carburant: 1.55, bientôt 2 euros ?

Les déclarations du président de Total prévoyant un prix de 2 euros pour le sans-plomb ont suscité beaucoup de réactions ; y compris du gouvernement contraint de prendre quelques mesures face à la hausse du carburant. Pourtant même s’il est difficile d’envisager des scénarios, on peut craindre que le pétrole  continue de flamber. En raison de l’augmentation de la consommation mondiale, des réserves pétrolières et de la situation au Proche-Orient. 

La consommation mondiale va nécessairement augmenter du fait de la demande croissante des pays émergents (Chine, Inde etc.) et du Japon (reconstruction du pays). Cette consommation a progressé de 3.4% en 2010, elle sera de l’ordre de 2% en 2011 pour atteindre environ 85 millions de barils. Globalement, la consommation mondiale a doublé en 35 ans et D’après l’agence internationale de l’énergie ( AIE), elle devrait encore augmenter de 50% d’ici 2030. Dans le même temps, les pays producteurs ne semblent pas décidés à augmenter significativement leur production. Or c’est surtout du Moyen-Orient qu’on attend la croissance de la production, une production qui devrait théoriquement doubler d’ici 2030 pour satisfaire la demande. Soit un investissement qui représente plus de 500 milliards d’euros.  Aujourd’hui,  une augmentation significative de la production aurait pour effet de favoriser la baisse du baril à un moment où les pays du Proche-Orient ont un urgent besoin de financer ces investissements et les nouvelles revendications de leurs citoyens. L’instabilité au Proche-Orient alimente la tendance haussière du pétrole d’autant plus qu’on ne peut prévoir le débouchés politiques de certaines révoltes et leurs conséquences. Il est clair par exemple que des mesures de coercition pour le passage du  canal de Suez auraient des effets très néfastes sur les économies européennes. Des fondamentaux favorables à la hausse 

Au-delà de la conjoncture géopolitique, il faut aussi prendre en compte les fondamentaux qui tirent le pétrole vers le haut ; On s’aperçoit aujourd’hui que les réserves de l’OPEP marque le pas depuis 1986 ; A cela plusieurs raisons, les réserves des pays producteurs comme l’OPEP (ou même les réserves des sociétés pétrolières qui représentent 15% du total) sont complètement surestimées. Les réserves de pétrole ont été notoirement surévaluées chez les membres de l’OPEP afin de pouvoir profiter de quotas les plus importants possibles. La surestimation vaut aussi pour les réserves des sociétés pétrolières dont la valorisation boursière dépend de cet élément. Du coup, on vient sérieusement à douter que les réserves puissent encore satisfaire les besoins d’ici une quarantaine d’années puisque sans doute la moitié du pétrole disponible a déjà été consommé.  On voit donc mal comment la demande peut diminuer en l’absence d’une énergie alternative. A cet égard, l’accident nucléaire au Japon ne va pas favoriser le développement de ce type d’énergie. On risque au contraire d’assister à un report sur les énergies fossiles. Les traders ont largement intégré ces différents événements (enquête Reuters du 4 avril 2011) en imaginant un baril à 130 dollar dès 2011.  Un baril à 130 dollar ferait baisser la croissance mondiale de 0,5 à 0,75 %. La facture pour l’Europe pourrait être modifiée dans un sens ou dans l’autre en fonction de la parité dollar-euro. Si le dollar baisse la facture serait allégée ; dans ce cas, il faudra aussi interroger sur la politique « tarifaire » des membres  l’OPEP payés eux aussi en dollar et qui n’apprécieraient guère une diminution de leurs revenus. Inversement, si c’est l’euro qui diminue face au dollar, là, on est sûr de la croissance supplémentaire des prix du pétrole. Compte tenu des situations d’endettement des deux zones géographiques, il est difficile de faire des pronostics, ce qui est certain c’est que ces deux monnaies sont très malades ; ce qu’on ne sait pas,  c’est celle qui risque de l’être davantage et plus tôt que l’autre. La tendance lourde va donc dans le sens d’un renchérissement du carburant. En France  sur un an, le carburant a subi une hausse de 17% et par exemple le super sans plomb dépasse 1.50 euros par litre et le gas-oil est proche de 1.40 euros. Sur la même tendance haussière, le litre de super sans plomb ou de gas-oil à 2 euros est possible d’ici fin 2012 en raison de l’épuisement plus rapide que prévu des ressources et des évolutions politiques, économiques et sociales au Proche- orient. Des évolutions politiques qui vont contraindre bon nombre de pays émergents, pas seulement au Proche–Orient, à revoir la distribution des richesses pour sauver leur régimes entrainant une croissance de la demande de pétrole. Le 10 mai, le sans-plomp a atteint le niveau de 1,55 le litre confirmant ainsi la tendance haussière. Les principaux acteurs, pétroliers, pays producteurs et les Etats profitent de ce renchérissement ; Les pays producteurs du fait du niveau des cours, les pétroliers qui réalisent d’autant plus de profits que le pétrole est cher, les Etats comme ceux d’Europe qui engrangent grâce à la TVA des recettes supplémentaires. Reste cependant l’effet sur l’économie dont le ralentissement sera surtout néfaste pour des pays comme la France déjà engluée dans la croissance molle. Autant de bonnes raisons pour que la politique des transports soit sérieusement réorientée.   

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