement productif ?
Qu’il arrête ses rodomontades en croyant qu’il a le monopole du patriotisme! C’était une habileté de congrès de mettre un représentant de la gauche du PS au poste le plus difficile. Mais ce qui est habile quand on gère le bureau politique du PS ne l’est pas forcément quand on gère un pays. Montebourg a agité le chiffon rouge face aux acteurs économiques, ce qui a aggravé la défiance. Il prend les patrons, qui sont le moteur de l’économie, avec une espèce de suffisance étatique, alors que chacun sait bien que l’Etat est désormais impuissant.

Hollande a-t-il réussi ses premiers pas à l’international ?
Il pèse peu en Europe, contrairement à la version qui nous est susurrée. On peut dire de manière caricaturale que l’Union est dirigée non plus par Merkozy mais par la chancelière avec deux adjoints italiens, Mario Monti (président du Conseil) et Mario Draghi (président de la BCE). S’il veut reprendre un leadership, il devrait se saisir du projet fédéral que Merkel a mis sur la table et dire : nous devons faire la fédération d’Etats-nations dans les cinq ans. Il faut oser et arrêter de calculer. En dehors de la scène européenne, la voix de la France est très faible. On reprochait à Sarkozy sa manière, mais c’était un moyen de peser plus que notre taille.

Jean-Marc Ayrault, c’est une « erreur de casting », comme on le murmure au gouvernement ?
Je ne dirais pas ça. Je rêve qu’il sache dire non à François Hollande, comme Pierre Mauroy, cet homme exceptionnel, avait su dire non à François Mitterrand pour le bien de la France.

Pour la présidence de l’UMP, vous êtes plutôt Fillon ou Copé ?
J’ai mon idée, mais je ne le dirai pas parce qu’on penserait que s’exprime à travers moi, comme une ombre chinoise, Nicolas Sarkozy! Le débat est artificiel. En 2016, la droite aura à faire une primaire ouverte, avec des millions de votants. Celui qui va être désigné par 60000 militants contre 40 000 n’aura rien gagné d’essentiel. Et il va y avoir tellement de cahots sur la route que le jeu des pronostics, y compris sur le retour dont parle tout le monde, n’a aujourd’hui aucun intérêt.

 

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