La faillite de la gouvernance va faire plonger l’Europe

La faillite de la gouvernance va faire plonger l’Europe

 

Indiscutablement la dette constitue l’un des facteurs explicatifs de la crise européenne. Elle en est largement à l’origine. Aujourd’hui, les marchés sanctionnent le continent ; Après la Grèce, le Portugal, l’Irlande, c’est maintenant l’Italie, sans doute demain la France. Une sanction donc à l’égard de la situation financière mais sans doute encore davantage une sanction à l’égard de la gouvernance européenne. En bref, l’Europe n’est plus crédible ; Vu de l’extérieur du continent il y a des raisons objectives à cela. Sur la période récente, il y a d’abord eu la rencontre Merkel-Sarkozy qui en fait pouvait se résumer de la manière suivante «  on fera ce qu’il faut », formule ambiguë pour dissimuler les divergences entre les deux pays. Ensuite le sommet européen, très flou et dont l’application plus que laborieuse démontre le caractère boiteux fait pour gagner du temps; pourtant là, la France s’était alignée sur les positions allemandes. Cet accord européen n’a pas résisté à quelques semaines d’analyse un peu sérieuse. Premier problème la Grèce, on convient avec beaucoup de retard que ce pays ne pourra jamais rembourser sa dette (ce qui était prévisible depuis des mois) et la décote est imposée aux banques. Cela suppose parallèlement une vraie politique de rigueur en Grèce. Malheureusement après le départ de Papandréou, on ne sait toujours pas quelle sera la composition du gouvernement, ni son chef, donc la réelle volonté de réaliser les reformes qui s’imposent. Pour les autres aspects de l’accord européen, c’est toujours le flou. D’abord sur le dispositif central pour faire front à la dette à savoir le FESF ; Là on ne sait toujours pas quelle sera la puissance de frappe, sa nature et son application. Les ministres des finances viennent de reporter la décision à fin novembre car les divergences sont trop importantes. Ce fonds, qui devait être opérationnel début décembre, ne le sera pas au mieux avant janvier. Alors qu’on avait parlé d’une force de rappel de 2000, de 4000 milliards et finalement de 1000 milliards en fait on dispose aujourd’hui moins de 250 milliards. En attendant la BCE tente tant bien que mal de prendre le relai. Mais là aussi il y a une divergence complète entre le nouveau président qui affirme vouloir continuer ses interventions sur le marché secondaire et l’Allemagne qui refuse ce rôle à la BCE (ce qui est conforme aux statuts actuels). En matière de recapitalisation des banques, là aussi on repousse d’un mois les décisions car les divergences sont tout aussi  importantes. Même sur la taxe sur les transactions financières, c’est aussi la cacophonie.  Bref vue de l’extérieur, on se demande vraiment si l’Europe existe, si elle est gouvernée et si elle est même capable d’appliquer le peu de décision qu’elle prend. C’est la crédibilité politique qui est en cause. Non seulement l’Europe agit trop peu et trop tard mais elle ne tient pas même les engagements qu’elle prend. Pas étonnant qu’aucun autre pays du G20 n’ait voulu s’engager pour soutenir directement l’Europe qui à leurs yeux est une entité peu fiable et finalement virtuelle. On pourrait objecter justement que la situation d’autres zones est aussi préoccupante notamment aux Etats-Unis où globalement les fondamentaux financiers sont encore plus dégradés qu’en Europe. Avec une différence majeure, l’existence d’une gouvernance. La crédibilité interne des Etats européens n’est pas plus assurée que celle de l’Europe. Il est difficile de comprendre les atermoiements en Grèce, en Italie pour former des gouvernements. En attendant les petites arrangements politiques, les taux des emprunts augmentent jusqu’à une limite qui ne sera pas longtemps soutenable en particulier en Italie puisqu’on a franchi la barre des 7%. On ne peut non plus comprendre cette politique des petits pas en France avec des révisions budgétaires qui ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux. La récente révision budgétaire va se révéler évidemment obsolète au regard de la récession très proche. Une troisième révision va s’imposer d’ici la fin de l’année. Même l’Allemagne dont la gestion est la plus rigoureuse n’est pas exempte de reproches. Ce pays alterne en effet entre sa volonté de sauver la zone euro et l’UE et sa tentation d’en sortir ; les déclarations contradictoires entre son ministre des finances Schäuble et A. Merkel en témoignent. En outre comme l’a rappelé Barroso, la faillite de l’Europe aura des conséquences dramatiques  sur l’Allemagne elle-même et sur sa situation économique, financière et sociale. L’Allemagne malheureusement seul grand pays à peu près crédible n’assume pas le leadership qui devrait être le sien. La France de son coté est désormais trop discréditée pour le faire. Dernier point, le manque d’indépendance et de pertinence des observateurs En France en particulier où les instituts et les économistes sont trop liés soit au pouvoir politique soit au pouvoir financier ( soit les deux). Un manque de pertinence et de courage trop souvent justifié par le souhait de ne pas désespérer les marchés qui ne sont pas dupes. Ainsi en France, les analystes parlent surtout de la crise grecque et Italienne mais minimisent la crise française en omettant par exemple le fait que les taux français sont très attaqués puisque nous empruntons actuellement 1.50% plus cher que l’Allemagne (spread record). Conclusion : c’est vraiment la crédibilité qui est en cause en Europe, crédibilité financière bien évidemment, crédibilité politique et même crédibilité intellectuelle.

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