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Cohen –Attali : les objectifs du gouvernement sont incompatibles

Cohen –Attali : les objectifs du gouvernement sont incompatibles

 

Règle budgétaire, croissance, chômage trois objectifs du gouvernement jugés contradictoires par les économistes Attali et Cohen dans une interview de l’Express (extraits).

 

Quel est votre diagnostic sur la situation actuelle?

Daniel Cohen : Celle-ci est abominable. En Europe, si les choses suivent leur cours actuel, 2013 sera la deuxième grande année de crise, après 2009, avec cette différence fondamentale : nous avons usé toutes nos cartouches en matière de politique économique.

Jacques Attali : A l’échelle mondiale, la croissance est encore plus faible qu’en 2009. La Chine et le Brésil ne sont plus des moteurs. Nous avons subi une crise de la dette que nous avons soignée avec encore plus de dettes, sans traiter les problèmes de structure. Il reste toutefois un outil, illimité : les possibilités d’action de la banque centrale américaine. Cette crise a prouvé que, contrairement à ce que l’on croyait, la création monétaire n’entraîne pas forcément d’inflation. En Europe, il y a eu toutefois des réformes institutionnelles considérables avec, par exemple, la création du mécanisme européen de stabilité (MES), l’annonce d’interventions illimitées de la Banque centrale européenne (BCE) sur le marché de la dette des Etats (OMT). En même temps, il n’existe pas de théorie économique claire sur ce qu’il faudrait faire.

Hollande et Cohen

Le vice-président de l’Ecole d’économie de Paris est un proche de DSK – il le conseillait lors de sa précampagne -, mais aussi un ami de Martine Aubry. Aujourd’hui, il est sollicité et écouté par l’exécutif.

Tout de même, que devrait faire l’Europe?

 

D. C. : Si les économistes pouvaient agir sans contraintes, ils appuieraient sur trois boutons. D’abord, en augmentant les salaires allemands de 10 % pour rétablir un équilibre de compétitivité au sein de l’Europe. L’Allemagne dispose désormais du plus grand excédent commercial de la planète ! Cela provoque un déséquilibre supérieur à celui que la Chine avait fait peser sur les Etats-Unis avant la crise. Ensuite, en permettant à la BCE d’intervenir sur le marché de la dette pour casser la spéculation. Ici, Mario Draghi a incontestablement fait bouger les lignes, mais il faut désormais passer à la pratique. Enfin, en modifiant le calcul des déficits. Il ne faut plus que la Commission raisonne en termes de déficit courant, mais structurel, c’est-à-dire hors variation de la conjoncture, pour éviter une course-poursuite entre réduction des déficits et déficit de croissance.

J. A. : La question n’est pas tant la Commission que les marchés, ou plutôt les prêteurs. Ils ont le droit de savoir si on va les rembourser ou pas. Plus on répète que l’on va respecter les 3 % [du PIB], plus on leur donne le sentiment que nous aussi en faisons la condition du remboursement. Les prêteurs seraient capables de comprendre que l’on prenne plus de temps, mais que l’on va vraiment tenir les objectifs. Je rappelle que l’origine du 3 % est française et que j’y suis un peu pour quelque chose. En 1982, nous nous sommes fixé cette limite à ne pas dépasser avec le raisonnement suivant : le déficit ne doit financer que les dépenses d’investissement public. Or celles-ci représentaient 3 % du PIB. On a donc mis la barre à 3 %. Aujourd’hui, respecter cette limite en 2013, tout en s’engageant à faire reculer le chômage en deçà des 3 millions de personnes, avec une croissance de 0,8 % est intenable. Le président de la République s’est engagé sur trois chiffres qui sont incompatibles.

Hollande et Attali

Le président vient de confier à celui qui l’avait recruté en 1980 pour la campagne de François Mitterrand, puis à l’Elysée, une mission sur l’ »économie positive et responsable ».

D. C. : Le gouvernement actuel ne peut pas se libérer de cette norme unilatéralement. On dirait : « Voilà, la France trouve toujours un raisonnement qui la dispense de faire des efforts. » C’est la Commission qui devrait changer de logiciel et raisonner en termes de déficits structurels, comme le prévoit explicitement le nouveau traité ! Je redoute qu’en juin prochain on découvre que la croissance ne sera pas de 0,8 %, mais de 0, et qu’il faut, de ce fait, trouver 10 milliards d’euros de plus.

J. A. : A mon avis, cela aura lieu dès février. Quand on pense qu’un événement va arriver, il survient généralement plus tôt que prévu.

D. C. : Dans les années 1930, il y a eu Roosevelt pour offrir un New Deal aux Américains. Aujourd’hui, Obama ne parvient pas à repriser une société décousue par ses inégalités. En Europe, c’est un peu la même chose : les Allemands considèrent les Grecs et les Espagnols comme le Tea Party, les Noirs ! Non pas comme des frères d’infortune, mais comme des étrangers dans leur propre pays. C’est ça le drame : l’économie nous supplie d’aller vers plus d’intégration politique, mais la politique va vers le nationalisme, voire la xénophobie.

 

 

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